Terre des Ombres
Cap Sur Neva - Tome 1: Entre Cendres et Soies GWAJA
Chapitre 1: Terre des Ombres
Je m’appelle Nirvana, je suis mercenaire, accompagnée de ma meilleure amie Pearl. Nous sommes à la recherche de notre planète natale. Cela fait dix ans... Dix ans que nous sommes sur les chemins de la Voie lactée. Aujourd’hui, nous avons toutes les deux 20 ans, et notre mission est de détruire l’argonancien et ses sujets corrompus.
L’argonancien est un être malfaisant, ténébreux, enclin à la destruction de l’univers. Cela fait plus de cent ans qu’il agit à son compte grâce à un maléfice, l’empêchant de mourir. Le seul moyen pour l’éliminer, “la Lame Cendrée”, si puissante, si séduisante, peut réveiller les morts et les manipuler. Elle a été créée dans les cendres d’un phoenix, elle est immortelle.
Nous sommes actuellement à la recherche de ce katana. Après plusieurs missions, plusieurs primes et plusieurs fausses informations, Pearl et moi avons fini sur une île intergalactique. L’atmosphère sombre et ombrageuse de cette île est inquiétante. On aurait pensé que cette terre abriterait ne serait-ce qu’une once de vie humaine ou bien animale... Malheureusement, tout au long du chemin, tout n’est que pénombre et mort. L’air nous pique les yeux, un goût de sang dans notre bouche suite à l’air mortuaire. Plus on avançait, plus nous nous demandions si notre informateur ne nous avait pas menti. Selon lui, le katana se trouverait sur cette île, protégé par Argagane, un grand sorcier connu du monde entier. Selon les rumeurs, il aurait plus de trois cents ans mais à l’apparence d’un vieillard de soixante ans.
Sur le chemin, Pearl commença à avoir des vertiges: “Nirvana ! Il est temps de faire une pause,” me dit-elle. J’accepte, cela fait cinq heures que nous marchons en vain sans trouver aucun signe de vie, ni même une piste concernant le katana. Je commence sérieusement à m’inquiéter de l’état de santé de Pearl : “Comment tu te sens ?” dis-je. “Nous ne pouvons pas rester sur site trop longtemps, nous ne connaissons pas cette planète.” Pearl, assise sur un rocher, commença à reprendre des couleurs. Peut-être avons-nous besoin de manger et de boire convenablement, ça fait plusieurs jours que nous n’avons pas pris un repas consistant: “Je me sens mieux, nous devons absolument trouver ce fichu katana, et le sorcier. Rappelle-toi qu’il doit nous informer de la prophétie.” Sur un ton d’humour, elle ajouta : “Nous devons également manger !” Je suis d’accord avec elle, nous tournons en rond, mais nous devons trouver Artagane. Sur cette pointe d’humour, nous reprenons notre chemin, quand soudainement, le sol se met à trembler et d’un coup, je n’entendais qu’un bruit sourd...
Il reste là, à quelques pas de moi, et le silence entre nous devient presque palpable. On n’entend plus que le bourdonnement lointain de la lampe et nos respirations qui se mêlent. Je sens encore le poids de son regard sur moi, comme une caresse invisible.
“Vous avez froid”, murmure-t-il.
Je hoche la tête, sans même m’en rendre compte. Il s’avance, détache le pan encore intact de sa chemise et le pose doucement sur mes épaules. Le tissu sent la poussière, le feu et quelque chose d ’inexplicablement apaisant. Ses doigts frôlent ma peau nue, juste un instant... mais c’est assez pour troubler tout ce que je croyais maîtriser.
“Vous ne devriez pas être ici”, reprend-il, plus doucement cette fois. “Cet endroit ne pardonne rien”.
“Et vous ? Vous semblez y appartenir”.
Un léger sourire se dessine sur ses lèvres. Il détourne le regard, comme s’il craignait d’en dire
trop.
“Peut-être. Ou peut-être que je m’y cache, comme vous”.
Cette phrase me frappe plus fort que je ne veux l’admettre. J’avance d’un pas, jusqu’à sentir la chaleur de son corps. Ma voix se fait plus basse :
“Je ne me cache pas. J’essaie juste de comprendre”.
“Et qu’espérez-vous comprendre ?”
Je cherche mes mots. Ce n’est plus la peur ni même la curiosité qui me guide, mais quelque chose de plus profond, de plus viscéral.
