Les Voix Dans Le Noir by Fanity ! at Inkitt
Customize readability
Aa

Les voix dans le noir

All Rights Reserved ©

Summary

Aléa pensait n’être qu’une erreur. Harcèlement, humiliations, une mère qui la brise plus qu’elle ne l’élève. Mais les voix dans l’ombre murmurent, et les démons réclament son âme. Un soir, un inconnu lui tend un couteau. Pas pour mourir… Pour survivre. Chaque cicatrice devient une arme. Chaque fissure, un choix. Et si la véritable bataille n’était pas contre les autres… mais contre elle-même ?

Genre
Drama
Author
Fanity !
Status
Ongoing
Chapters
5
Rating
n/a
Age Rating
18+

Le commencement

Elle s’appelait Aléa.

Ce prénom, sa mère le répétait parfois en soupirant, comme un regret. Comme une erreur prononcée à voix haute.

— Aléa… fallait pas que tu viennes maintenant…

Car Aléa n’était pas désirée. Elle avait été conçue lors d’une nuit trop arrosée entre deux étrangers qui n’échangèrent jamais un regard le lendemain. Sa mère l’avait gardée par dépit, persuadée que c’était peut-être un signe, un truc “à réparer”. Mais un bébé ne répare rien. Et très vite, Aléa devint le rappel vivant d’une vie brisée trop tôt.

Petite, elle dormait souvent seule dans l’obscurité d’une chambre glaciale, bercée par les cris des disputes à travers les murs fins de l’appartement. Parfois, c’étaient les coups. Parfois, le silence… encore plus violent.

Elle a grandi dans l’absence.

L’absence d’un père qu’elle ne connaissait pas.

L’absence d’une tendresse, d’un regard, d’un geste rassurant.

L’absence de câlins, de mots doux, de cette phrase que tous les enfants devraient entendre au moins une fois : je suis fière de toi.

À la maternelle, elle n’a jamais su comment jouer avec les autres. Elle observait les enfants courir, rire, se chamailler, pendant qu’elle restait figée, la bouche close, une poupée de chiffon entre les doigts. Quand un garçon l’a poussée dans le sable, elle n’a pas pleuré. Elle s’est juste relevée, couverte de poussière, et elle a attendu que la cloche sonne.

Sa première vraie blessure, c’était en CE2.

Un garçon avait tailladé ses dessins en deux avec ses ciseaux. C’était un travail sur sa famille. Aléa avait dessiné un soleil seul, sans maison, sans personne, juste un arbre. Quand la maîtresse lui a demandé pourquoi elle n’avait pas mis sa maman, elle avait dit :

— Elle ne sourit jamais.

La classe avait ri. Fort.

Et ce jour-là, une petite voix est née dans son esprit.

Pas encore un démon. Juste un chuchotement.

— Tu déranges. Tu es trop étrange.

Au fil des années, le monde est devenu plus froid.

Le collège a été une chute lente, une noyade sans surface.

Ses camarades s’amusaient à arracher ses cahiers, fouiller dans son sac, inventer des rumeurs cruelles :

— Elle se lave pas.

— Elle a couché avec un prof.

— Elle est folle, genre vraiment folle. Sa mère veut l’interner.

Mais le pire, c’était les silences. Les regards qui s’éloignaient. L’ignorance comme punition.

Chaque jour, elle rentrait avec les épaules plus lourdes.

Chaque nuit, elle écrivait des lettres qu’elle ne donnerait jamais. À sa mère. À une amie imaginaire. À ce “père” qui n’existait pas.

Des lettres pleines de larmes invisibles et de phrases tremblantes :

— Pourquoi je suis là ?

— Est-ce qu’un jour, je vais exister pour quelqu’un ?

C’est au collège aussi qu’elle a découvert la douleur qui apaise.

Un jour, en tombant dans la rue, son genou s’est ouvert. Le sang avait coulé, chaud, glissant. Et… elle s’était sentie vivante.

Elle avait gardé cette sensation en mémoire.

Un soir, seule dans la salle de bain, elle a pris le bout de métal rouillé derrière le miroir cassé. Juste une égratignure sur la cuisse, un fil rouge discret.

Et c’est là que Griffe est né.

