Addicted [BL]

All Rights Reserved ©

Summary

Jusqu’où peut-on aller pour exister dans l’esprit de quelqu’un ? « Plus loin qu’on ne veut l’admettre… » Après la mort de sa mère, Eiji grandit dans l’indifférence d’un père enfermé dans le silence et l’alcool. Il apprend à devenir invisible… jusqu’à sa rencontre avec Jusoo, charismatique et admiré de tous. Fasciné, Eiji l’observe, cherchant à comprendre ce qui le rend si magnétique. Mais ce qui n’était qu’admiration glisse lentement vers quelque chose de plus sombre. Pour la première fois, Eiji ressent un besoin troublant : exister dans l’esprit de quelqu’un, même à travers le mépris. Car quand on a passé sa vie à être invisible, être vu peut devenir un besoin vital. Et plus il s’approche, plus les frontières s’effacent. Jusoo est trop parfait. Trop conscient. Trop proche. Et lorsque les frontières s’effacent, la vraie question n’est plus : qui a vu l’autre en premier ? Mais : qui contrôle réellement l’autre et à quel prix ?

Status
Ongoing
Chapters
3
Rating
5.0 2 reviews
Age Rating
18+

Chapitre 1 – L’Invisible

— Habille-toi, Eiji. Nous partons pour les funérailles.




La voix de Soo-Min, douce mais ferme, glisse sous la porte. Dans la chambre, l’air sent le talc, les fleurs fanées, ce parfum léger qu’elle laisse derrière elle. Eiji, huit ans, reste assis au bord du lit, les yeux perdus. Sur la couverture, les vêtements noirs attendent, lourds de sens. Il tend la main, caresse distraitement le tissu : la chemise pique un peu sous les doigts, le pantalon est rigide et inconfortable.




À son âge, il fait tout pour tenir. Ne pas pleurer. Ne pas craquer. Mais à chaque geste, l’étau se resserre. Enfiler les manches. Tirer sur le col. Serrer les boutons. Un souffle court, un tremblement. Et soudain, ça déborde. Les larmes jaillissent sans prévenir. Il s’écroule à genoux, les épaules secouées, le visage enfoui contre le bord du lit.




La porte s’ouvre doucement. Soo-Min entre. Silhouette élancée, robe noire de soie qui brille faiblement à la lumière. Elle traverse la pièce, s’agenouille près de lui et passe ses bras fins autour de son petit corps. Eiji respire son parfum — un mélange de rose poudrée et de quelque chose de plus sec, presque métallique.


— Oh, mon petit Eiji… je suis désolée… désolée que la vie te frappe si tôt…


Elle le berce doucement. Il lève vers elle un visage ravagé, les yeux gonflés.


— Je veux revoir maman… sanglote-t-il, la voix étranglée.


Soo-Min ferme les yeux, avale ses mots avant qu’ils ne sortent. Sa main caresse les cheveux blancs argent d’Eiji — ces mêmes cheveux soyeux que sa belle-sœur avait, cette même mèche rebelle qui tombait sur le front.


— Je sais… je sais, mon cœur… Mais aujourd’hui, on va lui dire au revoir. Pour qu’elle parte tranquillement, tu comprends ?


Les sanglots redoublent, serrés contre elle. Soo-Min l’étreint plus fort, comme pour le réparer un instant.


— Viens… laisse-moi t’aider à finir de t’habiller. D’accord ?


Il hoche la tête et essuie maladroitement ses joues. Ensemble, ils descendent l’escalier. Le bois craque sous leurs pas. En bas, les visages se tournent. Un silence pesant, des regards mouillés. Son père, Nam-Gil, grand et massif, se tient près de la fenêtre. Quand ses yeux croisent ceux d’Eiji, quelque chose se brise dans son regard. Cette ressemblance… ces traits délicats, ces yeux sombres, cette expression fragile. C’est elle. C’est exactement elle. Il détourne vivement la tête, fixe un point au sol, incapable de supporter cette vision qui lui déchire le cœur.


