Le Bal des Monstres

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Summary

Ils croient que les monstres vivent dans l’ombre. Mais ici, la lumière les a rendus immortels. Dans un futur où la morale s’est dissoute dans la technologie, l’humanité danse au rythme d’un système qui la dévore lentement. La peur est devenue un outil de contrôle, la douleur une monnaie, et le silence une loi. Dans les étages supérieurs, on crée des corps parfaits. Dans les profondeurs, on recycle les âmes brisées. Et quelque part entre les deux, des consciences s’éveillent, prêtes à fissurer l’ordre établi. Chaque battement de cœur cache un secret. Chaque vérité est une illusion. Chaque être humain porte en lui le monstre qu’il prétend fuir. Le Bal des Monstres est une immersion dans la décadence du monde, une exploration des dérives du pouvoir, de la science et du désir. Une odyssée psychologique à travers le temps, la chair et la conscience, où la question n’est plus “qui sommes-nous ?”, mais “que reste-t-il de nous ?”

Status
Ongoing
Chapters
9
Rating
n/a
Age Rating
18+

Prologue

Ça n’aurait jamais dû arriver. 

Jamais de ma vie je n’aurais imaginé assister à un tel spectacle en me léchant la lèvre supérieure.

Cette scène est sombre, je le sais, tout le monde dans la pièce le sait, et pourtant on continue de regarder comme des chiens affamés.

Cette jeune femme n’avait sûrement pas mérité un tel sort… mais elle avait été si facile à attraper.

Elle venait de quitter un restaurant dans la Grande Rue du centre-ville de Grenoble, quand ils lui sont tombés dessus.

Je n’avais rien fait. Je les ai regardés frapper cette personne au visage, puis elle a commencé à vaciller.

Le temps de trois pas en arrière, d’une main sur son visage et elle s’effondra contre le sol. Ils l’attrapèrent rapidement par ses pieds pour l’isoler dans une rue annexe et obscure. La scène était horrible, mais, pour moi, elle était plus que banale. J’aurais souhaité voir plus d’agressivité, comme il y en a habituellement : du sang, des cris, de la peur.

La chose la plus excitante dans ce type de mission, c’était cette montée d’instinct de survie chez la victime, qui l’emmenait à se défendre, à se débattre, à griffer et à mordre.

C’est pour ça que j’adore ce travail.

C’était de la chasse, un mélange immense entre patience, fierté, excitation et surprise.

Cependant, notre proie n’avait pas trop réagi. Malheureusement, elle était tombée directement dans les pommes et ne bougeait plus. Ni laide ni belle, c’était simplement une paire de seins, de fesses et un ventre plat.

Pour mes clients, c’était important qu’elle ait ce ventre plat. Ils n’aimaient pas les bourrelets ni les vergetures ou cicatrices. En tant que chef de groupe, il faut donc que je vérifie constamment que ce soit le cas. Retirer de forces des vêtements me plaisait bien, mais ça me plaisait encore plus de le faire quand elle se débattait.

Ça rendait plus fascinante la chasse, il fallait trouver constamment une proie répondant à ces critères :

-Cheveux longs

-Ventre plat

-Grosses fesses

-Gros seins

-Peau douce

-Beau visage

-Pas de marque sur le corps, excepté les tatouages

Et si l’un de ces critères n’était pas rempli, on perdait des points, donc de l’argent. Il était hors de question que cela soit mon cas, j’avais besoin de remplir le matelas fendu de billets que je possédais. Ces critères étaient devenus de plus en plus fréquents parmi nos clients. Il était parfois difficile de trouver une personne de «type idéal», mais ces râpasses avaient besoin d’accomplir leurs fantasmes.

Dans la petite ruelle, elle n’avait pas bougé non plus. J’eus peur que mon collègue, Vincent, y soit allé bien trop fort pour un aussi petit corps.

J’allais l’inspecter quand mon partenaire me retint par le bras. Effectivement, il valait mieux laisser faire les deux autres molosses, plutôt que de poser mes empreintes sur sa tête.

