Taiko

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Summary

Dans la ville tentaculaire de Blève, où la technologie façonne les vies et la drogue altère les âmes, de jeunes recrues de la police sont jetées dans un tourbillon de violence, de secrets et de choix impossibles. Solane, brillante mais énigmatique, tente de prouver sa valeur au sein d'un trio improbable aux caractères explosifs. Mais très vite, ses premières missions basculent dans l'irrationnel : des événements troublants, des ennemis qui semblent la connaître, et un passé qu'elle ne peut plus fuir. Alors que la ville s'enfonce dans le chaos, l'équipe devra affronter bien plus que des criminels : la vérité elle-même devient une menace.

Genre
Scifi/Fantasy
Author
TKOOOO
Status
Ongoing
Chapters
2
Rating
n/a
Age Rating
18+

Les Premières Missions

Tibo Branco, employé chez Xenotic, travaillait seul dans une usine de robotique entièrement automatisée. Afin de pleinement s’affranchir de la solitude et de l’ennui, il se réfugiait dans Amita, un logiciel d’amis en réalité virtuelle dont il était devenu extrêmement Addict. Mais un jour, ses lunettes de réalité virtuelle lui signalèrent une terrible anomalie : un piratage de son compte avait effacé tous ses amis virtuels. Tibo sombra alors dans la dépression puis la folie. Quand soudain, une voix robotisée le fit sortir de sa détresse et capta son attention avec une mystérieuse proposition...

En plein quartier d’affaires, la tranquillité nocturne des rues rendait plus distinct le bruit du moteur d’un véhicule de police navigant entre les tours de verre et les édifices gothiques environnants. À son bord, un trio de policiers, fraîchement affectés à leur première mission, affichait des profils singuliers, frôlant parfois l’incompatibilité. Parmi eux, le tuteur, Edgor, se démarquait par sa carrure imposante et son âge avancé. Pourtant, cet ancien militaire maintes fois décoré cultivait une indiscipline visible par son langage grossier, sa barbe inégale et ses cheveux ébouriffés ; ce qui tranchait avec l’image soignée que tentaient de projeter ses deux jeunes apprentis. L’un d’eux, du nom d’Iltio, s’était même fait une nouvelle teinture grise sur sa chevelure brune pour ce premier jour sous l’uniforme policier. Son dynamisme et son assurance, frisant de peu l’arrogance, masquaient toutefois une fragilité physique due à sa dystrophie musculaire, mimant une anorexie. Solane, quant à elle, était la plus timide des trois, en dépit de ses belles pupilles argentées qui avaient de quoi attirer l’œil, en particulier celui d’Iltio, s’amusant à la dévisager. Néanmoins, sa taciturnité lors des présentations piqua davantage la curiosité d’Iltio, habitué à une assurance plus affirmée de la part de ses pairs. Pour se rattraper, Solane leur partagea une curieuse révélation : «Je suis incapable de manier l’od, malgré mes origines purement galliennes...» Le silence qui s’ensuivit imprégna l’habitacle de la voiture d’une tension étrange, jusqu’à ce qu’Iltio, la voix chargée d’étonnement, lance un «Comment ça ?». Contrainte par son regard insistant, Solane ajouta timidement : «Je n’arrive même pas à faire de lumière avec mes mains...» À ces mots, Edgor lâcha une remarque cinglante :

• «Me voilà à la tête d’une équipe de bras cassés...

• Hein ?! Qu’est-ce tu racontes ? Tu ne nous as même pas vu à l’œuvre !» s’indigna Iltio.

Mais Edgor, d’une humeur provocatrice, accueillit sa réplique avec un rire moqueur, exacerbant la rage d’Iltio qui, incapable de contenir sa colère, haussa le ton. Dans cette atmosphère électrique, Solane, d’une voix douce, mais ferme, tenta de ramener un semblant de calme : «Désolé de vous interrompre, mais on ne devait pas être trois apprentis normalement ?» D’un coup, sa question fit retomber la tension, incitant Iltio à se calmer. De son côté, Edgor, ayant gardé un brin de cynisme, lui répondit : «Les recrues se font rares ces derniers temps, en dépit d’une hausse du taux de criminalité... ou à cause de cette hausse, qui sait...»