Le cortège s’ébranle. Dehors, l’air est frais, presque mordant. Au cimetière, l’odeur de terre retournée se mêle à celle des fleurs fanées. Eiji serre la main de Soo-Min et cache son visage contre sa robe. Tout autour, des murmures, des soupirs, des mains qui se frottent nerveusement. Le cercueil repose là, prêt à disparaître dans le sol.


Les funérailles touchent à leur fin. Un à un, les invités viennent se recueillir une dernière fois devant la tombe, puis s’approchent lentement du père d’Eiji, le saluent d’une brève poignée de main, d’un mot discret. Certains s’attardent auprès de Soo-Min, lui serrent la main, l’enlacent, puis lui adressent un regard compatissant à l’enfant silencieux qui tient fermement la main de sa tante.


Eiji reste figé, droit comme un piquet, la gorge nouée. Sa main, dans celle de Soo-Min, est sa seule ancre dans ce monde qui s’effondre. Les larmes lui brûlent les paupières, mais il les retient. Il s’interdit de craquer. Pas maintenant. Pas encore.


Un murmure attire son attention. Il tourne légèrement la tête, juste assez pour entendre sans se faire remarquer.


— Tu es sûr que tu veux le garder avec toi ? Souffle Soo-Min à son beau-frère par alliance. Il est si petit… si fragile…


Nam-Gil serre les dents, le regard fixé au loin.


— C’est mon fils. Il reste avec moi.


— Je pars pour dix ans, tu le sais. Dix ans, c’est long… Il a besoin d’amour, pas seulement d’un toit. Et Hye-Rin pourrait l’aider à—


— Il a besoin d’apprendre à être fort, la coupe-t-il, la voix dure. Je m’occuperai de lui.


Mais quand il croise à nouveau le regard d’Eiji, Nam-Gil détourne immédiatement la tête. Ce visage… ces traits… Non. Il ne peut pas.


Soo-Min soupire. Elle sait qu’il ne cédera pas. Alors elle s’approche d’Eiji, s’accroupit devant lui, le serre dans ses bras avec une force désespérée.


— Écoute, mon trésor… Je dois partir, très loin, avec Hye-Rin. Mais je t’appellerai chaque semaine, chaque mois, à chaque anniversaire. Je te le promets. On se reverra. Un jour.


Eiji secoue la tête ; les larmes débordent malgré lui.


— Non… pas toi aussi… reste…


Elle le serre plus fort et le berce un instant. Une voiture se gare tout près. C’est l’heure.


Elle essuie ses larmes, dépose un baiser tremblant sur son front.


— Je t’aime, mon petit cœur. Sois fort. Ton oncle et moi reviendrons, ne t’en fais pas.

Elle s’éloignait, et sa fille Hye-Rin, huit ans, elle aussi, avant de monter dans la voiture et se retournait vers son cousin. Dans ses yeux brillent les larmes et quelque chose qui ressemble à la culpabilité de devoir le laisser derrière eux. Elle agite timidement la main, puis disparaît derrière la portière.


À gauche, le cercueil descend lentement dans le sol. À droite, son père, muré dans son silence, ne peut plus le regarder. Devant, la voiture emportant les dernières personnes qui l’aimaient. Et au-dessus, le soleil disparaît derrière un voile de nuages, emportant la dernière lumière du jour.


Au fond de lui, quelque chose se ferme. Lentement. Silencieusement.

"Depuis ce jour, je n’ai plus jamais revu ma tante Soo-Min.’’


‘’Aujourd’hui, j’ai dix-neuf ans. C’est la rentrée.’’


'Elle m’avait dit qu’elle avait une surprise pour moi, cette année. Qu’elle reviendrait peut-être vivre en Corée un moment… avec mon oncle. Ça fait tellement longtemps que je ne l’ai pas vu. Lui aussi… Son visage devient flou. ’’


— Eiji ! Attends-moi !


La voix familière d’Hye-Rin fend le matin, claire et vive comme une caresse. Elle referme le portail derrière elle, trottine jusqu’à lui, son sac en bandoulière sautillant à son épaule.


