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Enfin, je rentre chez moi après trois longues années loin des miens ! L’excitation est à son comble dans le bus qui ramène les diplômées de la Warrior Moons Academy. Après quatre heures de bateau et douze heures de vol en avion, nous voilà enfin sur la dernière ligne droite pour rejoindre notre territoire.
Les premières filles ont passé leur frontière, il y a environ une heure. Il y avait tant d’émotions, entre nos au revoir et leurs retrouvailles, que c’est un moment qui restera à jamais gravé dans nos mémoires. L’impatience de celles qui devaient encore attendre, n’a fait qu’augmenter au fil des minutes.
Le deuxième groupe est descendu il y a tout juste quelques minutes, et maintenant, nous ne tenons plus en place. La nervosité a pris possession de nos membres, et quand je ne fais pas des allers-retours dans l’allée entre les sièges, l’une ou l’autre de mes jambes se secoue en permanence.
Nous sommes douze à avoir quitté notre meute il n’y a pas tout à fait trois ans, pour la prestigieuse académie des louves-garous : The Warrior Moons Academy. Nous étions de simples connaissances d’école, presque des inconnus et nous revenons en amies ou tout au moins, en alliées.
L’île sur laquelle nous avons vécu tout ce temps est tellement loin, que nous n’avons pas pu faire les voyages même durant les vacances d’été, lorsqu’il y a les trajets annuels pour les nouvelles recrues et le retour des diplômées. Ça aurait coûté beaucoup trop cher à nos familles et à nos meutes, mais c’est un sacrifice que nous étions prêtes à faire pour un entraînement et des études d’exceptions.
Sans cela, les petites meutes comme la nôtre ne pourraient plus se permettre d’envoyer ses filles suivre un enseignement digne des plus riches, afin de garantir la force de la meute malgré la taille, et elles seraient rapidement rayées de la carte.
Certaines meutes ne sont pas prêtes à faire cet « effort de guerre ». Elles préfèrent financer leurs propres écoles, ou envoyer leurs enfants dans des établissements humains – ce qui est encore pire, car il n’y a pas d’enseignement de notre mode de vie surnaturel. Cela entraîne des difficultés de gestion et de défense.
Les garçons étudient dans une autre académie, moins loin puisqu’elle se situe au centre du pays, afin de revenir plus facilement prêter main-forte à leur meute en cas de besoin, mais aussi, pour permettre aux futurs Alphas, Bêtas et Gammas d’effectuer des stages auprès de leurs aînés.
Nos amis et nos familles nous attendent tous avec impatience aussi. Mon meilleur ami, Brody, me bombarde de messages, faisant ainsi monter la pression, mais je sais que c’est une façon pour lui d’oublier qu’il est aussi nerveux, il se demande si sa compagne est dans ce bus.
Hormis ma petite personne, les filles de ce bus ont toutes déjà atteint leur majorité et elles sont également nerveuses à ce sujet.
—Croyez-vous qu’il soit possible de ne pas avoir le coup de foudre pour notre compagnon ? demande soudain Mery en se retournant sur son siège, devant nous.
—Évidemment ! s’exclame Garance d’un ton bourru. Le lien de compagnon n’a pas le même effet sur tout le monde, sinon pourquoi certains se rejettent ?
—Ne sois pas aussi brutale, Garance. Elle est terrifiée, soit un peu compréhensive et délicate, lui enjoint Saskia avec douceur.
—Ce ne sont pas les qualités prédominantes pour une guerrière féroce, rétorque Garance, rieuse. Mais, excuse-moi, Mery. J’aime être franche et directe, ça ne sert à rien de tourner autour du pot. De quoi as-tu peur exactement ?
—Imagine que je le trouve laid ? Ou que je ne lui plaise pas ? dit-elle avec un soupçon de panique.
—Alors quoi ? insiste Uma, l’air perdu.
—S’il me rejette, ce sera horrible. J’ai entendu dire que c’est une des pires douleurs que l’on puisse ressentir. Et s’il m’accepte mais que l’on ne s’entend finalement pas, je ne sais pas si je serai capable de le faire souffrir. Personne ne mérite ça.
—Mery, respire profondément, lui conseille Saskia toujours aussi douce.
—Je suis persuadée que notre déesse ne fait pas d’erreur, et que ceux qui se rejettent, ne se laisse pas de chance de voir plus loin que ce qui les met en désaccord, déclare Uma.
—Et s’il te rejette, alors c’est un lâche qui ne te mérite pas, affirme Maeve. Tu es douce, aimante et patiente, il n’y a qu’un idiot pour ne pas vouloir de toi.
—Je suis d’accord, appuie Garance. Mais si par malheur, ça devait quand même arriver, alors tu affronteras ça avec force et courage, telle la guerrière que tu es, et tu lui feras payer pour ne pas t’avoir laissé une chance.
—C’est le mot-clé, m’exprimé-je pour la première fois. Laissez-vous une chance. Le lien de compagnon se renforce par le contact et la communication.
—Saskia et Harlow, les voix de la sagesse ! s’exclame Blythe depuis le fond, nous faisant toutes rire.
—Nos compagnons ne sont peut-être même pas dans notre meute, fait remarquer Willow, faisant bouder quelques filles en passant.
—Déesse, j’espère que non ! geint Farah. J’ai besoin d’explorer de nouvelles forêts !
—On croise les doigts pour toi, ma belle ! lui lance Garance.
Un nouveau message de Brody fait sonner mon téléphone.
Brody : Ça y est, je te vois !
Enfin, je vois le bus…
Ça signifie que nous avons passé le dernier kilomètre. Je me lève d’un bond, faisant sursauter Saskia assise à mes côtés et, balançant mon sac sur l’épaule, je m’avance vers la sortie.
