Raven's Shade

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Summary

En cours de développement

Status
Ongoing
Chapters
8
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapter 1

L'été pesait lourd sur Raven's Shade. La chaleur ne pardonnait rien : ni les façades vieillissantes du centre-ville, ni les forêts qui cernaient la petite bourgade, ni les cœurs encore marqués par l'année passée. Une année, exactement. Douze mois depuis que tout avait basculé.

‎J'étais allongée sur mon lit, le regard fixé sur le plafond écaillé, incapable d'ignorer le silence oppressant de ma chambre. Il m'arrivait encore de repasser la scène en boucle, comme si la mémoire refusait de me laisser en paix. Les freins qui hurlent. Les éclats de verre. Et ce vide brutal, plus assourdissant que n'importe quel bruit. Le genre de chose qui vous colle à la peau, même quand vous croyez avoir appris à respirer de nouveau.

‎Un coup sec contre la porte interrompit le flot de mes pensées.

‎- Avery, grouille-toi ! Il est l'heure.

‎La voix de Daniel avait cette assurance qu'il s'inventait souvent. Quinze ans, mais il se prenait déjà pour un adulte. Je me redressai lentement, frottant mes yeux rougis par une nuit sans sommeil.

‎- J'arrive, répondis-je d'une voix trop basse.

‎Quand je descendis, maman nous attendait déjà dans le salon. Son visage fatigué trahissait des cernes qu'aucun maquillage n'aurait pu dissimuler. Ses yeux clairs, si souvent brillants autrefois, semblaient désormais chargés d'un voile constant. Pourtant, elle réussit un sourire fragile.

‎- Prêts ? demanda-t-elle.

‎Daniel haussa les épaules, comme pour cacher le serrement de sa gorge. Moi, je me contentait d'acquiescer. On ne l'est jamais, prêt.

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‎Le cimetière se trouvait à la lisière de la forêt, là où les pins se mêlaient aux marécages. Les pierres blanches se succédaient, inégales, rongées par le temps. Celle de mon père, en revanche, paraissait encore neuve, presque trop. Comme si elle n'avait pas eu le droit de vieillir avec lui.

‎Je restai debout, figée devant son nom gravé. Thomas Greenne. 1980 - 2021. Les chiffres me semblaient irréels, comme arrachés d'une page que je n'avais jamais voulu tourner. Daniel, lui, garda les mains dans ses poches, les lèvres serrées, et détourna le regard. Ses yeux s'étaient embués, malgré lui.

‎Maman posa une main tremblante sur mon épaule, essayant d'avoir l'air forte comme à son habitude. Elle n'avait pas besoin de parler. Son silence me pesait plus que n'importe quelle phrase.

‎- Tu nous manques, souffla Daniel, presque inaudible.

‎Je fermai les yeux, et ce fut suffisant pour que la brûlure remonte à ma gorge. Il nous manquait. Et ce vide s'étendait encore, malgré les saisons.

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‎Après la cérémonie silencieuse, je quittai le cimetière seule, les bras croisés sur ma poitrine. Raven's Shade s'ouvrait devant moi comme une carte froissée que je connaissais par cœur. Les rues pavées bordées de petites boutiques artisanales, la boulangerie au parfum entêtant de cannelle, le magasin de musique où des guitares poussiéreuses attendaient des mains patientes. Les façades en briques rouges rappelaient que la ville avait connu d'autres époques, plus prospères. Et partout, les montagnes au loin dressaient leurs silhouettes sombres, tandis que les marais exhalaient une humidité étouffante.

‎Je pris la direction de mon boulot, espérant noyer mes pensées dans la routine. Le Shade's Diner, une enseigne un peu défraîchie mais chaleureuse, m'attendait à l'angle de Main Street. L'odeur de café et de bacon grillé s'échappait déjà jusque sur le trottoir.

‎Williams, le propriétaire, m'accueillit avec un sourire franc. Large d'épaules avec sa petite barbe de trois jours, il avait ce charisme rassurant qui rappelait un père. Il fut surpris de me voir

‎- Avery, tu es là... je pensais que tu ne viendrais pas aujourd'hui.

