Chapter 1
Le jour de la naissance de Baili Donjun fut marqué par une attente fébrile dans le manoir des Donjun. Dans ce monde vibrant de l'énergie des dons, chaque nouveau-né était scruté, espérant le signe d'un pouvoir exceptionnel qui scellerait sa destinée. Les anciens, les sages, même les plus humbles serviteurs du domaine, se pressaient dans la chambre, leurs visages tendus par l'anticipation. Quand la sage-femme sortit enfin, son expression n'était pas celle de la joie triomphale, mais d'une déception voilée.
« Aucune manifestation », murmura-t-elle, sa voix résonnant comme un glas dans le silence soudain. « L'enfant... il n'a pas de don. »
Un murmure de consternation parcourut la foule. Baili Donjun, le fils tant attendu, était né sans pouvoir.
Les années qui suivirent furent une lente descente dans l'oubli au sein de sa propre famille. Alors que les enfants de son âge découvraient leurs dons – la manipulation du feu, la télékinésie, la guérison rapide –, Baili restait figé dans une normalité déconcertante. Les tests se succédèrent, impitoyables, confirmant chaque fois l'absence totale d'énergie surnaturelle. Il devint rapidement l'objet de moqueries, le "sans-don", le "fardeau".
Sa chambre, autrefois destinée à devenir un sanctuaire pour un futur prodige, se résuma à une petite pièce dépouillée dans les combles, à peine plus qu'un cagibi. La nourriture qu'il recevait était frugale, les vêtements qu'il portait étaient des rebuts. Les domestiques, ceux-là même qui nettoyaient les écuries ou entretenaient les jardins, avaient plus de considération, plus de valeur à leurs yeux, que le propre fils de la maison Donjun. Il était le dernier, celui dont on ne parlait qu'en soupirant ou en riant.
Pourtant, au plus profond de lui, Baili ressentait des choses étranges. Parfois, dans le silence de sa petite chambre, alors que la fatigue le gagnait, il avait l'impression de voir des images fugaces, des éclats de pensées qui n'étaient pas les siennes. Des visages inconnus traversaient son esprit, des émotions intenses – peur, colère, joie – le submergeaient sans raison apparente. Il mettait cela sur le compte de son imagination, de sa solitude, de la frustration d'être constamment rabaissé. Comment aurait-il pu imaginer que ces "rêves" étaient les premières manifestations d'un pouvoir qu'il ne comprenait pas, un pouvoir ancestral dormant en lui, celui du Seigneur des Démons ?
Il apprenait à survivre dans l'ombre de l'absence, à encaisser les coups sans jamais montrer de faiblesse, car la faiblesse était sa seule identité reconnue. Il ne savait pas encore que chaque humiliation, chaque tâche pénible, forgeait en lui une résilience insoupçonnée, préparant le terrain pour une puissance qui allait bientôt secouer les fondations mêmes de son monde.