OMBRE DE SEATTLE (CAPTIVE D'UNE NUIT)

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Summary

Dans la pénombre d'une pièce où chaque souffle semblait retenir le temps, Yasna découvrit un désir qu'elle n'avait jamais osé affronter. Entre les bras d'un inconnu aux yeux d'ombre, elle sentit son monde vaciller. Pour la première fois, elle ferma les yeux non pour fuir, mais pour vivre. Mais cet homme n'était pas un simple mortel. Derrière son regard brûlait un secret que même la nuit refusait d'avouer - un secret capable de briser Yasna ou de la consumer. Entre la passion et les ténèbres, entre la peur et l'ivresse, elle marchera sur la ligne fragile qui sépare l'amour de la damnation. Car dans les bras de cet homme, Yasna ne trouvera pas seulement le feu du désir... Elle y découvrira son destin. Et le prix de cette révélation sera le plus douloureux des sacrifices. ⚠️ AVERTISSEMENT - 18+ ⚠️ Cette histoire contient des scènes explicites, de la domination, de la violence psychologique et des thèmes matures. Interdit aux mineurs. En poursuivant votre lecture, vous confirmez avoir plus de 18 ans.

Status
Ongoing
Chapters
2
Rating
5.0 1 review
Age Rating
18+

Chapitre 1


Seattle se déchaînait sous une pluie lourde, presque vivante.

Assise tout près de la baie vitrée, Yasna observait la ville engloutie par les nuages. Elle aimait cette pluie — elle l’enveloppait, la calmait, comme si le ciel pleurait à sa place. Pour la première fois depuis longtemps, elle se sentait chanceuse. Chanceuse d’être là, loin de Moscou, loin de son passé qui la dévorait.

À peine avaient-elles quitté la Russie qu’Alexandra avait soutenu son idée de venir ici, jusqu’à convaincre Hector. Elle ignorait comment son amie s’y était prise, mais Hector avait finalement accepté qu’elle organise son enterrement de vie de jeune fille. Lui qui avait été surpris, voire déstabilisé, lorsqu’elle avait renoncé à l’idée. Yasna voulait que ce mariage — ce mariage qu’elle n’avait jamais désiré — se déroule vite. Trop vite. Comme si plus vite il serait passé, moins il serait réel.

Mais Hector lui avait fait une promesse : celle de financer l’opération de Katrina. Sa sœur. Sa moitié. Celle qu’elle avait dû laisser derrière. Elle souffrait déjà de cet éloignement, même si Katrina, fidèle à elle-même, avait tout fait pour l’encourager à partir, la suppliante d’être égoïste, ne serait-ce qu’une fois.

Seattle n’avait rien à voir avec Moscou. Même l’odeur de la pluie était différente : plus douce, moins brutale. Yasna posa sa main contre la vitre, caressant les gouttes qu’elle ne pouvait pas toucher. Et comme souvent, la pluie réveilla ses souvenirs.

Son enfance.

Ou plutôt, ce qu’on lui avait arraché à la place de l’enfance.

Son père, un homme autoritaire et dur, ne lui avait jamais permis de rêver, ni même de contempler le monde. « Regarder la pluie » était déjà un privilège, et les privilèges étaient bannis chez lui. Après la mort tragique de sa mère, Yasna avait dû grandir d’un coup. Pas pour elle. Pour Katrina. Sa sœur privée de la vue, vulnérable dans un monde trop sombre. Alors Yasna avait décidé de devenir ses yeux. Et depuis, son passé douloureux refusait de la lâcher.

— Yasna ?

Une voix douce trancha ses pensées.

Alexandra se tenait là, près d’elle, inquiète.

— Yasna, tu m’entends ?

— Oui… oui, Alex, murmura-t-elle d’une voix tremblante.

— À quoi tu penses au point d’oublier le son de ma voix ?

Yasna releva la tête. Son regard en disait plus que ses mots.