Une silhouette noire, mince et anguleuse, apparue dans le reflet du miroir. Il avait des doigts tranchants et un sourire acéré. Il ne parlait pas encore. Il ricanait.

Puis, quand sa mère a commencé à ramener des hommes de passage à la maison, toujours plus bruyants, toujours plus saouls, Siffleur est arrivé.

Il ne sortait jamais du noir. Il n’avait pas de visage. Juste une voix de serpent qui glissait dans sa tête au moment où elle fermait les yeux.

— Ils ne t’aimeront jamais.

— Même ta mère te trouve lourde. Regarde-la. Tu crois qu’elle voudrait te prendre dans ses bras ?

— Tu n’es pas une fille, tu es une ombre. Une honte.

À partir de là, les jours ont commencé à se ressembler.

Se lever. Faire semblant. Encaisser. Se taire. Souffrir.

Se mutiler. Pleurer sans bruit. Dormir. Recommencer.

Elle est devenue invisible. Même aux profs. Même aux adultes.

Un jour, elle a hurlé à l’infirmerie qu’elle voulait mourir.

L’infirmière lui a donné une tisane.

À quinze ans, Aléa avait déjà pensé dix-sept fois à se tuer.

Et ce jour-là, quand elle est montée sur le toit du lycée, ce n’était pas un cri.

C’était une lassitude immense. Un abandon total.

Le vent fouettait son visage. Ses pieds étaient au bord. Les démons riaient dans son dos. Ils l’attendaient, bras ouverts.

Puis elle l’a vu.

Un garçon. Seul. Immobile. En bas.

Il la regardait sans peur. Sans jugement. Pas comme on regarde quelqu’un de cassé.

Comme on regarde quelqu’un qu’on veut sauver.

Et tout a changé.

Ce soir-là, elle l’a trouvé sur un vieux muret, entre la voie ferrée et les arbres secs.

Il ne s’est pas présenté.

Il lui a juste tendu un petit canif, tout abîmé.

— Prends-le.

Elle a reculé, comme si c’était un piège.

— Pour faire quoi ? Me planter ? C’est pas ce que tu veux ?

Il a répondu doucement :

— Non. C’est pour que tu puisses te défendre. Un jour, il deviendra une arme. Une vraie. Mais il ne répond qu’à une chose : ton courage.

Les démons derrière elle ont hurlé. Ils le voyaient, eux aussi. Ils le craignaient.

Elle a pris le couteau. Juste pour voir.

Et au contact du manche, elle a senti quelque chose changer.

Un murmure nouveau. Un silence fragile.

Un tout petit espoir.

Elle monta les marches de l’immeuble avec la même lenteur qu’un condamné gravissant l’échafaud. Chaque marche grinçait, comme si elles gémissaient elles aussi de la voir rentrer chez elle, encore. Chaque pas résonnait comme une cloche funèbre dans ce couloir de béton jauni, maculé de vieilles traces d’humidité.

Arrivée devant la porte, elle inspira profondément.

Une habitude. Comme avant de plonger sous l’eau.

Elle tourna la clé dans la serrure. Le loquet gronda.

— C’est toi, Aléa ?

La voix fusa du canapé, rauque, fatiguée, saturée de nicotine. Un son qui lui glaça toujours la colonne vertébrale.

Elle ne répondit pas. Son sac tomba mollement au sol, ses chaussures furent abandonnées dans le couloir. Ses pas se dirigèrent vers la chambre, sa planque, sa prison, son refuge.

Mais ce soir… il y avait quelque chose en plus.

Quelque chose de chaud, de vivant dans sa manche.

Ce couteau, ce fragment d’inconnu… ce morceau de liberté.

Elle posa son dos contre la porte de sa chambre, ses doigts caressant le manche froid du canif. Elle ne savait pas ce qu’elle attendait… mais elle le sentait : ce soir, tout était différent.

Puis, brutalement, la porte de sa chambre claqua contre le mur.

Sa mère, silhouette déformée par l’alcool, par la fatigue et par des années d’aigreur, pénétra comme une tempête dans sa bulle.

— Tu me caches quoi, là ?! rugit-elle.

