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Le mobile vibre depuis un bon moment alors qu’une main hésitante tente de le saisir, n’y parvient pas, puis les vibrations cessent.
Vincent ne se précipite pas, consent à se saisir de l’appareil dans la semi-clarté filtrant entre les volets, annonçant un soleil déjà bien levé.
Consultant l’origine de l’appel, il constate qu’il s’agit de son beau-frère : Hervé. Il lira le message plus tard. Il n’y a pas urgence à s’extraire de la douce chaleur du corps de cette pulpeuse divorcée avec laquelle il vient de passer la nuit. Il s’agit de l’une de ses clientes qui le sollicite plus pour de torrides échanges que pour des travaux de plomberie. « Pierre Perret n’est pas loin » s’est-il dit la première fois où elle lui a proposé d’enchaîner la réparation d’une chaudière et l’étude exhaustive du kamasoutra.
Elle l’a appelé la veille, son gamin étant en garde alternée chez son père, l’attendait en peignoir de bain, nue, excitée à souhait. Il n’a eu qu’à se laisser aller à une délicieuse soirée où ils se sont à peu près tout fait ce qui est agréable dans le registre d’une sexualité assumée par deux adultes libres, ne souhaitant pas s’engager au delà de ces moments coquins et voluptueux.
Il décide enfin de consulter le message vocal :
« Vincent, j’ai besoin de toi. Je sais qu’on est samedi et que c’est week-end, avec pont qui plus est, mais j’ai une bonne cliente, Karine Lafont, la vedette de la télé qui est arrivée hier dans sa maison de vacances. Ce matin, elle a trouvé son chauffe-eau qui fuyait comme une passoire. Faudrait que tu y ailles rapidos sinon son week-end va être fusillé. Elle doit recevoir du monde et moi tu sais que je suis coincé ce matin, kiné pour mon entorse, plus ma patte raide : impossible d’y aller m’agenouiller. Je te donne l’adresse et le numéro de téléphone par sms. Merci d’avance vieux et à plus »
Vincent repose son mobile, songe que son beau frère est un vieux pote et également son donneur d’ordres pour pas mal de chantiers ce qui fait deux bonnes raisons d’y aller. Quant à l’entorse qui l’immobilise, il se l’est faite à l’entraînement au rugby qu’ils pratiquent tous deux dans le club de la ville, Hervé en troisième ligne et Vincent demi de mêlée, ce qui constitue une troisième raison à leur complicité.
Il regarde sa partenaire désormais éveillée. Elle lui sourit, plonge la tête sous le drap, sollicite un réveil crapuleux. Il se plie volontiers à cette délicieuse injonction et un bon moment plus tard, une longue plainte aiguë suivie d’un râle rauque viennent tour à tour ponctuer ce nouveau moment de plaisir.
Une demi-heure plus tard, rapidement douché, ayant avalé un thé puis embrassé sa bienfaitrice, il passe chez lui récupérer sa fourgonnette de chantier.
La plomberie, il l’a pratiquée tout jeune, son père dirigeant une petite entreprise qu’il a cédée à son gendre Hervé.
Vincent, alors étudiant, n’envisageait pas prendre la suite mais maîtrisait toutes les ficelles du métier. Doctorat en poche, il n’a pu obtenir les crédits de recherche qu’il souhaitait et, privilégiant la vie locale à celle d’un maître de conférence dans une métropole, il a abandonné le projet d’en vivre et est devenu... plombier, ici, au Guilvinec, sa ville natale ! Il s’est établi à son compte, travaille seul, ne souhaitant pas développer son activité, préservant son art de vivre.
Pour ceux qui connaissent sa formation et le voient pratiquer la plomberie, le décalage est incompréhensible. En accord avec la devise ‘il n’y a pas de sot métier’, il était naturel de revenir à cette noble profession. Elle lui procure une précieuse liberté et de bons revenus alors qu’avec l’astrophysique, il aurait dû lécher des bottes et accepter des tonnes de compromissions pour obtenir des budgets... sans oublier une paie dérisoire.