“Ce que tout ça signifie. Ce que je fais là. Qui je suis.....”.
Il me regarde longuement, sans répondre. Puis, d’un geste lent, il relève une mèche de mes cheveux qui s’était échappée sur mon front. Ses doigts s’attardent un peu trop longtemps, et je ferme les yeux malgré moi.
“Peut-être que vous n’avez pas besoin de tout comprendre ce soir”, dit-il enfin. “Parfois, il suffit de ressentir”.
Ses mots flottent dans l’air, comme une promesse. Nous restons ainsi un long moment, à nous découvrir sans parler, à lire sur nos visages ce que les mots n’osent pas dire. Le temps semble suspendu, hors du monde. Il y a dans son regard une douceur inattendue, un mélange de force et de fragilité qui me désarme complètement.
Puis, il recule légèrement, comme s’il avait retrouvé un équilibre.
“Nous devrions y aller”, murmure-t-il. “Le temps nous rattrapera vite”.
Je hoche la tête, mais mes doigts effleurent les siens, par réflexe, pour le retenir encore un peu. “Trente minutes”, dis-je. “Juste trente minutes où le monde n’existe plus”.
Il m’observe, et un sourire, cette fois sincère, éclaire son visage fatigué.
“Trente minutes, alors”.
Nous restons côte à côte, assis contre ce mur qui nous avait séparés, silencieux. Leurs ombres se rejoignent à la lumière vacillante. Ce n’est ni une fuite ni un aveu, juste une trêve fragile entre deux âmes égarées. Et dans ce court instant volé au chaos, je sens pour la première fois que je ne suis plus seule.
Il faisait sombre, je n’y voyais plus rien, un courant d’air frais me frappait au visage. En fouillant dans mon sac, je trouve une lampe torche à rayon d’attaque. En l’allumant, je remarque que Pearl n’est plus avec moi, je suis pourtant sûre d’être tombée avec elle. Cinq pas plus loin, je trouve sa veste et au-dessus, un mot disant : “Un individu maléfique, aussi intelligent que fort. Quatre enfants que notre Dieu nous a offerts, deux ne sont pas liés par le sang mais pourtant sont liés, les deux autres sont du même sang et cherchent leur moitié. Une porte sépare une rencontre, ceci est un jeu contre la montre... Tic Tac, votre partenaire pourrait mourir, commencez à courir.” Cette lettre n’avait aucun sens, est-ce une énigme ? Une prophétie ? Et bon Dieu, où est Pearl...
Commençant à m’impatienter, je marche dans la seule direction possible et tombe face à une porte... Porte mentionnée dans le mot laissé par un taré. Je me dis pour le moment que tout n’est que coïncidence. En ouvrant la porte, je me heurte à une sorte de mur bosselé. Je commence à palper ce mur pour voir où cela me mène, quand soudain le mur en question me dit : “Eh, doucement !“. Je dois être folle. Tout en restant accrochée à ce qui me fait penser à une rambarde, je me baisse pour ramasser ma lampe torche. En me relevant, je vis une sorte d’interrupteur et appuie dessus. La lumière fut: “J’y vois plus clair, où suis-je ?“, dis-je. D’un coup, j’entendis : “HUM, hum, mes yeux sont ravis de voir ce que je vois.” Je reste figée, la lampe tremble dans ma main. La lumière se stabilise enfin et révèle un homme appuyé contre le mur. Il est grand, la peau légèrement hâlée, les cheveux châtains en bataille qui accrochent la lumière par reflets dorés. Ses yeux, d’un vert-gris étrange, me scrutent avec une intensité presque irréelle.