— Je pensais à Katrina… À ce que sera sa vie après l’opération qu’Hector a promise. J’essaie de croire qu’une fois qu’elle pourra revoir, je me sentirai enfin soulagée… débarrassée de cette culpabilité qui me ronge depuis toutes ces années.

Alexandra posa une main sur son épaule.

— Ma chérie… tu ne peux pas continuer à porter ça toute seule. Tu sais très bien que Katrina ne t’a jamais tenu responsable. Elle te l’a répété tant de fois. C’est toi qui refuses de tourner cette page.

Un frisson traversa Yasna.

Puis une larme roula sur sa joue.

— Comment je pourrais oublier, Alex ? Chaque fois que je ferme les yeux, je revis cette nuit. Ce cauchemar… encore et encore…

Sa main trembla lorsqu’elle attrapa un verre pour se servir de l’eau.

— J’ai été là, consciente de tout, et je n’ai rien fait… J’ai regardé ma mère agoniser sans bouger. J’ai fermé les yeux. C’est Katrina qui a essayé de la sauver alors qu’elle était déjà si mal. Et moi… je l’ai laissée s’approcher de cette voiture… et…

Ses mots s’étouffèrent dans ses larmes.

Alexandra l’encercla de ses bras.

— Stop. Ça suffit, Yasna. Ta sœur n’a pas perdu la vue à cause de toi. Le médecin l’a expliqué, tu t’en souviens. Tu n’es pas coupable, tu n’as jamais été coupable.

Elle la conduisit jusqu’au canapé et la fit s’asseoir. Yasna pleura contre elle, son chagrin débordant enfin. Alexandra sentit son cœur se briser.

— Calme-toi, ma puce… Souviens-toi pourquoi on est ici. Tu as besoin de respirer, tu m’entends ? Viens, je t’ai préparé un bain chaud. Ça va t’apaiser.

Elle l’aida à se lever.

À se déshabiller.

À abandonner, ne serait-ce qu’un instant, ce poids qui l’écrasait.

La salle de bain embaumait les huiles et la vapeur tiède. Pour la première fois depuis des heures, Yasna sentit son cœur ralentir. Peut-être même… battre autrement.

La salle de bain était noyée dans une lumière douce, presque irréelle. La vapeur s’élevait en fins voiles au-dessus de l’eau chaude, et l’odeur d’huiles parfumées apaisait l’air. Yasna, assise sur le large rebord du lavabo, laissait enfin ses épaules se relâcher tandis qu’Alexandra lui frictionnait délicatement le dos avec une serviette chaude.

Peu à peu, la chape de douleur qui lui serrait la poitrine se desserrait.

Elle inspira longuement, comme si elle apprenait de nouveau à respirer.

Alexandra, qui l’observait à travers le miroir embué, finit par rompre le silence :

— Tu sais que tu peux encore changer d’avis, Yasna…

Sa voix était douce, mais la phrase portait tout un monde d’inquiétude. Yasna comprit immédiatement de quoi elle parlait.

Le mariage.

Elle baissa les yeux.

— Non, Alex… je ne peux plus reculer. Tu le sais aussi bien que moi.

Son murmure avait le poids d’une condamnation.

— Mon père me tuerait… et il ferait du mal à Katrina. Je n’ai pas le choix.

Alexandra serra la serviette entre ses doigts.

— Mais Hector a l’âge de ton père, Yasna… Et je me demande quel genre de monstre peut laisser sa propre fille épouser un homme comme lui.

Yasna esquissa un rire amer, sans joie.

— Tu connais Hector. Il a été clair avec mon père depuis le début. Et maintenant qu’il est ruiné, mon père n’a plus aucun pouvoir. Hector a la main sur tout… sur lui… et sur moi.

Alexandra planta son regard dans le sien. Il y avait dans ses yeux une tempête silencieuse, une colère qui ne trouvait pas de sortie.

