Chapitre 1
Un jour, mon cœur s'est brisé pour la première fois. J'avais 10 ans, c'était mon anniversaire. Le pire jour de ma vie, qui aurait pourtant dû être le meilleur. Mais mes parents en ont décidé autrement, ils m'ont abandonnée. Seule, dans mon immense maison, qui est devenue vide. Ils sont partis vivre en Australie, sans moi. Ils m'ont laissé derrière eux, sans remords. Tous les mois, ils continuent de payer les impôts et m'envoient assez d'argent, de quoi me nourrir et me faire plaisir. Mais je peux vous l'affirmer, l'argent ne fait pas le bonheur. Je ne manque de rien, financièrement, mais malgré tout, je ne parviens pas à me remémorer la dernière fois où j'ai été réellement heureuse. Je suis triste, et seule.
Ce jour-là, le 2 juillet, mes parents sont partis. Lorsque je me suis réveillée, la maison était vide. Sur la table, il y avait une lettre. Je l'ai apprise par cœur.
"Ma chérie, ton père et moi avons prit la décision de partir vivre en Australie, tous les deux. Tu es une grande fille, tu ne manquera pas d'argent, tu n'as pas à t'occuper de ça. Surtout, ne dis jamais à personne que tu habites seule. Sinon, ils t’emmèneront dans un endroit horrible, et nous aussi. Prends soin de toi, tes parents."
Je ne comprenais pas ce que ça voulait dire. Je ne comprenait pas ce qu'il se passait. Donc je suis sortie. Je suis allée dans la forêt, dans la clairière du saule pleureur. À l’abri sous ses feuilles tombantes, j'ai pleuré. Mes larmes ont coulé d'un seul coup. Mon inconscient avait compris ce que mon cerveau d'enfant ne pouvait pas comprendre.
-Koralyne, peux-tu répéter ce que je viens de dire ?
Je lève les yeux vers la prof de maths, revenant à la réalité.
-Non. Je ne sais pas ce que vous avez dit.
-Ce n'est pas la première fois que je te reprend. Je vais devoir prendre rendez-vous avec tes parents, si tu continues ainsi.
-Non, madame, ce ne sera pas nécessaire. Excusez-moi.
La prof hoche la tête, et reprend son cours. J'ai toujours trouvé des moyens pour vivre sans es parents et pour esquiver toute situation nécessitant un adulte. Ce n'était pas aujourd'hui que les choses allaient changer. Je me reconcentre sur le cours. Je fais des efforts pour participer, et la prof semble satisfaite. Pour une fois que je comprends à peu près quelque chose en maths, c'est pas mal. Lorsque la sonnerie retentit enfin, je sors enfin du lycée, mes écouteurs dans mes oreilles. Je me dirige dans la clairière au saule. J'y vais presque tous les jours depuis mes 10 ans, et je n'ai jamais vu personne. Là, derrière les branches tombantes de l'arbre, j'ai installé un vrai cocon, avec des couvertures et des coussins, emballés dans du plastique pour qu'ils ne s'abîment pas. Je m'installe confortablement, et commence à écrire dans mon journal.
-Koralyne.
Je lève les yeux en sursautant. Je retire mes écouteurs, et regardes le jeune homme en face de moi.
-Oui ? Je réponds en fronçant les sourcils
-Noah, je suis dans ta classe. Répondit-il froidement
Je le regarde fixement, immobile.
-Qu'est ce que tu fais là ?
-On a un travail de groupe à faire. Tu es partie avant que la prof ne finisse de donner les groupes. C'est à rendre la semaine prochaine.
-Donc tu m'as suivi jusque là ? Tu ne pouvais pas m'envoyer un message ?
-Je l'aurais fait si je l'avais.
-Ah.
Il soupire et lève les yeux au ciel, l'air agacé.
-Tu es libre quand ? Hors de question que je fasse le travail tout seul.
-Je suis libre quand tu veux. Sinon, tu n'as qu'à me dire ce que je dois faire et je t'y envoies quand c'est fini.
-J'ai déjà fait ça, et j'ai tout fait seul, donc non. Ça te va de commencer maintenant ? On peut aller chez moi.
-Quelque chose me dit que je n'ai pas vraiment le choix.
-Plus vite on aura fini, plus vite je serais débarrassé de toi. Rétorque-t-il d'un ton dédaigneux
-Sympa.
-Je ne suis pas là pour être aimable avec toi.
Je souffle, légèrement agacée. Je me relève, et range rapidement mes affaires.
-J'espère que tu n'habites pas loin, parce que j'ai la flemme de marcher.
-J'ai ma voiture.
-Cool.
Je lui emboîte le pas jusqu'au parking. Je prends place sur le siège passager.
-Juste une chose, ne reviens pas me voir dans la forêt.
