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𝐋'𝐄𝐍𝐅𝐀𝐍𝐓 𝐃𝐔 𝐇𝐀𝐒𝐀𝐑𝐃

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Summary

Paloma voulait un enfant de l’homme qu’elle aimait. Mais le destin en a dĂ©cidĂ© autrement. Une erreur mĂ©dicale transforme son rĂȘve en cauchemar : l’embryon qu’elle porte n’est pas celui de son mari
 mais celui d’un autre homme. Elle se retrouve face Ă  des choix impossibles, dans un monde oĂč l’avenir se rĂ©invente Ă  chaque instant. Jusqu’oĂč peut-on accepter l’inattendu, et quels sacrifices sommes-nous prĂȘts Ă  faire pour protĂ©ger la vie qui grandit en nous ?

Chapitre 1





𝐉'đ„Ìđ“đ€đˆđ’ 𝐀𝐒𝐒𝐈𝐒𝐄 𝐒𝐔𝐑 𝐔𝐍𝐄 𝐂𝐇𝐀𝐈𝐒𝐄 en plastique de la salle d’attente, le dos lĂ©gĂšrement voĂ»tĂ©, les mains croisĂ©es sur mes genoux. La piĂšce est lumineuse mais froide, avec des murs blancs et un parfum d’aseptique qui me pique le nez. Les fauteuils sont alignĂ©s, et j’observe les autres patientes. Certaines femmes sont accompagnĂ©es de leur mari, d’autres seules. Elles caressent leur ventre avec tendresse, sourient doucement, Ă©changent des regards complices.

Je les regarde un instant, un lĂ©ger sourire sur les lĂšvres, et mon regard descend sur mon ventre, plat, immobile. Je caresse machinalement le tissu lĂ©ger de mon corsage assorti Ă  ma jupe, douce au toucher, comme pour ressentir ce lien invisible qui me manquait. Je me perds un peu dans mes pensĂ©es, imaginant ce que ce geste pourrait ĂȘtre dans quelques mois.

— Madame Thompson ? Vous pouvez entrer, s’il vous plaüt.

La voix de l'infirmiĂšre me tira de ma rĂȘverie.

Je refermai doucement l’archive de bĂ©bĂ© posĂ©e sur mes genoux, la serrant un instant contre moi comme un petit trĂ©sor, et pris mon sac en bandouliĂšre. Mon manteau beige tomba sur mes Ă©paules alors que je me levai, mes chaussures effleurant le sol froid du couloir. Je marchai lentement, les doigts effleurant la laniĂšre de mon sac, mes yeux parcourant les lumiĂšres blanches et les affiches colorĂ©es accrochĂ©es aux murs.

La porte s’ouvre sur le cabinet. L’air est lĂ©gĂšrement plus chaud ici, moins clinique, avec une odeur de fleurs discrĂšte, presque apaisante. La gynĂ©cologue est assise derriĂšre son bureau, sourire doux et mains jointes devant elle. Elle porte une blouse blanche impeccable et un collier simple qui brille Ă  la lumiĂšre. Son regard tombe sur moi et elle perçoit immĂ©diatement mon lĂ©ger stress.

— Bonjour Paloma, contente de vous revoir, dit-elle.

— Bonjour, dis-je en posant mon sac sur le sol. On m’avait tĂ©lĂ©phonĂ©, le prĂ©lĂšvement est prĂȘt, c’est bien ça ?

Elle sourit, rassurante.

— Oui, exactement. Il vous suffit de signer ces papiers et nous pourrons dĂ©buter.

Je pris le stylo. Les documents Ă©taient impeccablement alignĂ©s sur le bureau, les feuilles glacĂ©es reflĂ©tant la lumiĂšre, chaque formulaire dĂ©taillant calmement les Ă©tapes, les prĂ©cautions, les risques et les responsabilitĂ©s. Je parcourus rapidement les lignes, les yeux se posant sur les mots “embryon”, “transfert”, “consentement”, puis signai doucement, sentant le papier froid sous mes doigts.

