Prologue
La première fois que j’ai contemplé l’ampleur de l’arène, j’avais douze ans. Je pensais assister à un spectacle, puisque les gens semblaient si enthousiastes. Les discussions étaient animées et les sourires nombreux. La saison des jeux était toujours animée, et j’avais toujours innocemment cru que c’était pour de bonnes raisons. Cependant, l’empereur annonça vite un combat. Je pensais que des animaux allaient s’affronter dans la poussière du terrain et déjà l’idée m’avait semblé cruelle, mais mon sang se glaça quand je vis ma sœur entrer dans l’arène, terrifiée.
Quelques minutes plus tard, je contemplais son corps figé à jamais, raide, couvert de sang, le visage à moitié arraché par la bête qui l’avait emportée.
Personne ne m’avait prévenu ni nos maîtres ni nos parents. J’avais beaucoup pleuré le soir de sa mort et chaque fois que je réalisais qu’elle ne reviendrait pas.
J’avais versé encore plus de larmes quand Madame m’avait confié que, normalement, les sorcières ne sont pas envoyées dans l’arène, car trop précieuses, mais que leur dernier combattant était mort de la fièvre rouge peu avant l’évènement. Leur fortune s’était amenuisée, la participation aux jeux leur permettait de conserver leurs privilèges.
Ils auraient pu envoyer mon père ou ma mère.
Cependant, leurs talents étaient trop précieux pour leurs affaires. Et moi, j’étais trop jeune.
La foule n’aurait pas apprécié le spectacle. C’était à dix-huit ans, juste l’âge légal pour être intéressante lorsque massacrée qu’elle avait été envoyée.
Ma sœur aînée avait été sacrifiée pour la foule, pour l’économie de l’empire. Pendant des années je me suis réveillée en hurlant, couverte de sueur, entendant ses cris, les pleurs d’une innocente que personne ne daignera venir sauver. Et les grognements de la bête qui résonnaient encore et encore dans ma tête, hantant mes pensées tandis que planait en permanence dans mon esprit le spectre de la vengeance. Je repensais aux sourires et aux fleurs qu’elle m’avait offerts, tous ses moments dans la courte vie qu’elle avait menée à mes côtés. Alors, dès lors que j’en eus assez d’être persécutée par le passé et de pleurer, je me décidai à m’armer.
Non pas pour la survie, mais bien pour la vengeance.