Son regard fouillait, fouillait comme deux vrilles cherchant un point faible. D’un geste sec, elle attrapa le poignet d’Aléa et fit glisser la manche.

La lame apparut. Un éclat métallique au creux d’une main tremblante.

Sa mère n’avait même pas besoin de parler. Son visage disait tout.

Le dégoût. La rage. L’impatience.

— Évidemment, cracha-t-elle, encore un truc chelou. Toujours toi, avec tes trucs bizarres. C’est pour quoi ça ? Pour me faire honte encore plus qu’avant ?

Aléa ouvrit la bouche, un mot pendu au bord des lèvres, mais la claque partit avant.

Une claque rapide, brutale, pas de celles qu’on donne pour corriger. Non, une claque pleine de rancune, pleine de colère rentrée, de désespoir mal digéré.

— Avec qui t’étais ?

Elle secoua le couteau devant son visage.

— Tu crois quoi ? Qu’un garçon voudrait de toi ? Avec ta tronche ?

Les démons se rassemblaient dans la pièce, ricanant, se gorgeant de la haine qui transpirait de chaque mot.

Griffe grattait les murs.

Siffleur siffla contre son oreille :

— Elle rêve de t’enterrer, Aléa… elle veut ta fin…

Mais quelque chose… résista.

Aléa se redressa, recula, évita la deuxième gifle de justesse.

— Rends-le moi, murmura-t-elle.

Pas un cri. Pas une supplication. Une demande froide.

Sa mère éclata de rire, un rire graveleux qui vibra contre les murs fissurés.

— T’es pitoyable. Tu crois que j’veux ton bien ? Tu crois qu’un psy, un couteau, ou ton ‘super-héros’ va te réparer ? Regarde-toi. Regarde la merde que t’es devenue. T’es comme moi, gamine. Une erreur. T’étais bonne à être écrasée dès la naissance.

Les paroles s’écrasaient sur elle comme des vagues de boue. Elles glissaient sur sa peau meurtrie mais ne pénétraient plus.

Son cœur cognait, fort, fort, fort.

Il criait une vérité que, jusque-là, elle avait refusé de voir :

Ce n’était pas elle qui était défectueuse… c’était ce foyer qui la détruisait.

Ses ongles s’enfoncèrent dans ses paumes, ses mâchoires serrées. Le couteau toujours dans la main de sa mère, loin d’elle, mais… son regard se durcit.

Elle recula encore d’un pas.

Sa voix, lorsqu’elle sortit, n’était plus tremblante. Elle était ferme.

— Tu veux pas que j’aille mieux. T’as jamais voulu. Parce que si je m’en sors, tu restes seule avec ta vie pourrie. Parce que si j’arrive à tenir debout, t’auras plus personne sur qui cracher. T’auras plus de jouet à cogner, plus de défouloir à abîmer…

Les démons sifflèrent, surpris.

Griffe se contracta, incertain.

Même sa mère, un instant, sembla vaciller.

— Rends-le moi, répéta Aléa, les yeux secs cette fois.

— Ou quoi ? ricana sa mère.

Un sourire naquit sur les lèvres d’Aléa.

Pas un sourire heureux. Un sourire lucide, glacial.

— Ou je survivrai… même sans. Et tu vas détester ça. Parce que pour la première fois, je ne vais pas rester ta victime.

Un silence. Un vrai.

Les démons reculèrent, déstabilisés.

Sa mère, elle, serra plus fort le couteau, mais dans ses yeux… il y avait la peur. Pas celle de la violence. Pas celle d’un coup. Non.

La peur de perdre son emprise.

Et là, Aléa comprit...

Le lendemain matin, Aléa se réveilla dans un silence lourd.

Pas le silence reposant d’un dimanche tranquille. Non.

Le silence après un orage, celui qui sent encore la violence dans les murs, la haine dans l’air.

Elle se redressa doucement, le dos douloureux d’avoir dormi recroquevillée sur le sol. Sa mère avait claqué la porte de sa chambre en pleine nuit après lui avoir arraché le couteau des mains, après avoir vidé son sac d’insultes, et Aléa avait refusé de remonter sur son lit.

Elle s’était laissée glisser contre le mur, le front contre ses genoux, les larmes s’étaient taries sans même qu’elle s’en rende compte.

