Chapitre 1: Le mec de la plage
J’ai rencontré un mec sur la plage, pendant mes vacances aux États-Unis.
Atypique, adorable et solitaire — le genre qui n’a même pas besoin de parler pour attirer l’attention. Le genre de gars qui te reste en tête avant de t’en rendre compte, et qui te hante longtemps.
Chaque après-midi, il s’asseyait sur le même vieux rocher, juste à la limite entre le sable et l’eau. Toujours seul. Toujours avec cette clope coincée entre les lèvres et ce regard perdu vers l’horizon, comme s’il attendait quelque chose…ou quelqu’un.
Je le regardais souvent sans oser m’approcher.
C’était devenu une habitude idiote : je faisais semblant de lire, ou de prendre des photos du coucher du soleil, juste pour le garder dans mon champ de vision.
Il avait quelque chose d’à la fois calme et inquiétant. Ce genre d’aura qui te fait hésiter entre fuir ou rester.
Parfois, il fredonnait une chanson que je ne reconnaissais pas. Parfois, il restait si immobile que j’en venais à me demander s’il respirait encore.
Et puis un jour, je me suis dit : tant pis.
Je me suis levée, j’ai traversé la plage, le cœur battant, les pieds brûlants sur le sable, et j’ai dit le truc le plus banal au monde :
— Salut.
Il m’a regardée avec cet air surpris qu’ont les gens à qui on ne parle jamais. Puis il a souri, un sourire doux, un peu triste.
Et sans que je comprenne vraiment comment, on a parlé pendant deux heures.
De tout. De rien. Du bruit des vagues, des films trop sous-cotés, des souvenirs d’enfance, de la peur de grandir.
Il s’appelait Soren.
Loin de l’image du playboy que je m’étais inventée, il était en réalité un énorme nounours.
Doux. Patient. Plein d’attention.
Il écoutait vraiment, ce qui est rare. Il parlait peu, mais chaque mot semblait pesé, sincère.
Les jours suivants, je l’ai revu. Encore et encore.
Au début, toujours sur la plage. Puis ailleurs.
Dans les motels de la station balnéaire, dans un diner à moitié vide, parfois chez lui — un petit appartement en bord de mer, sans décor, sans photos, comme s’il n’y vivait même pas.
Avec lui, tout paraissait simple. Naturel.
Je ne savais pas trop ce qu’on était, ni où on allait, mais je savais que je me sentais bien.
Et ça me suffisait.
J’étais tombée amoureuse. Lentement, sûrement.
Alors un soir, je me suis dit que j’allais lui dire.
J’allais lui dire tout ce que j’avais sur le cœur, même si ça devait tout foutre en l’air.
J’ai décidé de lui avouer à son endroit favori avec pour seul témoin le ciel sombre.
Mais avant même que je puisse ouvrir la bouche, il m’a devancée.
Il m’a regardée droit dans les yeux, son expression soudain vide, froide.
Et il a dit :
— J’ai commis un meurtre l’année dernière.
Un silence.
Puis, calmement, presque comme s’il parlait de la météo :
— Et je pense que j’en commettrai encore un autre.
Hein ?
J’ai cru qu’il plaisantait.
Mais il ne riait pas.
Et c’est à ce moment précis que j’ai compris que je ne savais absolument rien de lui.