Le trio arriva enfin à destination, une ruelle lugubre et sale où des seringues usagées jonchaient le sol. «Vous allez nous aider si on est en danger, hein ?» demanda craintivement Solane à Edgor. En réponse, celui-ci lui lança un sourire énigmatique, qui la figea instantanément dans une inquiétude profonde. «Hey Solane, on doit partir», la pressa Iltio. Encore troublée par la cryptique réaction d’Edgor, elle se résolut à aller rejoindre son coéquipier. Ainsi, les deux apprentis se séparèrent de leur tuteur et s’immiscèrent dans de sinistres ruelles afin d’y accomplir leur première mission.

Guidée par d’étranges murmures s’étant frayés un chemin dans le calme ambiant, Solane s’enfonçait avec prudence dans de sombres galeries étroites depuis maintenant un long moment. D’ailleurs, tout en couvrant leurs arrières avec une apparente nonchalance, Iltio manifestait déjà son impatience : «Je pense qu’on peut faire demi-tour là. Il n’y a pers-». Alarmée, Solane le fit brusquement taire d’une main sur sa bouche, avant de s’arrêter net. Pour cause, elle venait d’apercevoir non loin deux individus accroupis, tenant chacun une seringue remplie d’un lumineux liquide rougeoyant : de l’od corrompue, plus communément appelé OC. Lorsqu’ils s’injectèrent cette substance, leurs yeux s’illuminèrent d’une lueur écarlate, leurs veines ressortirent et une légère aura pourpre les engloba. Ils devinrent des corrompus. Cachée derrière un angle de mur, Solane en resta pétrifiée d’effroi. Or, à cet instant, Iltio, intrépide, sortit de sa cachette. Grâce à sa télékinésie générée par son od l’entourant d’une aura blanche, il paralysa puis attira vers lui un corrompu, qu’il menotta ensuite. Au même moment, l’autre corrompu, les mains imbibées d’une lueur rouge menaçante, se rua sur Iltio, prit de court. Par chance, Solane, ayant repris ses esprits, le neutralisa à temps de deux balles dans les jambes avec une précision chirurgicale.

Peu après, alors que le corrompu gisait ensanglanté sur le sol froid, ses poignets furent, comme ceux de son semblable, liés avec des menottes en acier gallien, un métal empêchant tout usage de l’od et de l’OC. Solane, le teint blême, était écœurée par les blessures qu’elle venait de causer. La vue crue des plaies lui nouait l’estomac, mais elle s’obligea à agir, ses mains à peine hésitantes fouillant sa veste à la recherche de son matériel médical. Lorsqu’elle inséra sa pince chirurgicale dans l’une des blessures, le corrompu se tordit de douleur, compliquant davantage la tâche. Voyant la scène, Iltio intervint, immobilisant le corps du blessé avec sa télékinésie, ce qui permit à Solane de poursuivre. Ses gestes, bien que tremblants, furent suffisamment précis pour extraire les balles. Elle nettoya ensuite les plaies avec du désinfectant et y appliqua des cellules organiques odées, une pâte rosée refermant temporairement toutes blessures, avant une prise en charge définitive à l’hôpital. Ainsi, l’opération s’acheva. Solane, le front perlé de sueur, remercia mollement Iltio, sa voix encore marquée par le stress. «De rien !» lui répondit-il, souriant le pouce levé. Solane, cependant, demeurait pensive, accablée de culpabilité.

• «Je suis désolé» murmura-t-elle. «Si j’étais intervenue avant qu’ils s’injectent l’OC, nous aurions eu beaucoup plus de facilité à les interpeller

• Hein ? Mais tu n’as pas à te prendre la tête avec ça», la rassura sommairement Iltio.

• «Pourtant, tu n’as pas hésité à agir, toi ...

• Mais moi, je suis une tête brulée, tu ne dois pas nécessairement m’imiter. Et puis, c’est un peu grâce à toi que je m’en suis sorti sans égratignure», concéda-t-il d’un sourire niais face à une Solane peu convaincue.