—Ha ! Nous arrivons, rit Tallulah en me voyant passer.
Je sautille sur place, incapable de rester immobile, amusant le chauffeur par la même occasion, tandis que les filles se préparent plus calmement.
—Pressée de revoir Brody ? me taquine Tallulah à l’oreille.
—Oui ! dis-je, excitée.
—Tu seras peut-être notre future Luna, chuchote-t-elle.
Je pouffe de rire.
—Je n’y crois pas une seconde.
—Eh bien, nous le saurons dans 3… 2… 1…
Le bus s’arrête sur la place centrale, où une grande partie de notre meute est réunie. Brody approche et quand la porte du bus s’ouvre, je me jette dans ses bras. Nous rions et il me fait tournoyer.
—Bon sang, ce que tu m’as manqué, petite ! s’écrie-t-il.
Je ris et pleure en même temps. Il me repose et je peux contempler le bel homme que j’ai devant moi.
—Les photos ne te rendent pas justice, mon ami.
—Le compliment est réciproque. Dommage que tu ne sois pas ma comp…
Il s’interrompt brusquement et prend une profonde inspiration. Je souris, comprenant ce qui se passe et je le lâche pour le laisser partir de son côté, tandis que je repère mes frères qui se frayent un chemin dans la foule et me précipite vers eux.
Angus, Soren et Hélios jouent des coudes et la frustration s’affiche sur leurs visages. Ils n’ont pas l’habitude que les gens ne leur prêtent pas attention. En tant que guerriers de la meute, ils sont massifs et généralement pas besoin de fournir d’efforts pour que les gens s’écartent sur leur passage.
Les triplés m’atteignent enfin, et Angus est le premier à soulever mon petit corps contre son torse énorme. Soren et Hélios grognent pour avoir leur tour.
—Tu n’as même pas grandi, boucle d’or ! se moque Hélios.
—Ne te moque pas de ta sœur ! le gronde maman tandis que je lui tire la langue. Elle est devenue une belle jeune femme.
Mon frère me repose et maman me serre dans ses bras pendant que papa caresse mes cheveux et pleure en déposant un baiser sur ma tête.
—Tu nous as manqué, ma petite louve.
—Vous m’avez manqué aussi, papa.
Nous restons un long moment comme ça avant d’être interrompus par Louise et Charlie.
—Harlow !
—Mes petites bouilles préférées ! crié-je en me retournant pour les attraper et les enlacer. Comme vous avez grandi !
—T’es belle ! s’exclame Louise.
—Est-ce que t’es devenue forte ? demande Charlie.
—Bien sûr ! affirmé-je avec fierté.
—Ça veut dire que tu peux nous porter tous les deux ?
Je me relève en portant un petit dans chaque bras.
—Ouah ! s’exclament les enfants, faisant rire les adultes.
—Est-ce que tu vas devenir la future Luna ? demande Louise.
—Non ! éclaté-je de rire. Mais j’ai bien envie de découvrir qui c’est. Ça vous dit de jouer aux espions avec moi ?
—Oui !
—À peine arrivée, la voilà déjà repartie dans ses aventures loufoques, se plaint Angus.
—Mon meilleur ami vient de trouver sa compagne, me pensais-tu vraiment capable de ne pas m’y intéresser ?
—Tu devrais peut-être rester à l’écart, boucle d’or, me conseille Soren avec sérieux. Elle pourrait être jalouse de ta proximité avec Brody.
—Je ne m’inquiéterais pas de ça, intervient une voix joyeuse.
—Luna ! Vénus !
Les deux femmes me sourient chaleureusement.
—Maman, on peut aller jouer aux espions avec Harlow ? demande Louise à Vénus pendant que j’étreins notre Luna.
—Tu m’as manqué, mon enfant. Brody était trop dans mes pattes sans toi, se plaint-elle, me faisant rire aux éclats.
—Pourquoi, Wyatt a trouvé sa compagne et a délaissé notre Brody ?
—Oh non chérie ! rit Vénus. Tu étais la tête pensante du groupe. Quand tu es partie, nos fils étaient des chiots perdus.
—Ne vous plaignez pas mesdames, grâce à ça, je les ai occupés deux fois plus et je suis très fier de leurs accomplissements, déclare notre Alpha. Harlow, bienvenue à la maison, ma petite.
—Merci Alpha, marmonné-je contre son torse.
Il me relâche et les petits tirent sur mes mains.
—On y va ? soufflent-ils quand je pose les yeux sur eux.
J’acquiesce et lance mon sac à Hélios.
—Eh ! Pourquoi moi ?
—Parce que tu t’es moqué plus tôt.
—Mais c’est mon Job !
—Et le mien c’est de me venger, souris-je.
Je me retourne et m’éloigne avec les enfants.
—Comment on va faire pour qu’il nous voit pas ? s’inquiète Louise.
—Oh, il nous verra, mais nous ferons comme si nous faisions autre chose. Un bon espion sait se cacher sous le nez de sa cible.
—Quel est l’objectif, chef ? demande Charlie avec sérieux.
Je souris devant l’évolution de ces deux-là. Ils n’avaient que six ans quand je suis partie…
—Nous récupérons ma valise. Charlie, ta mission est de repérer notre cible numéro un.
—Brody, acquiesce-t-il.
—Louise, ta mission est d’identifier notre cible numéro deux.
—Sa compagne, acquiesce-t-elle en fronçant ses petits sourcils.
—Parfait, allons-y.
La place s’est bien vidée. Ça ne se bouscule plus. Je peux donc aisément voir que plusieurs couples se sont formés, et je comprends mieux pourquoi aucun de mes amis, en dehors de Brody, n’est venu me saluer.