— Tu n’allais quand même pas partir sans moi, hein ?


— Tu ne peux pas y aller sans moi et me laisser faire pareil ? Dit-il avec un sourire en coin.


Elle lui donne un petit coup d’épaule, faussement indignée.


— Oh, arrête de faire l’ours ! On a grandi ensemble, tu te souviens ?


Il hoche la tête.


— Je ne comprends toujours pas pourquoi ta mère est partie sans toi.


— On te l’a déjà dit, Eiji. Elle voulait que je reste ici. Pour que tu ne sois pas seul.


— Ou peut-être que c’est toi qui l’as suppliée de rester.


— C’est la même chose ! Allez, j’ai trop hâte à notre premier jour à l’université. Tu te rends compte ? On grandit maintenant. Dix-neuf ans.


— Parle pour toi.


— On est nés la même année, Eiji ; on a juste quelques mois d’écart.


— Mmh.


— Tu connais d’autres mots que « oui » et « mmh » ? Sérieusement… Bon, quoi qu’il en soit, promets-moi de ne pas passer ces cinq années seul. Tu me l’avais promis.


— Tu viens de me demander de te le promettre… Comment j’aurais pu le faire avant, sans même ouvrir la bouche ? Dit-il, nonchalant.


— Tu l’avais promis le jour de mon anniversaire ; tu as oublié ?


— Peut-être.


— Eiji !


— D’accord, d’accord.


— Sérieusement, je ne rigole pas. Promets-le. On ne sera plus dans la même classe ; on sera dans des bâtiments différents ; on aura des sections séparées… alors, s’il te plaît, promets-moi de t’ouvrir un peu aux autres.


Il soupire légèrement.


Elle s’arrête net, le stoppant dans sa marche.


— Je ne plaisante pas, murmure-t-elle, le visage soudain plus grave. Je ne serai plus là… quand tu auras d’autres crises. Alors, s’il te plaît… la seule façon pour moi d’être rassurée, c’est que tu essaies vraiment. Ouvre-toi aux autres.


Eiji soupire doucement, s’approche et la prend dans ses bras.


— C’est promis, Hye-Rin. Je ferai de mon mieux. Alors arrête de t’inquiéter maintenant… Viens, avançons, on va être en retard.


Il essuie les larmes qui perlent sur ses joues. Elle retrouve le sourire, léger.


— Tu as raison… Allez, viens…


Mais avant qu’elle ne termine, des voix s’élevèrent au loin :


— Hye-Rin ! Par ici !


Eiji jette un coup d’œil vers les amies de sa cousine qui agitent leurs bras, sourires éclatants, déjà excitées par cette première journée d’université.


— Bon, va-y, les rejoindre, dit-il en regardant le petit groupe. Ça me laissera un peu de temps pour marcher seul… et me préparer mentalement avant d’entrer dans une classe pleine d’inconnus.


— Non, on marche ensemble. On ne se verra pas de la journée, insiste-t-elle.


— Hye-Rin, je ne suis plus un enfant… Vas-y.


— Je sais… Mais je veux être avec mon cousin ce matin. Juste ce matin.


Eiji soupire longuement, un sourire imperceptible au coin des lèvres.


— C’est toi qui es trop attachée à moi, pas l’inverse.


Elle sourit et lui donne un petit coup d’épaule.


— Allez, on y va. Mais on garde nos distances avec elles, d’accord ? Je ne veux pas que tu te sentes submergé.


Ils se dirigent vers l’université, Hye-Rin ralentissant légèrement le pas pour rester à côté d’Eiji. Au loin, ses amies les rattrapent, papillonnant autour d’eux.


— Salut, Eiji ! Comment vas-tu ? Cette année va être géniale, tu ne trouves pas ?


Comme d’habitude, Eiji détourne le regard, se contente d’un hochement de tête poli mais distant. Hye-Rin perçoit immédiatement son malaise.


— On va être en retard si on traîne trop, dit-elle rapidement pour détourner l’attention. Comment trouvez-vous le campus ? C’est impressionnant, non ?