Elle releva les yeux, attentive, et m’expliqua calmement les prochaines Ă©tapes :

— On va commencer par vĂ©rifier que tout est prĂȘt de votre cĂŽtĂ© : je vais prĂ©parer la cupule stĂ©rile et le cathĂ©ter pour le transfert. Ensuite, on installera la sonde et procĂ©dera au dĂ©pĂŽt de l’embryon dans votre utĂ©rus. Vous serez allongĂ©e, dĂ©tendue, respirant calmement. Je resterai avec vous Ă  chaque Ă©tape, rien ne sera fait sans que vous soyez prĂȘte.

Je hoche la tĂȘte, inspirant profondĂ©ment pour calmer le lĂ©ger tremblement dans mes mains. Chaque geste, chaque dĂ©tail, me rapproche un peu plus de ce que j’avais attendu si longtemps.

— On peut commencer ? demande-t-elle d’une voix douce mais ferme.

— Oui
 je suis prĂȘte, murmurai-je.

Je posai mon sac et mon manteau sur le petit support Ă  cĂŽtĂ© de la chaise longue, ajustai ma jupe longue autour de mes jambes et m’assis. La piĂšce semblait plus Ă©troite soudainement, chaque bruit — le cliquetis des instruments, le froissement du papier — me faisait sursauter lĂ©gĂšrement. La femme mĂ©decin s’approcha, arrangea les draps et me demanda de respirer profondĂ©ment pour me relĂącher. J’inspirai lentement, posant mes mains sur mon ventre, essayant de calmer le tremblement dans mes doigts.

À ce moment prĂ©cis, on frappa Ă  la porte.

— Entrez, dit-elle.

La porte s’ouvrit sur une infirmiĂšre qui tenait lĂ©gĂšrement la porte pour laisser passer une femme essoufflĂ©e, un sac sur l’épaule. Je reconnus ma mĂšre aussitĂŽt. Mon cƓur se serra.

Elle balaya la salle du regard, ses yeux passant sur les instruments, les fauteuils alignĂ©s, puis s’arrĂȘtĂšrent sur moi. Nos regards se croisĂšrent, et je vis dans ses yeux Ă  la fois l’inquiĂ©tude et la surprise. Elle avançait lentement.

— Paloma
 murmura-t-elle en s’approchant et posa ses mains sur mes genoux.. Tu es vraiment sĂ»re de ce que tu veux faire ? Ce genre de
 chose
 ce n’est pas Ă  prendre Ă  la lĂ©gĂšre.

— Maman
 on a dĂ©jĂ  eu cette conversation, rĂ©pondis-je, fronçant les sourcils. Je ne changerai pas d’avis.

Elle prit une de mes mains dans les siennes, la serrant doucement.

— Je sais
 mais je veux que tu comprennes. Ton mari t’aurait soutenue, oui
 mais il aurait voulu que tu sois prĂȘte. Que tu rĂ©flĂ©chisses encore une fois Ă  ce que cela signifie


Je retirai ma main, inspirai profondément, les yeux fixés sur le plafond.

— Je sais ce que je fais, murmurai-je. Je veux cet enfant. Je veux ce lien avec lui. Charlie m’aurait soutenue, s’il Ă©tait encore lĂ . Ce bĂ©bé  c’est ce que nous aurions voulu.

Ma voix trembla Ă  peine, mais je sentis quelque chose se briser en moi. Les mots flottaient entre nous, lourds, pleins de tout ce que j’avais retenu depuis des mois. J'ai fini par tourner la tĂȘte vers elle, les larmes me montant aux yeux.

— Maman
 s’il te plaĂźt, laisse-moi faire ce choix, dis-je d’une voix brisĂ©e. C’est le seul qui me reste. Je ne te demande pas de comprendre
 juste d’ĂȘtre lĂ .

Elle baissa la tĂȘte, essuya une larme du bout des doigts, hĂ©sitant entre raison et amour. Son regard glissa vers la gynĂ©cologue, qui Ă©tait restĂ©e discrĂštement en retrait, respectueuse de notre Ă©change.

— Madame MĂĄrquez, je crois qu’il serait prĂ©fĂ©rable de laisser Paloma se dĂ©tendre avant la procĂ©dure. Vous pourrez l’attendre dans le couloir.

Ma mĂšre hocha lentement la tĂȘte, le visage dĂ©fait. Elle posa une derniĂšre fois sa main sur la mienne, la serra fort, comme pour y laisser une promesse silencieuse.