— Ça me brûle de savoir que je partage le même sang que lui… souffla-t-elle d’une voix brisée.

Le silence qui suivit n’était pas un vide. Il vibrait, lourd d’un secret douloureux : Alexandra n’était pas seulement une amie — elle était la nièce de celui qui allait faire de Yasna sa femme.

Elle avait grandi de l’autre côté du mur. Là où l’argent couvrait la pourriture.

Yasna le savait. Et elle n’avait jamais cessé de s’étonner que malgré l’ombre d’Hector, Alexandra ait gardé ce cœur immense, cette loyauté rare, ce courage discret.

Elle posa sa main sur la sienne.

— Tu n’es pas lui, Alex, tu es mon amie, ma meilleure amie.

Alexandra détourna le regard, pas pour fuir, mais pour ravaler les larmes qu’elle refusait de laisser tomber.

— Je le sais… murmura-t-elle. Mais je porte son nom. Son sang. Et parfois j’ai l’impression que rien ne pourra laver ce lien.

Yasna se redressa légèrement, glissa sa main dans la sienne, et la serra.

— Alors laisse-moi te dire ceci : le sang ne fait pas la famille. La loyauté, si, tu as été la seule à m'épaule quand j'étais perdu à travers mes larmes, tu ne m'as jamais posé les questions de pourquoi je faisais ça et comment. Non! Tu m'as toujours compris à travers mon silence et ma douleur et ça personne d'autre pourrai y arriver crois-moi moya podrouga.

Alexandra releva enfin les yeux vers elle, touchée.

Pendant une seconde, le monde sembla s’arrêter — juste elles deux, dans cette bulle suspendue au-dessus du chaos.

Puis Alexandra força un petit sourire.

— Allez. Entre dans le bain avant que l’eau ne refroidisse, ma puce.

Yasna acquiesça lentement. Ses mouvements étaient encore hésitants, mais son regard avait changé : moins noyé, plus vivant.

Elle laissa sa serviette glisser le long de sa peau et s’approcha du bain où l’eau frémissait doucement. Quand elle y plongea enfin un pied, puis le corps tout entier, la chaleur l’accueillit comme une étreinte longuement attendue.

Pour la première fois depuis qu’elles avaient quitté Moscou…

elle se sentit vivante.)

La nuit s’était achevée dans un calme trompeur.

Après le bain, elles avaient longuement discuté, installées sur le lit, enveloppées dans des peignoirs moelleux. Elles avaient débattu du film à regarder comme deux adolescentes en fuite, et finalement, leur choix s’était arrêté sur une comédie romantique. Les rires sur l’écran n’avaient pas su effacer l’épuisement qui pesait sur les épaules de Yasna : elle s’était endormie bien avant le générique.

Avant de rejoindre son propre lit, Alexandra lui avait annoncé qu’elles quitteraient l’hôtel qu'avait choisi Hector le lendemain. Héctor on n avait choisi un . Quand il avait accepté en Russie sa décision de se rendre à Seattle et avait contacter ses connaissances pour leurs trouver cet hôtel. Yasna avait essayé de protester . elle détestait qu’il décide de tout, même à distance.

L’aube arriva trop tôt.

Yasna fut la première à ouvrir les yeux. Mais on ne pouvait pas vraiment dire qu’elle s’était reposée. Elle n’avait dormi qu’une moitié de nuit, hantée par un cauchemar si violent qu’elle s’était réveillée le cœur battant, la gorge sèche et le front trempé de sueur.

Elle revoyait encore cet homme.

Ou plutôt… cette ombre.

Un colosse massif, à la présence écrasante, si sombre que même ses traits disparaissaient, avalés par la noirceur. Dans son rêve, il semblait plus vivant que tout le reste. Il ne parlait pas, il n’avait pas besoin de parler. Sa simple aura suffoquait. Elle se souvenait avoir senti… la mort. Pas la peur d’un homme. Non. La peur d’un destin.