Sa chemise déchirée laisse entrevoir un torse musclé, parcouru de fines traces de poussière et d’ombre. Il ne porte qu’un pantalon sombre, accroché à ses hanches avec négligence, comme s’il venait d’échapper à quelque chose... ou à quelqu’un. “Qui êtes-vous ?” dis-je d’une voix qui tremble autant de curiosité que d’appréhension. Un léger sourire effleure ses lèvres : “Je pourrais vous poser la même question..... mais vous avez déjà franchi ma porte, non ?“. Sa voix est grave, chaude, avec ce timbre rauque qui semble résonner jusque dans ma poitrine. Je pose mes yeux sur ma main et remarque que la “sorte de rampe” est en fait son sexe que je tenais fortement. Sans l’enlever, je détourne le regard, un peu déstabilisée par sa proximité. Il me colle, lentement, presse ma main posée avec ses propres hanches, chaque mouvement mesuré, presque félin. “Vous n’auriez pas dû être ici seule”, murmure-t-il. Le souffle de ses mots effleure ma joue, et je sens un frisson courir le long de ma nuque. L’air semble soudain plus lourd, plus chargé. Il tend la main, effleure la lampe torche entre mes doigts, puis mes doigts eux-mêmes, sans me quitter des yeux. “Si vous cherchez des réponses... elles ne se trouvent pas toujours dans la lumière”, dit-il doucement. “Parfois, il faut accepter de plonger un peu dans l’ombre.” Je retiens mon souffle. Tout en lui est à la fois menace et promesse. Et pourtant, je sens qu’il détient quelque chose que je dois savoir... ou que je redoute de découvrir.
Le silence s’efface peu à peu, remplacé par un bruissement léger, comme si le monde reprenait son souffle autour de nous. Je relève la tête. La lampe torche éclaire à peine les contours du couloir, mais son visage reste net dans la pénombre, calme et concentré.
“Vous avez parlé d’un message... celui laissé par Artagane ?” demande-t-il.
Je sors le papier de ma poche, froissé, taché de poussière. Il le prend avec précaution, le déplie et fronce les sourcils. “Étrange... il manque une partie. Regardez”.
Il fouille dans sa ceinture, sort un fragment de parchemin abîmé, presque identique au mien. En les rapprochant, les mots se complètent naturellement, formant enfin un tout cohérent. “« Quatre enfants que notre Dieu nous a offerts... deux ne sont pas liés par le sang, mais pourtant unis. Les deux autres, du même sang, cherchent leur moitié. Une porte sépare une rencontre, ceci est un jeu contre la montre. »“.
Je relis à voix basse, chaque syllabe résonnant comme une prière oubliée. Puis, d’un coup, tout s’emboîte dans mon esprit. “Pearl et Persian...” souffle-je. “Mon frère, et votre amie”, dit-il. Nos regards se croisent, pleins de la même terreur.
Pearl, disparue sans laisser de trace. Persian, enlevé la même nuit. Leurs noms sont liés dans la prophétie d’Artagane. “Alors, c’était ça... tout ce temps, il préparait quelque chose”, murmure Nevü, la mâchoire serrée. Je ferme les yeux un instant. Des images reviennent : la silhouette de Pearl riant sous les étoiles, sa voix m’appelant par mon prénom avant que tout ne s’efface dans l’obscurité. “On doit les retrouver”, dis-je d’une voix ferme. Nevü acquiesce. “Et pour ça, il faut suivre les énigmes”. Je baisse les yeux sur la suite du message, inscrite à la main d’Artagane, tremblante mais lisible. “La Voie lactée sous terre. Le silence est une vertu que seul le trou noir possède. Nu ramène le pouvoir, le fruit du péché n’est pas habillé“.
“Trois énigmes”, souffle-t-il. “Trois portes, peut-être”.
Je me relève, la lampe dans une main, le papier dans l’autre.
“La Voie lactée sous terre”... peut-être un tunnel? Ou une grotte éclairée ? Quelque chose qui imite le ciel… Ou un ancien observatoire, caché sous les ruines”, répond Nevü, pensif. “Il y en avait un près de la plaine d’Anath”. Nous échangeons un regard. L’espoir renaît. “Alors, c’est là qu’on commence”, dis-je.
Il me sourit, un sourire léger mais vrai, celui qu’on partage avant une épreuve. “On a trente minutes de retard sur le monde”, murmure-t-il. “Autant rattraper le temps perdu”. Nous avançons côte à côte dans le couloir, la lumière oscillant entre nos pas. À mesure que
nous marchons, la peur se transforme en quelque chose d’autre : une énergie, une promesse.
L’air sent la terre humide et les secrets anciens.
“Nirvana”, dit-il soudain, d’une voix plus douce.
Je tourne la tête vers lui. “Oui ?“.
“Quoi qu’il arrive, on les ramènera. Tous les deux”.
Je hoche la tête, le cœur serré. Devant nous, le tunnel s’enfonce dans le noir. Un point de lumière brille au loin, minuscule, comme une étoile sous terre.
La première énigme nous attendait déjà.