PROLOGUE : LE MIROIR
La pièce était silencieuse, seulement troublée par le souffle régulier de l’homme devant le miroir.
Son reflet le fixait avec la même question muette qui revenait chaque soir, comme une lame suspendue au-dessus de lui :
Dois-je parler ? Ou dois-je me taire ?
Il effleura ses lèvres du bout des doigts. Ce simple geste lui rappelait le pouvoir terrible qui reposait là, entre ses dents et sa langue.
Un pouvoir qu’on dit capable de donner la vie, ou de donner la mort.
« La parole, le silence… » pensa-t-il.
« Peut-on parler de l’un sans l’autre ? Peut-on séparer le feu de sa cendre ? »
Oui, car ce sont deux mots distincts, deux actes différents.
Non, car ils sont inséparables, liés comme l’ombre et la lumière.
Et cette vérité lui brûlait l’esprit :
Par la parole, il pouvait trahir, tuer, condamner, manipuler, accuser, blesser.
Mais par la parole aussi, il pouvait sauver, libérer, consoler, bâtir, apaiser.
Le silence, lui, n’était pas neutre. Il pouvait protéger, garder, épargner.
Mais il pouvait aussi condamner, abandonner, laisser mourir.
Alors il se prit la tête entre les mains et murmura :
— Si ma langue porte un pouvoir si gigantesque, comment puis-je l’utiliser sans détruire ?
Je ne veux blesser personne… et pourtant, chaque mot que je retiens ou que je prononce me poursuit comme un jugement.
Son reflet, implacable, ne répondit rien.
Seulement ce silence, encore, qui semblait le provoquer.









Et ce prologue met dans le thème directement ! J'aime beaucoup ta plume.