Le duo d’apprentis, escortant les deux corrompus qui leur lançaient diverses injures, retrouva Edgor devant leur voiture de fonction. Après avoir installé les captifs sur la banquette arrière, Iltio, débordant de fierté, venta « ses exploits » auprès d’Edgor, qui tempéra sèchement d’un «C’est notre quotidien, rien d’extraordinaire là-dedans». Cette sortie acerbe refroidit net l’ardeur d’Iltio qui, dans un murmure chargé de frustration, lâcha : «Quel connard». «Peut-être que...» entama Solane, interrompue par le sursaut d’Iltio, qui ne s’attendait pas à ce que ses mots soient entendus. «Peut-être qu’il essaie de nous pousser à bout avec ses tacles pour qu’on puisse donner le meilleur de nous-mêmes», poursuivit-elle calmement. S’assurant d’abord qu’Edgor avait fermé la porte après s’être installé dans le véhicule, Iltio rétorqua d’une intensité contenue «C’est surtout ma main sur sa gueule que je vais lui donner !», avant de soupirer «Franchement, je ne sais pas comment tu fais pour ne pas avoir envie de le gifler toi.» Amusée par cette remarque, Solane resta un instant pensif, puis lui dit avec un léger sourire :

• «Tu sais, plus jeune, je faisais régulièrement l’objet de moquerie. Et à force d’encaisser, je me suis rendu compte que m’attarder sur ces remarques était une perte de temps, un frein à l’atteinte de mes objectifs. C’est comme ça que j’ai fini par être très résiliente. Il en faut donc bien plus pour me pousser à bout.

• ... On se foutait aussi de ma gueule à cause de ma maladie...» révéla-t-il d’un ton détaché, suscitant l’intérêt de Solane. «Mais je leur répondais en leur bottant le cul. C’est par ma force que je me faisais respecter moi.»

À l’écoute de ces courtes confidences, Solane demeura à la fois intriguée et impressionnée par la différence de caractère la séparant d’Iltio. «Hé vous deux ! Il serait peut-être temps de monter, non ?!» les pressa Edgor, au volant de leur voiture de fonction.

Dès leur arrivée au commissariat, le trio fut accueilli par une réception inhabituelle. Un groupe de jeunes apprentis dévisageait Solane et spéculait sur elle, sans se soucier de leur discrétion. Iltio et Solane, bien qu’entendant clairement leurs commentaires, choisirent de ne pas réagir, feignant l’indifférence. Edgor, conscient de cette attention indésirable, s’empressa de déléguer la charge des corrompus qu’ils venaient d’arrêter. Hélas, une remarque de trop arriva aux oreilles d’Iltio : «Ah, c’est elle la folle dont tout le monde parle ?!». Ces mots l’irritèrent profondément, le poussant à leur répondre vertement, mais Edgor intervint juste à temps. Avec calme, il détourna l’attention de ses apprentis en leur annonçant leur prochaine mission : l’arrestation d’un corrompu ayant vandalisé la toute nouvelle usine de Xenotic.

Sur le chemin de leur prochaine mission, Edgor sentit que le mutisme de ses apprentis témoignait encore du malaise laissé par leur passage au commissariat. Ainsi, dans une quête de complicité, il demanda de façon peu naturelle à Solane «en fait, pourquoi tu as rejoint la police ? Avec ta famille aisée et tes très bon résultat scolaire, tu aurais pu intégrer les plus prestigieuses universités de Gallia». Visiblement gênée par cette question, elle lui confia timidement :

• «Heuu parce qu’assurer la sécurité de tous est une véritable vocation pour moi.

• Quoi c’est tout ?!» s’étonna Iltio, interloqué.

• «Pourquoi ? Quelque chose ne va pas ?» répliqua Solane, dont la gêne ne faisait que de s’accroître.

• «Non, mais ta réponse est trop générique. On dirait que tu as appris un texte par cœur.

• Qu’est-ce que tu racontes ?! Je dis la vérité pourtant !» s’écria-t-elle d’une voix hésitante.

• «Hmmm je ne sais pas...» dit-il, d’un scepticisme persistant.

• «Bah toi, dis-moi ! Pourquoi tu as intégré la police ?»