-Comme si j’avais envie de te revoir.
-Et bien c’est parfait. On fait ce devoir et on ne se calcule plus.
Il démarre.
-Exactement.
-Tu sais quoi ? Je comprends pourquoi je n'ai jamais retenu ton prénom. C'est parce que tu es hyper chiant, en fait.
-Tu juges bien vite, je trouve.
-Et toi tu me suis dans la rue jusqu'à un endroit où je n'ai jamais vu personne d'autre que moi.
-C'était soit ça soit passer les prochains jours à te courir après. Alors non merci.
-J’espère que ce sera rapide, dans ce cas.
-Si tu travailles correctement, il n’y a pas de raisons que ce soit long. On est arrivés.
Il se gare dans l’allée devant une luxueuse maison.
-Tu habites là ?
-Oui. C'est étonnant à ce point ?
-Ce qui m'étonne le plus, c'est que c'est toi qui vis ici. La maison quelques mètres plus loin, c'est la mienne. Tu es littéralement mon voisin. Et je ne t'ai jamais vu.
-J'ai cru que la maison avait été abandonnée il y a plusieurs années.
Il me fait signe de le suivre à l'intérieur. Il m'emmène jusqu'à sa chambre.
-Tu peux prendre la chaise, je vais en chercher une, je reviens.
-Ok.
Je m'installe en observant la pièce. Elle est spacieuse, un piano est installé dans un coin, rendant la pièce légèrement plus cocooning. Il revient rapidement avec une chaise, et sort son cahier.
-C'est sur quoi, le devoir ?
-Le chapitre qu'on étudie. On doit résoudre un problème.
Il me tend la feuille.
-Oula. Je n'ai absolument rien compris.
-Tu ne fais aucun effort, ce n'est pas compliqué, pourtant.
-Excuse-nous, monsieur parfait. Tout le monde n'a pas tes capacités en mathématiques.
Je sors mon affaires et mon cours, pour essayer de comprendre quelque chose au devoir.
-Laisse-moi t'expliquer, si tu ne veux pas qu'on y soit encore demain.
Il m'explique patiemment toutes les notions que je ne parvenais pas à comprendre, puis le devoir.
-C'est bon, maintenant ?
-J’ai l’impression. En tous cas, tu expliques mieux que la prof.
-J'espère bien. Quand elle parle, elle n'explique pas, elle complique les notions.
Je me penche sur la feuille, et commence à prendre des notes.
-Qu'est ce que tu fais ?
Il m'observe les yeux plissés.
-Je prends des notes pour pouvoir calculer plus facilement et m'y retrouver.
-Tu fais n'importe quoi. Laisse moi faire.
Il m'arrache le stylo et la feuille des mains, et commence à écrire.
-Là où tu as mis ce calcul, tu aurais dû mettre lui. C'est plus logique.
-Puisque tu n'es jamais satisfait, tu n'as qu'à faire le travail tout seul. Salut.
Je me lève et m'apprête à partir, lorsqu'il m'attrape le bras. La manche de mon sweat se relève légèrement, laissant apparaître une cicatrice.
-Lâche-moi.
Je me dégage de sa poigne et rabaisse la manche de mon pull.
-Reste ici, le travail doit se faire à deux. C'est hors de question que je le fasse seul.
-Si tu veux que je bosses avec toi, arrêtes de critiquer tout ce que je fais, pour commencer. Et laisses moi faire ce que je veux.
Il lève une nouvelle fois les yeux au ciel en soupirant.
-Si ça peut te faire arrêter ton caprice. Allez, reviens t’asseoir.
Je serre les poings et me retiens de partir, puis décide finalement de m'effondrer sur son lit. Noah me regarde en fronçant les sourcils.
-Bouge de mon lit.
-Non.
-Ce n'était pas une question.
-C'était une affirmation.
-Tu es insupportable. Tu sais quoi ? Je capitule. Fais ce que tu veux, tant que tu avances sur le devoir et que je suis débarrassé de toi rapidement.
-Gagné.
-Ce n'est pas parce que tu as gagné la première bataille que tu gagneras la guerre.
-Je m'en fiche de ça. Tu ne sais pas rire, en fait.
Je me lève, et me rassois à côté de lui.
-Alors, on commence par quoi ?
-L'intro, avec la question principale.
Je me penche sur la feuille, et pose mon front contre la table.
-On a à peine commencé que j'en ai déjà marre.
Noah me met un petit coup de coude.
-Lève-toi, on n'a pas le temps pour tes idioties.
-Rabat-joie.
-Allez, debout.
Il me prend par les épaules pour me relever.
-Eh !
Il me lance un regard appuyé.
-Travaille, maintenant.
Je soupire bruyamment, et reprend mon stylo.