Elle l’avait suivi dans les bois, sans savoir pourquoi. Le sol froid, la nuit sans lune, les branches noires… et cette impression irrationnelle que si elle le perdait de vue, il l’emmènerait avec lui dans l’oubli.

Au début, elle avait cru voir Hector. Mais Hector n’avait ni cette stature, ni cette absence totale de lumière. Dans le rêve, l’homme semblait taillé dans la nuit elle-même. Beau comme un tombeau. Terrifiant comme un secret.

Alors qui était-il ?

Et pourquoi lui — un inconnu — revenait-il la hanter alors même qu’il n’appartenait pas à son monde ?

Elle avait mis un long moment à se rendormir, et encore, ce sommeil n’avait rien eu d’apaisé.

Quand elle se leva enfin, elle se prépara un chocolat chaud pour humidifier sa gorge sèche. Elle resta un moment silencieuse, seule dans le salon, enveloppée dans l’écho du rêve. La ville était encore calme, Seattle se réveillait à peine.

Quelques minutes plus tard, des pas légers descendirent les escaliers intérieurs. Sans se retourner, Yasna reconnut la démarche d’Alexandra. Elle prépara une tasse de café avant qu’elle n’apparaisse, comme un petit rituel entre elles.

— Bonjour, ma belle, murmura Alexandra d’une voix encore ensommeillée.

Elle semblait être reposée, détendue — l’exact opposé de Yasna.

— Tu as bien dormi ? demanda Alexandra, en saisissant la tasse que Yasna lui tendait.

— Oui… oui, ça va, mentit-elle doucement.

Alexandra ne releva pas, mais un battement de cil trahit qu’elle avait compris.

— Et toi, tout va bien ? demanda Yasna, comme pour détourner l’attention.

— Oui. Mais… toi tu as l’air ailleurs, répondit Alexandra avec douceur.

Yasna hésita un instant. Elle avait envie de lui parler de ce rêve. De ce poids, de cette ombre. Mais quelque chose en elle n’était pas prête. Pas encore.

— On devrait parler. Tu te souviens ?, finit-elle par dire à mi-voix.

Yasna prit son verre et le guida à ses lèvres.

— D’accord, mais d’abord repose-toi un peu, tu as l'air d'un zombie. Ou mange quelque chose.

Yasna secoua la tête doucement.

—Non,.. mais d'abord Je dois juste passer un appel au manoir. Je veux prendre des nouvelles de Katrina.

_ Fais-le, le temps que je prends ma douche, dit-elle en s'éloignant vers les escaliers.

Elle composa le numéro de Maya, la gouvernante en charge de s’occuper de sa sœur. La voix familière à l’autre bout de la ligne lui apporta un souffle de réconfort.

— Comment va-t-elle ? demanda Yasna aussitôt.toujours mademoiselle, répondit Maya. Elle s'apprêtait à dormir . Je te la passe.

— Yasna ? entendit-elle ensuite.

La voix de Katrina avait ce ton doux et solide, comme si rien ne pouvait l’ébranler.

— Comment tu te sens aujourd’hui ma chérie ? demanda Yasna.

— Bien. Encore debout. Et je te rassure : Ivanka n’a rien tenté. Maya très bien veille sur moi, tu peux respirer ma sœur.

Un léger sourire traversa les lèvres de Yasna.

— Tu devrais profiter de ton voyage mon ange et arrêter de penser au pire scénario, Yassy. Je sais que tu fais tout ça pour moi et crois-moi ça me brise le cœur de savoir que tu t'es fait la promesse d'aller jusqu'au bout de cette décision de te marié avec Hector, mais pour une fois mon ange. je t'en prie pense à toi, seulement toi cette fois. C’est ma phrase préférée, non ? Arrête de t’en faire pour moi.

Yasna ferma les yeux. Cette force tranquille… c’était ce qui l’avait toujours sauvée, ironiquement.