Les discussions reprennent aussitôt, légères, volatiles. Eiji marche en silence, observant discrètement les bâtiments qui se dressent devant eux. L’université est immense et moderne, avec ses grandes baies vitrées qui reflètent le soleil matinal. Des groupes d’étudiants convergent vers l’entrée comme des ruisseaux vers une rivière.


Ils finissent par arriver devant l’établissement principal. La foule s’épaissit. Voix qui se mêlent, rires nerveux des nouveaux, assurance désinvolte des anciens.


— On est arrivés, dit Hye-Rin à son cousin, une pointe de regret dans la voix. Je vais à mon bâtiment.


— D’accord.


— À ce soir. Tu promets de manger quelque chose à midi ?


— Promis.


Hye-Rin se met à courir pour rejoindre ses amies déjà un peu éloignées, puis, à mi-chemin, elle s’arrête net. Dans un élan spontané, elle fait brusquement demi-tour, revient en toute hâte et, d’un bond léger, dépose un baiser sur la joue de son cousin.

Eiji grimace, recule instinctivement, tentant de la repousser avec un mélange d’affection et d’exaspération.


— J’avais oublié notre rituel ! Dit-elle en riant tandis qu’il finit par réussir à la repousser doucement.


Mais dans son mouvement de recul, Eiji heurte quelqu’un derrière lui. Une main ferme le rattrape par l’épaule, l’empêchant de tomber. Légèrement déséquilibré, encore penché vers Hye-Rin, Eiji lève les yeux.


Et rencontre un regard.


Un regard sombre, intense, qui semble le transpercer. Le garçon qui l’a rattrapé est grand, plus grand que lui. Mais celui qui se tient à ses côtés l’est davantage encore : traits fins mais affirmés, cheveux bruns légèrement ébouriffés par le vent. Il y a quelque chose dans son expression… une curiosité amusée, comme s’il observait une scène intéressante.


L’instant se suspend. Leurs regards accrochés l’un à l’autre. Eiji sent sa respiration se bloquer pendant une seconde.


Puis Hye-Rin se redresse et repart en courant.


— Profite bien de ta journée, Eiji ! Je t’aime ! Lance-t-elle en s’éloignant, inconsciente du trouble qu’elle laisse derrière elle.


— Ohhh, regardez qui est tout mignon avec sa petite amie, ricane l’un des garçons du groupe.




— J’arrive pas à croire qu’un type comme ça puisse avoir une copine, alors que des mecs comme nous, on galère encore, renchérit-il.


Le garçon qui tenait encore Eiji le redresse complètement, ses mains s’attardant une seconde sur les épaules de celui-ci.


— Fais attention la prochaine fois, dit-il d’une voix calme, pas méchante, juste… observatrice. Mais Eiji ne le regarde pas, lui ; son regard est attiré ailleurs, vers quelqu’un d’autre.

— C’est toujours pareil les premières années, commente le garçon du début en s’éloignant vers l’entrée.


— Arrête, Seok-jin, on était à leur place il y a à peine deux ans, fait remarquer celui qui a rattrapé Eiji.


— Au fait, rappelle-moi… il nous reste combien d’années avant la fin du cursus ? Demande Seok-jin.


— Encore trois bonnes années, répond le garçon aux cheveux bruns, sa main posée sur l’épaule de son ami.


Le groupe s’éloigne vers l’entrée, ses voix se perdant progressivement dans le brouhaha.


— Trois ans... Putain, ça me déprime rien que d’y penser, soupire Seok-jin.


— Au moins on a les vacances d’été qui arrivent dans… euh, combien ? Huit mois ? Ricanie un autre.


— T’es con ou quoi, Sang-Ho ? On vient juste de reprendre !

— Moi, ce qui me tue, c’est qu’on va se fader encore trois ans de cours magistraux à huit heures du matin…

Sa plainte se perdit dans l’air tiède de l'université, déjà saturé de fatigue anticipée.

— Et les partiels. Bordel… les partiels.