Sans hésiter, il répondit avec une pointe de fierté : «Parce que c’est bien payé et que seule la police a accepté mon dossier scolaire merdique», déclenchant un éclat de rire chez Edgor. Iltio se lança alors dans une autodérision sur ses résultats scolaires jusqu’à ce que Solane la coupe net à la mention de sa tricherie au bac, lui murmurant : «Il ne faut pas dire ça devant un policier». Toutefois, Edgor apaisa l’atmosphère en leur avouant avoir lui-même triché à cet examen. Dès lors, les rires d’Iltio et Edgor s’emballèrent, tandis que Solane, bien que légèrement exaspérée, ne put dissimuler un certain amusement devant cette complicité naissante. Cependant, cette ambiance joviale s’atténuait à mesure qu’ils se rapprochaient du lieu de leur mission : la nouvelle usine de Xenotic. À travers les vitres de leur véhicule de service, ils observaient la silhouette imposante du bâtiment grandir, séparée d’eux par un vaste parking désert. Ce monolithe de béton, aux allures de forteresse moderne émergeant des ténèbres, baignait dans une quiétude industrielle, seulement brisée par le murmure lointain de la ville et par le son de la voiture d’Edgor roulant sur l’asphalte vide. Même arrivés à destination, l’atmosphère n’en était que plus pesante, et l’édifice, plus menaçant. «Bon, Iltio et Solane, il est temps de vous laisser partir. Je vous attendrai ici» leur annonça Edgor, avec un sourire à peine voilé. Iltio sortit du véhicule, en marmonnant «Il chôme pendant qu’on fait tout le sale boulot». Solane, quant à elle, emboîta le pas, mais jeta un dernier regard anxieux à son tuteur, marquant ainsi le début de leur mission dans cette enceinte silencieuse.

À l’intérieur, les couloirs, autrefois symboles d’efficacité et de progrès, étaient à présent le théâtre d’un désordre saisissant. Les murs, jadis lisses et d’un gris métallique, se trouvaient maintenant maculés de traces de suie et d’égratignures. Le sol, conçu pour résister aux charges lourdes, portait désormais les stigmates de la négligence : débris, câbles arrachés, et taches d’huile ou de substances chimiques dessinant des motifs anarchiques sur sa surface. Dans ce contexte, Solane, déjà intimidée par l’ampleur de la désolation, se sentait d’autant plus vulnérable. Résolument, elle insistait pour ne pas se séparer de son camarade, malgré l’avis de celui-ci, pensant leur séparation nécessaire pour rapidement retrouver l’assaillant. «Ne t’inquiète pas, ce n’est qu’un corrompu comme ceux de tout à l’heure», la rassura-t-il. Quand soudain, depuis le fond d’un sombre et sinistre couloir, un bruit assourdissant retentit. Aussitôt, les apprentis se mirent sur leurs gardes et pointèrent leurs armes en direction de ce dit couloir, seulement éclairé par les scintillements d’une ampoule clignotante. Lorsqu’ils discernèrent aux loin deux points rouges ressemblant aux pupilles d’un corrompu, Solane, dans un élan de panique, tira à vue, au grand embarras d’Iltio. Pourtant, le hurlement qui s’ensuivit confirma bel et bien leur appréhension : un corrompu leur faisait face.

Immédiatement, divers objets d’outillages éparpillés autour d’eux se mirent à se déplacer dans sa direction, produisant un vacarme similaire au bruit ayant retenti précédemment. Le corrompu, à partir de son OC l’entourant d’une aura pourpre, amalgamait ces outils et pièces détachées sur tout son corps, lui créant une énorme et épaisse cuirasse métallique. Ainsi, en se mettant en boule, la salve de tirs, qu’Iltio et Solane lui assénèrent ensuite, ne lui fit aucun dégât, les balles ricochant simplement sur son métal. C’est alors que, sous les fracas de ses pas, le corrompu les chargea, projetant d’un puissant revers de son imposant bras en ferraille Iltio contre le mur. Et tandis qu’il s’apprêtait à porter le coup de grâce à Solane, l’intervention d’Iltio, criant avec peine «Laisse Solane tranquille !», changea le cours des événements. Se tournant vers elle avec un sourire terrifiant, le corrompu la saisit brusquement puis s’enfuit avec elle. «Solane !? C’est toi que j’attendais et te voilà !» gloussa-t-il d’une voix grêle. Elle en était tétanisée. Heureusement, l’encombrante carcasse métallique du corrompu entravait sa fuite, permettant à Iltio de le rattraper et de défaire Solane de ses bras en ferraille, grâce à l’utilisation télékinétique de son od. Dès lors, cet acte donna l’occasion à Solane d’assommer le corrompu d’un coup sec à la tête, qui, par souci de visibilité, n’était pas protégé par sa cuirasse.