Mais cette fois, quelque chose dans sa poitrine lui soufflait que rien n’était aussi simple.

Après l’appel qu’elle avait passé à sa sœur, Yasna se sentit enfin un peu plus détendue. Pourtant, une question persistait au fond d’elle : comment Alésia parvenait-elle à garder une telle maîtrise dans cette tempête, alors qu’elle aussi portait ses propres cicatrices ? Peut-être souffrait-elle encore… silencieusement. Ce contraste donnait à Yasna la sensation étrange d’être la seule à trembler.

Elle inspira profondément et attendit le retour d’Alexandra, qui venait tout juste de terminer sa douche.

Lorsque cette dernière ressortit, Yasna n’attendit pas plus longtemps.

— De quoi voulais-tu me parler ? Et c’est quoi, exactement, cette histoire de “quitter l’hôtel” ? demanda-t-elle en fronçant les sourcils.

Alexandra ne répondit pas tout de suite. Elle resta sereine, comme si tout était déjà réglé d’avance. Sans un mot, elle alla ouvrir la porte.

Yasna resta figée lorsqu’une silhouette masculine apparut sur le seuil.

Elle le reconnut instantanément : Hugo.

L’homme de confiance de Hector.

— Mais… qu’est-ce qu’il fait ici ? murmura-t-elle, stupéfaite.

Il entra calmement et commença à prendre leurs affaires comme si tout était normal. Yasna se tourna immédiatement vers Alexandra, le ton tendu :

— Alexandra, dis-moi ce qui se passe. Pourquoi l’homme à tout faire de Hector est là ?

— Parce que nous quittons l’hôtel, répondit Alexandra simplement.

— Quoi ?!

La réaction de Yasna éclata presque sans filtre.

— Mais tu sais très bien que c’est Hector qui a choisi cet endroit ! L’un de ses amis est le responsa—

— Et c’est exactement ça, le problème, coupa Alexandra, sa voix soudain plus tranchante.

Yasna resta interdite.

— Il veut tout contrôler, Yasna. Même loin de toi. Il veut décider de ce que tu fais, où tu dors, avec qui tu entres en contact. Et tu trouves ça normal ?

Les poings de Yasna se serrèrent. Oui… elle le savait. Elle se souvenait encore des derniers mots d’Hector avant son départ de Moscou : ses mises en garde, ses menaces dissimulées derrière un ton “protecteur”. Elle savait de quoi il était capable… et à quel point il tenait son monde en laisse.

— Oh Alex… tu sais bien pourquoi j’accepte tout ça…

— Pas cette fois, ma belle, répondit Alexandra avec une fermeté douce mais implacable.

Elle s’approcha, la regarda droit dans les yeux.

— Avant ton départ, j’ai eu une charmante petite discussion avec Hector. Et je lui ai très clairement expliqué comment allait se dérouler TON enterrement de vie de jeune fille. Il sait que, s’il tente de s’interposer, je peux lui faire perdre le peu de paix qui lui reste.

Yasna déglutit.

— Tu… tu ne me dis pas tout, Alex…

Alexandra caressa sa joue avec un sourire félin.

— Dis-toi simplement que, pour une fois, c’est moi qui ai les cartes en main. Et je compte bien m’en servir pour le faire enrager.

Un éclat moqueur traversa ses yeux.

— Tu sais à quel point je peux devenir atroce.

Elle éclata d’un rire léger, presque dangereux, puis tourna les talons en direction de l’ascenseur, intimant Yasna de la suivre.

— Où est-ce qu’on va, exactement ? demanda Yasna, nerveuse mais intriguée.

Alexandra la fixa, un sourire mystérieux aux lèvres.

— Là où tu vas beaucoup aimer… et peut-être même changer ton destin.

Elle lui fit un clin d’œil avant que les portes de l’ascenseur ne se referment.