‎- C'était le cas, mais j'avais besoin de me changer les idées, dis-je dans un soupir.

‎- Ok, pas de problème. Ton tablier est juste là.

‎- Merci, répondis-je avec un petit sourire.

‎Il me répondit par son sourire réconfortant. Ces derniers mois, il m'avait beaucoup soutenue. Il était devenu comme une figure paternelle pour moi, même s'il avait toujours été ainsi avec les jeunes qui travaillaient et fréquentaient le café. C'était une personne profondément gentille et compréhensive, qui prêtait une oreille à tous ceux qui en avaient besoin.

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‎La matinée s'écoula entre commandes et clients habituels. C'est là que je les vis entrer : Calvin Harrington avec sa Barbie, Serena Woods. Impossible de les manquer. Lui, avec son sourire facile et ses cheveux blonds toujours ébouriffés comme s'il sortait d'un match. Elle, impeccable, longue chevelure blonde et démarche assurée, la tête haute comme si la salle lui appartenait.

‎- Deux milkshakes fraise, annonça Serena sans même regarder la carte. Et vite, si possible.

‎Sa voix sonnait comme un ordre, mais Calvin lui lança un regard comme pour s'excuser de la prétention de sa chérie. Ses yeux bruns clair croisèrent les miens un instant, et je crus y lire une chaleur discrète. Un souvenir lointain. Celui d'un temps où nous étions plus proches. Avant que la vie n'établisse ses barrières.

‎- Merci, Avery, dit-il simplement, et cette normalité me troubla plus qu'elle n'aurait dû.

‎Serena, elle, avait déjà reporté son attention sur son téléphone, indifférente à ma présence. Pourtant, derrière son assurance éclatante, je crus percevoir une crispation - comme si son rôle de reine du lycée exigeait plus d'efforts qu'elle ne voulait bien l'avouer.

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‎L'après-midi touchait à sa fin quand Claire Davis, ma meilleure amie, fit irruption dans le diner. Ses magnifiques cheveux crépus et bouclés étaient attachés à la va-vite, et son énergie débordait de partout. Elle m'adressa un grand signe de la main avant de se faufiler jusqu'au comptoir.

‎- Devine quoi ? lança-t-elle, ses yeux pétillants d'excitation. Y'a une fête ce soir, et tu viens avec moi.

‎Je secouai la tête, hésitante. La dernière année m'avait rendue méfiante envers les rassemblements sociaux.

‎-Tu passes ton temps à travailler et à broyer du noir... Je sais que cette année n'a pas été facile pour toi, mais je crois que cette soirée te ferait un peu de bien, dit-elle en posant ses mains sur les miennes.S'il te plaît(fit-elle avec ses yeux noisette qui inspirait de la pitié)

‎Ses mots tombèrent avec une douceur inattendue. Williams, qui essuyait des verres derrière moi, leva un sourcil complice.

‎- Elle n'a pas tort, murmura-t-il.

‎Je soupirai, déchirée entre mon instinct de refus et l'envie diffuse de ne pas rester seule, encore une fois. Claire me connaissait trop bien. Son sourire élargi prouvait qu'elle savait déjà qu'elle avait gagné.

‎- Parfait, conclut-elle. Je passe te prendre à huit heures.

‎Et avant que je ne puisse protester, elle était déjà ressortie, laissant derrière elle un parfum de liberté que je n'avais pas osé réclamer depuis longtemps.

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‎En quittant le diner ce soir-là, je levai les yeux vers le ciel enflammé par le coucher du soleil. Raven's Shade baignait dans une lumière dorée qui n'appartenait qu'aux soirs d'été. Pourtant, sous la beauté tranquille, je ne pouvais m'empêcher de sentir autre chose. Une tension discrète, comme un secret tapi dans les ombres de la ville.

‎Je resserrais ma veste autour de moi. Demain, tout pouvait changer. Mais ce soir... il me faudrait trouver la force de simplement avancer.

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