— D’accord, souffla-t-elle. Je t’attendrai dehors.

Je la regardai se lever, remettre son sac sur l’épaule et s’éloigner lentement vers la porte. Elle se retourna une derniĂšre fois, son regard cherchant le mien, puis sortit sans un mot.

Quand la porte se referma, un silence Ă©pais retomba dans la piĂšce. Le genre de silence qu’on n’ose pas briser.

La mĂ©decin s’approcha alors, posant une main lĂ©gĂšre sur mon avant-bras.

— On va y aller tranquillement, d’accord ? Respirez profondĂ©ment.

Le temps sembla se suspendre.

Je hochai doucement la tĂȘte, me concentrai sur ma respiration, lente, puis fermai les yeux. J’entendais encore le bruit discret d’un gant qu’on enfile et du matĂ©riel qu’on repositionne, le lĂ©ger froissement du drap sous moi. Tout venait de se passer si vite.

Quelques secondes Ă  peine, et pourtant, j’avais l’impression d’avoir traversĂ© quelque chose d’immense, comme si une ligne invisible s’était dĂ©placĂ©e en moi.

Un lĂ©ger froid me traversa, puis une pression infime, Ă  peine perceptible. Je ne bougeai pas. C’était un contact Ă©trange — ni douloureux, ni vraiment confortable. Juste
 intime. Je savais que, pendant ce court instant, quelque chose entrait en moi, pas seulement un embryon, mais une possibilitĂ©.

Un commencement.

Elle murmura doucement, sa voix presque effacée par le bourdonnement de la lampe :

— Trùs bien
 encore quelques secondes
 voilà
 parfait.

Je sentis le cathéter se retirer, puis le silence retomber.

Mon corps me sembla plus lĂ©ger, et en mĂȘme temps, habitĂ© d’une gravitĂ© nouvelle.

Je ne bougeai toujours pas, gardant les yeux clos, comme si les ouvrir risquait de dissoudre ce moment fragile.

Je pensais à lui. À Charlie.

Son rire, sa main dans mes cheveux, sa façon de dire mon prĂ©nom comme une confidence. Et je lui parlai en silence : C’est maintenant. Je te ramĂšne un peu Ă  la vie.

Une larme roula sur ma tempe.

Quand la gynĂ©cologue posa doucement une compresse sur mon ventre, je rouvris les yeux. La lumiĂšre blanche m’éblouit un peu, mais j’avais l’impression qu’elle venait de plus loin.

— Bien, annonça-t-elle en enlevant ses gants. L’insĂ©mination s’est trĂšs bien passĂ©e. Vous pouvez rester allongĂ©e quelques minutes, le temps de vous dĂ©tendre un peu.

J’acquiesçai sans un mot, fixant le plafond oĂč la lumiĂšre blanche vibrait lĂ©gĂšrement. Mon cƓur battait trop vite.

Elle posa une main légÚre sur mon bras.

— À partir d’ici, il va falloir un peu de patience. Les deux prochaines semaines sont importantes. Vous pourrez reprendre une vie normale, mais Ă©vitez les efforts trop intenses. Essayez surtout
 de ne pas trop y penser, mĂȘme si je sais que c’est plus facile Ă  dire qu’à faire.

Un petit sourire étira mes lÚvres.

— Oui, j’imagine.

Elle hocha la tĂȘte, puis ajouta, d’un ton plus sĂ©rieux :

— On fera une prise de sang dans quatorze jours. C’est la seule façon fiable de savoir si la fĂ©condation a fonctionnĂ©.

Elle marqua une pause, son regard bienveillant posé sur moi.

— Jusque-lĂ , vos sensations peuvent ĂȘtre trompeuses. Certaines femmes ressentent des signes, d’autres non. Ne tirez pas de conclusions trop vite, d’accord ?

Je hochai la tĂȘte lentement.

Deux semaines.

Quatorze jours entre espoir et vertige.

— Si le test est positif, on programmera rapidement une Ă©chographie pour vĂ©rifier la nidation. Et si ce n’est pas le cas, on en reparlera ensemble. Rien n’est jamais perdu aprĂšs un seul essai.

Elle eut un léger sourire.