_ C’est bon ou non? demanda-t-il aux deux autres, toujours sa main sur mon bras.

Ils s’échangèrent un regard que je n’avais pas vraiment apprécié. Et pour cause.

_ Il faut l’emmener maintenant.

_ Comment ça?

_ Il faut ramener ce paquet à la maison.

_ Ce n’était pas prévu dans le contrat…

Il la ferma aussitôt quand l’un de ces gros bras sortit son poignard. Il le brandit devant nos regards désemparés et mon collègue garda la mâchoire serrée.

_ Avec tout ce qu’ils paient déjà… Vous allez l’embarquer avant que quelqu’un nous remarque.

Ils me regardèrent tous deux… Comme si j’avais mon mot à dire, ou même le choix. La situation était pourtant claire : ils avaient choisi de nous trahir pour eux. C’est tout. Ils étaient donc plus payés.

Bien évidemment, j’aurais juste préféré en finir là et rentrer dormir, vu l’heure… Je me demandai également comment nous pouvions faire pour déplacer un corps dans les rues sans que personne ne nous aperçoive.

Les habitants de cette ville étaient tellement habitués aux désagréments en tout genre qu’ils ne réagissaient plus.

En cas de gros bruits, ça se résumait parfois à un «ta gueule» bien appuyée, mais c’était tout. En outre, dans ce tas de personnes totalement désintéressé, des petites exceptions apparaissaient. Qui me dit qu’à l’heure actuelle, un voisin n’est pas en train de nous espionner par la fenêtre de sa cuisine ou de sa chambre?

Il fallait donc que je trouve un stratagème pour l’emmener jusqu’au Van sans nous faire repérer. Elle avait un peu de sang sur le visage, elle était totalement inconsciente et les lunettes qu’elle portait s’étaient brisées sur son nez.

_ Prends là, par le bras gauche, lançais-je à Vincent.

Il fronça les sourcils et me toisa. Lui et moi savions ce que nous allions faire et surtout ce que cela allait engendrer. Là, s’il m’aidait à la porter, on s’impliquerait à 100 % dans cette histoire de merde.

Et vraiment.

Lui, comme moi, on n’a pas le temps pour ça, là.

Après, va savoir à quelle rapidité je peux changer d’avis quand il y a un poignard en face de moi. Ça, il le captait très bien aussi.

Le deal de départ s’arrêtait à cette limite que je m’apprêtais à franchir pour de la thune. En l’espace de quelques secondes, je pus réfléchir à ma vie. Et merde, est-ce que cela valait le coup pour quelques euros en plus? Surtout dans cette rue qui pouvait très bien être surveillée.

Nous avions étudié en amont l’infrastructure de la ville : 3 caméras de surveillance à proximité de la Grande Rue, l’une à la Place Grenette, une deuxième Place de Gordes et une troisième rue de la République. Nous sommes donc maintenant assez éloignés du point de départ, mais elles doivent certainement avoir enregistré notre arrivée sur la Grand-Rue lorsque nous avons traversé la place Grenette. La place de Gordes était également à proximité.

Et comme des cons, nous n’avions pas étudié leurs portées.

Leurs angles.

La hauteur.

Bref, en toute connaissance de cause, nous avions été filmés. Et il était inconcevable de repasser avec une voiture par la place Grenette. Les flics ne mettront pas longtemps à faire un lien, c’est d’une logique implacable.

Alors, la question ici présente c’était : est-ce que l’argent que nous allions gagner valait le coup? Est-ce que je voulais vraiment risquer de douter et de me poser des questions du style «Est-ce qu’ils m’ont reconnu?»

Mes pensées furent interrompues quand mon partenaire fit passer son sac sur son autre épaule avant de s’accroupir pour lui agripper le bras. Je fis de même de l’autre côté et au bout d’un instant, nous la soulevâmes. Sa tête flancha à droite, à gauche, puis finit par tomber en arrière, avec sa bouche entrouverte. Je pris un instant pour l’admirer. Elle avait l’air si naïve la pauvre… Et je savais où elle allait finir. C’est justement cette naïveté qu’ils cherchaient, ces animaux.