Peu après, elles quittèrent l’hôtel et s’avancèrent vers le cœur vibrant de la ville, où Yasna se surprit à lever les yeux vers les immeubles scintillants qui se découpaient contre le ciel. Une étrange sensation lui noua la gorge :

quelque chose venait de commencer… et elle n’en maîtrisait pas encore le nom.

La voiture ralentit puis se gara devant un bâtiment si imposant que Yasna en eut le souffle coupé.

Ce n’était pas un simple hôtel : c’était une œuvre architecturale.

Devant elle se dressait un gratte-ciel gigantesque, entièrement façonné de verre poli et de lignes dorées scintillant sous la lumière du jour. La façade reflétait le ciel comme un miroir liquide, donnant l’impression que le bâtiment flottait entre les nuages.

De larges colonnes blanches encadraient l’entrée, surmontée d’un blason gravé dans la pierre marbrée, où l’on distinguait un sceau royal stylisé en forme de couronne ailée.

Tout respirait la puissance… mais aussi un raffinement presque intimidant.

Alexandra descendit la première avec une grâce assurée, sans même hésiter, puis lança d’un ton sec mais maîtrisé :

— Hugo, suis-nous avec les bagages.

L’homme hocha la tête et s’exécuta immédiatement.

Yasna, elle, resta un moment en arrière, frappée par l’atmosphère du lieu.

Elle observait chaque détail comme si son instinct cherchait quelque chose de dissimulé :

le marbre immaculé au sol, les portiers en gants blancs qui s’inclinaient légèrement, les voitures de luxe alignées comme une parade silencieuse, les grandes lanternes dorées suspendues au plafond extérieur, projetant une lumière chaude et théâtrale.

Tout ici respirait la richesse extrême… mais aussi le secret.

Alexandra l’effleura doucement du bout des doigts pour l’inciter à avancer.

— Ça va aller, murmura-t-elle.

À peine eurent-elles franchi le seuil qu’un homme les accueillit avec une élégance irréprochable. Son costume était taillé sur mesure, ses gestes mesurés, son sourire poli.

— Benvenuta al Palacio de Delicio, dit-il dans un italien aussi doux qu’une mélodie.

Yasna comprit immédiatement — elle avait étudié cette langue.

Mais Alexandra, elle, roula des yeux et lâcha un soupir dramatique :

— On peut éviter la pièce de théâtre romaine et parler normalement ? grommela-t-elle dans son russe claquant, visiblement agacée.

Le majordome — ou concierge de prestige, difficile à dire — resta parfaitement impassible, mais son sourire s’élargit légèrement, comme s’il avait l’habitude des tempéraments de ce genre. Il s’inclina une seconde fois, leurs indiquant le chemin avec une gestuelle fluide et maîtrisée.

L’intérieur était encore plus stupéfiant que l’extérieur.

Un hall immense s’ouvrait devant elles, pavé de marbre blanc veiné d’or.

Au centre, une fontaine intérieure en forme de spirale cristalline laissait tomber l’eau en cascade silencieuse, comme un murmure.

D’énormes lustres de cristal descendaient du plafond, éclatant en milliers d’étincelles lumineuses.

À gauche, un salon monumental meublé de fauteuils de velours noir et de tables en verre fumé ; à droite, une galerie décorée d’œuvres d’art modernes, protégées derrière des parois transparentes.

Tout semblait soigneusement pensé pour impressionner — ou pour hypnotiser.

Yasna n’osait presque plus avancer. Elle se sentait minuscule, comme si elle venait d’entrer dans un univers réservé à une classe de gens dont elle ne faisait pas partie. Pourtant… quelque chose en elle frissonna d’anticipation. Ce lieu ne ressemblait à rien de ce qu’elle connaissait.

Et sans comprendre pourquoi, elle sentit que ce n’était pas simplement un endroit où l’on séjourne.

C’était un endroit où les destins se redessinent.