— Mais j’ai bon espoir pour vous, Paloma.

Ces mots rĂ©sonnĂšrent dans ma poitrine comme une note fragile. Je la remerciai d’un signe de tĂȘte, la gorge un peu serrĂ©e. Elle me laissa quelques instants seule, le temps que je me rhabille.

Je passai une main sur mon ventre, doucement, sans trop oser appuyer. Tout semblait identique, et pourtant
 je savais que quelque chose venait de changer.

Je respirai profondément, fermai les yeux un instant.

Dans le silence du cabinet, j’entendis presque les battements de mon cƓur se mĂȘler Ă  l’écho d’une priĂšre muette.

Quand je sortis, ma mĂšre Ă©tait lĂ , assise sur le banc du couloir, le sac posĂ© Ă  cĂŽtĂ© d’elle. Elle releva la tĂȘte, son regard encore humide, et je vis sur son visage une inquiĂ©tude mĂȘlĂ©e Ă  une tendresse silencieuse.

— C’est fini ? demanda-t-elle simplement.

Je souris faiblement, ajustant mon manteau.

— Oui. Maintenant, il faut attendre.

Elle hocha la tĂȘte, puis se leva lentement.

On marcha cĂŽte Ă  cĂŽte dans le couloir sans se parler, nos pas rĂ©sonnant sur le carrelage. L’ascenseur nous attendait au bout du couloir. On entra, cĂŽte Ă  cĂŽte, sans un mot. Le miroir en face de moi reflĂ©tait un visage que je reconnus Ă  peine : les joues pĂąles, les yeux un peu gonflĂ©s, mais une lumiĂšre Ă©trange dans le regard. Quelque chose comme de la paix.

Ma mÚre toussota doucement, le regard fixé sur les chiffres qui défilaient.

— Tu sais, Paloma
 ton grand-pĂšre aurait Ă©tĂ© fier de toi, dit-elle soudain, la voix plus douce.

Je tournai la tĂȘte vers elle, surprise.

— Tu crois ?

Elle hocha lentement la tĂȘte, un sourire triste aux lĂšvres.

— Oui. MĂȘme s’il aurait fait cette tĂȘte de mule qu’il tirait quand il s’inquiĂ©tait pour toi. Tu te souviens ?

Je ris doucement, un rire court, brisĂ© mais sincĂšre. Oui, je m’en souvenais.

Les portes s’ouvrirent dans un petit “ding” mĂ©tallique. L’air du hall Ă©tait plus frais, plus bruyant. On traversa lentement la salle, elle ajustant la sangle de son sac, moi tentant de retrouver mes repĂšres. Je marchais un peu en avant quand un choc brutal me dĂ©sĂ©quilibra. Une Ă©paule, lourde, frappa la mienne de plein fouet. Mon sac glissa, je perdis un pas avant de retrouver l’équilibre.

— HĂ© ! cria ma mĂšre derriĂšre moi, indignĂ©e. Non mais ! Ces gens, mon Dieu !

Je levai les yeux, mais l’homme continuait sa route sans se retourner. Il marchait vite, costume sombre, allure pressĂ©e, les Ă©paules droites comme s’il avait un avion Ă  prendre ou un monde Ă  sauver.

— Maman, laisse
 soufflai-je en remettant mon sac sur mon Ă©paule. Peut-ĂȘtre qu’il ne m’a pas vue.

Elle leva les yeux au ciel, outrée.

— Oh, arrĂȘte avec ça. T’es toujours trop gentille avec tout le monde, toi. Dans la vie, ma fille, les gens trop bons finissent toujours Ă  se faire avoir.

Je souris en coin, un peu amusée.

— C’est ta façon Ă  toi de me dire de me mĂ©fier ?

— Non, c’est ma façon de te dire que t’as un cƓur trop grand pour un monde trop petit, rĂ©pondit-elle en haussant les Ă©paules.

Je ris franchement cette fois, et elle finit par m’imiter.

On continua de marcher vers la sortie, nos pas se mĂȘlant au va-et-vient des passants. Je n’y pensai plus. Juste un accrochage banal dans un hall d’hĂŽpital, une journĂ©e de plus Ă  avaler.

Chapters
1. Chapitre 1
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