Quand elle ouvrit les yeux, la première chose qu’elle sentit fut un vide étrange.

Plus de peur, plus de panique… juste une froideur lucide.

Un genre de résignation… non, de décision.

Ses yeux se posèrent sur sa table de chevet. Le couteau n’y était pas.

Évidemment.

Elle se leva, traina les pieds jusqu’à la salle de bain. Elle croisa son reflet.

Cernes violets. Regard vide. Un bleu naissant sur sa mâchoire gauche, souvenir discret de la gifle de la veille.

Mais… elle fixa ses yeux. Longtemps.

Quelque chose avait changé.

Le bruit de la télévision dans le salon lui rappela que sa mère était déjà réveillée. Canette de bière ouverte sur la table. Cigarette consumée dans le cendrier débordant.

Elle aurait pu exploser. Hurler.

Mais pas aujourd’hui.

Aujourd’hui, Aléa prit une grande inspiration, referma sa porte, se changea, prit son sac… et sortit.

Les démons rôdaient encore.

Ils la suivaient, murmurant à son oreille.

Mais… ils étaient moins forts.

Elle passa devant la cuisine sans un mot, sans un regard pour sa mère, qui râla entre deux gorgées d’alcool :

— Tu crois quoi, hein ? Que tu vas t’en sortir toute seule ? Personne veut de toi, Aléa. T’es qu’une pauvre fille sans avenir !

Pas de réponse. Pas d’explosion. Juste un pas lent vers la porte d’entrée.

Sa main trembla légèrement sur la poignée, mais elle souffla doucement, comme un soldat sur le point de franchir une frontière.

Elle traversa le palier, descendit les marches, franchit la grille rouillée.

Et pour la première fois, elle marcha sans regarder le sol, sans serrer les poings, sans penser au saut du toit.

Elle ne savait pas encore où elle allait.

Mais elle savait ce qu’elle voulait : retrouver le garçon du muret, retrouver le couteau, retrouver le courage qu’on avait tenté de lui arracher.

Et dans un coin sombre de son esprit, une flamme naissait.

Pas un grand feu. Pas un brasier vengeur,

Un feu discret. Mais un feu qui ne voulait plus s’éteindre.

Aléa, pour la première fois, avait choisi de survivre.

Let Fanity ! know what you thought about this chapter!
Love this

0

Love this

Funny

0

Funny

Spicy

0

Spicy

Suspenseful

0

Suspenseful

Emotional

2

Emotional

Profound

0

Profound

Heartwarming

1

Heartwarming

Shocking

1

Shocking

Good Writing

0

Good Writing

Compelling Plot

0

Compelling Plot

Great Character

0

Great Character

Strong Dialog

0

Strong Dialog

Further Recommendations

Ein Kuss für den CEO

Tante Zwerg: Ich habe es geliebt dieses Buch zu lesen!Sehr tolle Geschichte und sehr guter Schreibstil!Absolute Leseempfehlung 🥰

Read Now
A Blessing in Disguise

C.: Well written, good story and some spice, tons of personal growth!

Read Now
Bear Roberts

C.: This is not the run of the mill story. Great attention to detail and wonderful weaving of words. A complete and total story, young adult and adult interests. Well done Sophia 👏 thank you!

Read Now
Welded Shut

Linda: I loved the story, but sex lines were too long and detailed.

Read Now
Til Kingdom Come

Nequa: I AM LOVING THIS CHEMISTRY BETWEEN THEM!!!!

Read Now
Ruthless Lord

franny_panchis: Su padre la separó de ella por que no soportaba verla ya que se parece a su madre.Su padre, un lord, le arregla un matrimonio con el mejor soldado del rey .

Read Now
Les fondations du Désir - Tome 1

Anne-Marie Janelle: J’aime bien l’intrigue. Un roman passionné et partageant les valeurs familiales.

Read Now
Werewolf Hollow

Nikole: I hadn't read a werewolves story with this kind of werewolves and dynamics, really interesting

Read Now
Buried Alive

Heather102800: Any woman who has had a baby can relate to the hormone spikes, my husband came home from work to me crying because I couldn’t open a can of tuna

Read Now