Ou plutôt qui m’avait attiré.

Cette façon de regarder quand elle marchait : elle se savait en insécurité, mais prise de courage, elle avait quand même décidé de continuer. Peut-être en se disant qu’elle aurait eu le temps de rentrer chez elle, que rien ne lui arriverait.

«Ça n’arrive qu’aux autres».

Cette phrase est une erreur monumentale.

Ça n’arrive pas qu’aux autres, ça arrive tous les jours. Une proie est une proie. Le prédateur n’est jamais loin; il change simplement de cible selon son bon vouloir. Une odeur, un regard, une démarche, tout, TOUT est sujet à devenir une cible. Et on lui dira que ce n’est pas de sa faute, qu’elle n’a rien fait, que ce sont eux les chiens, que JE suis un chien.

Si, c’est de sa faute. Elle s’est rendue plus spéciale que les autres. Ce n’est pas moi.

Ce n’est pas moi…

Et merde, je n’ai pas porté le coup, mais c’est moi qui l’ai attrapé…

Je regrette… Je ne regrette pas…

Bordel, est-ce que je regrette?

Je ne crois pas, je ne sais…

_Arrête de gamberger, s’il te plait, me souffla mon camarade.

_ Plus facile à dire qu’à faire.

Nous la mettons dans le coffre, il prit la ficelle que lui tendit l’homme au poignard et la ficela comme un poulet rôti. Et là, je me sens durcir. Une bosse dans mon pantalon… Il serait si facile de…

Son téléphone sonne.

Je n’avais même pas pensé à la fouiller.

Débile pour un expert de ma trempe.

Je le pris avec un mouchoir. C’était juste un émoji cœur, pas de nom, et pas besoin de se sentir intelligent pour comprendre que son copain ou sa copine essayait de la joindre. Je le mis en mode avion.

_Il faudra l’enrouler dans de l’aluminium, précisai-je. Si je l’enterre quelque part, ils comprendront que quelque chose s’est passé.

_ J’ai une meilleure idée.

Il me le prit des mains pour le mettre dans sa poche.

_ Je dois aller à Marseille demain. Je leur ferai croire qu’elle s’est juste barrée.

Je hausse un sourcil.

_ Est-ce que tu as déjà regardé des séries policières ou lu des polars?

Il ne me répondit pas, il préféra lever son poignard et le tendre avec insistance dans ma direction.

_ Montez.

Un voyage en voiture, sans savoir où nous allons.

Une pièce froide, son corps est transposé sur une scène.

Abusée par ces gens.

Je regarde la scène et, tout d’un coup je sens venir une excitation morbide en moi. Je ne comprends pas pourquoi cette vue m’enchante, de les voir la scarifier pour s’insérer dans les trous sanglants, il y a quelque chose de magnifique dans cette situation : Comme si la femme pouvait accueillir plusieurs personnes en elle.

Que c’est poétique!

Cet amour féminin, cet amour presque maternel qu’ont ces femmes pour ces hommes. Cet amour qu’ils pénètrent sans modération. Cette image horrible commençait à devenir une obsession.

Vincent me fixait, désenchanté, de me voir prendre tant de plaisir à regarder. Pourtant, je n’arrivais pas à détourner mon regard : une obsession tenace, presque agressive, m’étreignait. Ainsi, lorsqu’on me prit par le bras pour m’enlever à cette vue, je répondis brusquement par un coup de coude. Je veux entrer en elle aussi, par un trou sanglant à l’abdomen. J’ai envie de connaitre la sensation d’envahir une ouverture, plus étroite que son vagin, en creusant un petit trou… Cela me semble urgent pour libérer l’excès de plaisir qui m’habite.

Néanmoins, toutes mes pensées s’envolèrent lorsque cette pauvre femme leva les yeux vers moi.

L’instant d’une seconde, elle réussit à ouvrir ses lèvres et je crus y lire «elles arrivent».

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