Le mot resta suspendu entre eux comme une menace familière.

— N’oubliez pas que vous avez choisi ce cursus, rappela la fille qui marchait à leurs côtés, d’un ton faussement léger.

— Haaa…

Seok-jin laissa échapper un soupir dramatique, les épaules affaissées comme si le poids des semestres à venir venait de s’abattre sur lui.

— Putain… les partiels…

— Merci pour ce rappel plein de bienveillance, Mirae, lâcha Sang-Go.

Elle arqua un sourcil.

— Tu rigoles ? T’es le plus studieux de nous tous.

— Ça ne change rien, répliqua-t-il en levant les mains comme pour se rendre. Même en bossant, ces profs te pondent des sujets impossibles.

— Ouais, renchérit Seok-jin. On dirait qu’ils veulent nous couler exprès.

Mirae haussa les épaules, imperturbable.

— Mais non. C’est juste… la sélection naturelle.

— La sélection naturelle ? répéta Seok-jin en s’affalant contre le mur devant l'entrée. Dis plutôt que tu te considères plus intelligente que nous.

— Ça, c’est toi qui le dis.

— Tu ne nies même pas. Sérieux, si j’arrive au master vivant, je veux une médaille.

— Pas une médaille, corrigea Sang-Go avec gravité. Une statue devant la fac. Surtout te concernant.

Seok-jin se redressa brusquement.

— Les gars, aucun de vous n’a confiance en mes capacités ou quoi ?

Un silence.

— Eh bien…

— Haa…

Il passa une main sur son visage, épuisé d’avance, fatigué surtout de devoir se défendre. Encore.

Sang-Go, fidèle à son rôle d’apaisant médiateur, désigna d’un léger mouvement de tête le groupe d’étudiants rassemblés un peu plus loin.

— Vous vous rappelez notre première année ? On était exactement comme ces gamins là-bas. Stressés, excités, persuadés que tout allait bien se passer.

— Parle pour toi, marmonna Seok-jin. Moi, je n’ai jamais été excité par les études.

Leurs rires s’estompent tandis qu’ils gravissent les marches de l’entrée principale. Mais le garçon resté aux côtés de celui qui avait rattrapé Eiji demeure silencieux et semble légèrement en retrait. Il jette un coup d’œil par-dessus son épaule.


Eiji n’a pas bougé, ses yeux accrochés au groupe. Plus précisément, accrochés à lui.


Leurs regards se croisent à nouveau, fugitifs mais lourds de sens.


"Il est grand… très grand", pense-t-il.


Un frisson parcourt Eiji quand le garçon esquisse ce qui ressemble à un sourire — trop subtil pour être franc, trop troublant pour être innocent. Comme s’il avait entendu ses pensées. Puis il détourne la tête.

Eiji fait de même et se dirige vers l’entrée réservée aux premières années, le cœur battant sans qu’il comprenne vraiment pourquoi.


En pénétrant dans le bâtiment, il sent l’oppression familière commencer à s’installer. Les voix, les rires, les pas précipités résonnent contre les murs clairs, créant un brouhaha qui lui vrille les tympans. Il se faufile le long du mur, la tête baissée, esquivant les groupes qui s’amassent déjà.


Les premières années cherchent leurs salles, consultant frénétiquement leurs emplois du temps. Les anciens déambulent avec une assurance désinvolte qui leur semble inaccessible. Et lui, coincé entre deux mondes, ni nouveau ni intégré à ce système.


Dans sa poitrine, la boule familière commence à se former. Sa gorge se serre progressivement.


‘’Pas maintenant. Pas le premier jour.’’


Il inspire discrètement, tentant de ralentir le battement de son cœur. Les mots de Hye-Rin résonnent encore dans sa tête :


« Je ne serai plus là quand tu auras d’autres crises. »


Il passe une main nerveuse dans ses cheveux éclatants, ferme les yeux une seconde pour repousser les images qui commencent à affluer.


Les souvenirs qui remontent sans prévenir.


Cette sensation d’étouffement.


Cette peur sourde qui lui tord l’estomac.