Sonya et Victor
Sonya
Je suis dans une cage. Elle est faite de grilles en fer. Je le sais parce que j’ai essayé de me libérer. Je l’ai tiré, poussé, cogné mais le matériau n’a pas bougé. J’ai alors supposé que c’était du fer. Je ne sais pas depuis combien de temps je suis enfermée. Je me suis réveillée en sursaut quand j’ai eu la sensation de perdre le contrôle de mon corps.
Depuis j’attends, assise dans un coin. Je ne vois rien, tout est noir, rien n’a de forme, il n’y a pas d’odeurs non plus. Je suis terrifiée, je ne sais pas ce que je fais là. Ni pourquoi cette cage me pousse vers le haut. Étais-je dans un souterrain ? Ai-je pris la décision de monter là-dedans ? J’essaie de me souvenir mais c’est le néant. Je n’ai pas de souvenirs. C’est comme si je n’avais jamais existé avant, comme si je n’avais pas eu de vie, comme si je n’avais jamais eu l’occasion d’en créer. Je n’ose pas bouger. Mes bras encerclent mes jambes, mon dos est appuyé contre le fer. C’est froid, j’ai froid, je suis frigorifiée. D’un coup, la terre tremble. Une lumière aveuglante se fraie un chemin dans ce lieu sombre qui me maintient prisonnière. Mes yeux me brûlent. Je n’y vois rien, ça pique. Je cligne une fois, deux fois, cinq fois des yeux avant d’y voir mieux. Soudain, la cage s’immobilise dans un bruit sourd.
— Arghh, c’est quoi ce délire qu’est-
Je crie en me cachant les yeux avec la paume de mes mains quand j’entends cette voix qui n’est pas la mienne. Puis, quand je n’entends plus rien, j’ose retirer mes mains pour regarder la personne qui m’accompagne. C’est un homme. Il paraît grand, même assis. Ses bras et ses cuisses musclés laissent penser qu’il fait du sport, beaucoup de sport. Mes yeux se posent alors sur son visage et je sursaute en remarquant que lui aussi, me dévisage. Il détourne aussitôt les yeux et regarde vers la lumière du jour, il se lève, pousse sur les grilles en fer qui nous surplombent et ouvre la cage. Je le regarde se hisser sur ce que je suppose être la terre ferme jusqu’à ce qu’il disparaisse de ma vue.
J’attends quelques minutes puis je décide de me lever à mon tour. J’y vais doucement, de peur de faire un mouvement qui pourrait faire retomber aussitôt la cage au fond de cette galerie. Je m’avance vers l’accès qu’il a créé et m’agrippe à mon tour afin de me tirer vers le haut. Mes un mètre soixante-seize me facilitent la tâche, je me retrouve rapidement debout, face à un immense terrain enneigé. J’avance tout en explorant ce lieu dénué de vie. Il fait un froid glacial et il n’y a pas un seul bruit. Je tourne la tête et repère une petite maison en pierre un peu plus loin et décide d’aller m’abriter à l’intérieur.
Victor
– Arghh, c’est quoi ce délire qu’est-
Je n’ai pas le temps de finir ma phrase que quelqu’un hurle tout près de moi. Je m’immobilise et regarde dans sa direction. C’est une fille, je ne vois pas son visage qui est caché par ses mains. Mais, ce qui est certain, c’est qu’elle a de la voix. Mes oreilles sont en feu.
Le temps qu’elle se calme, je me redresse et regarde autour de moi. On est tous les deux enfermés dans une cage. Je la regarde à nouveau, elle m’observe, muette. Puis, ses yeux rencontrent les miens. Je les détourne en me levant. Je ne compte pas rester là toute la journée alors je regarde comment sortir de là.
Je vois une sorte de levier qui maintient deux grilles scellées entre elles, je tire dessus puis pousse les grilles afin de libérer l’accès pour sortir. Je pose mes mains à plat sur la terre gelée puis pousse pour monter. Une fois debout j’analyse vaguement les lieux et fonce vers la maison en pierre que je vois au loin. Je veux trouver des outils, des armes, quelque chose qui pourrait m’être utile. Je ne prête plus attention à la fille, elle est assez grande pour se débrouiller seule.
Il gèle, j’ai un pull mais je me gèle putain. Alors que j’arrive près de la maison, je repère des objets éparpillés un peu partout, un marteau, des clous, un couteau je récupère tout ce que je peux.
Je me relève et repère une hache calée contre la porte de la maison. Je la prends et me tourne pour trouver du bois. Soit je fais un feu, soit je crève de froid. J’arrive près d’un tronc qui m’arrive presque à la taille et décide qu’il fera l’affaire, pour l’instant.
Une demi-heure plus tard, je reviens près de la maison en pierre les bras pleins de bouts de bois et alors que j’entre, je repère la fille. Elle est assise dans un coin de la pièce à même le sol. Elle se frotte les bras, tremblante. Je pince les lèvres et regarde autour de moi, cette maison est vide. Hormis une cheminée, il n’y a rien. Rien du tout.
Je m’attèle à faire du feu mais m’immobilise une seconde lorsqu’elle prend la parole :
- Est-ce que vous voulez que je vous aide ? J’ai jamais fait de feu mais peut-être que je peux être utile…
Je me tourne vers elle, la regarde, le visage neutre puis retourne à mes occupations. Elle est bien gentille mais le feu commence à prendre et en plus elle ne pourrait même pas tenir quelque chose dans sa main tant elle tremble.
- Le feu commence à prendre, rapproches-toi. J’ai pas envie d’avoir le cadavre d’une fille morte de froid sur le dos.
Elle vient s’asseoir à l’opposé de moi mais assez proche du feu pour ressentir la chaleur qu’il provoque. Cette chaleur qui va nous permettre de ne pas mourir cette nuit.