Quelques minutes plus tard, le corrompu, menotté, se réveilla. Sa cuirasse métallique n’était devenue qu’un immense tas de ferraille. À cet instant, Solane, toute nerveuse, se mit à l’accabler de questions sur ce qu’il lui avait dit tout à l’heure. Seulement, après quelques égarements, il affirma ne pas savoir de quoi elle lui parlait. Et en dépit du plaisir compulsif que lui a procurée l’OC, il avoua même n’avoir aucune idée des raisons l’ayant poussé à en consommer. Convaincu que ses réponses n’étaient que des mensonges, Solane insista encore et encore. «Laisse tomber, il est juste fou, ses paroles ne sont pas à prendre au sérieux», tenta de la dissuader Iltio. Face à cette impasse et rongée par une frustration grandissante, Solane se vit contrainte de mettre un terme à son interrogatoire.

Devant l’usine, Edgor, assis sur le capot de sa voiture de fonction, inhalait tranquillement la nicotine de son cigare, tout en discutant avec les deux cocréateurs de Xenotic, venus constater l’avancée de l’intervention policière. L’un, à l’aspect simplet et juvénile, était Isaac Colman, le PDG de l’entreprise. L’autre, au regard d’aigle et au visage anguleux, était Plik Sevier, un des principaux actionnaires de l’entreprise et un proche conseiller du PDG. Avec Edgor, ils discutaient de la ville et de sa criminalité anormalement élevée. Et des trois, seul Isaac Colman semblait optimiste pour l’avenir de Blève. «Excusez-moi», entendirent-ils soudainement. C’était Solane, venue interrompre leur discussion pour interroger Plik et Isaac sur le profil de l’assaillant.

• «Ce n’était qu’un simple salarié sans histoire. Il était très précieux en raison de sa formation assez rare» lui confia Isaac Colman.

• «Et cette usine, était-elle spécialement importante pour l’entreprise ?» lui demanda Solane

• «Elle était censée relancer la productivité de Xenotic, qui était au bord de la faillite. Maintenant que l’usine est saccagée... tout est fichu...» déplora-t-il amèrement.

Mais, le temps pressait, en tout cas, c’est ce que semblait vouloir dire Iltio : «Désolé de vous déranger, mais on a un corrompu à ramener au commissariat !». Cependant, quelque chose intriguait particulièrement Solane : l’étrange attitude de Plik Sevier. Peu affecté émotionnellement par les dégradations, son sourire discret témoignait même d’une certaine satisfaction.

Après que le corrompu ait été incarcérer au commissariat, il ne cessait d’occuper les pensées de Solane, bien que ce soit la fin de service et que tous commencèrent à rentrer chez soi. «Que me voulait-il ?» se demandait-elle. Alors qu’elle souhaitait y réfléchir tranquillement durant le trajet vers son domicile, Iltio, l’accompagnant, l’interpella :

• «Qu’est-ce qui te tracasse depuis tout à l’heure ?

• ... Cet homme ... il a quand même explicitement dit que c’était moi qu’il cherchait...

• Tu es encore sur ça ?! Perso, je n’ai rien entendu. Puis même s’il a voulu te capturer, il n’y a pas à s’inquiéter. Il va croupir en prison pendant un bon moment maintenant.»

• Un instant, Solane parut sur le point de contester, mais finalement concéda doucement : «Tu as sûrement raison»

• Iltio, interpellé par son attitude, nota : «On dirait qu’il y a des choses que tu ne veux pas me dire.

• Hein !? Comment ça ?

• Ça se voit que tu me caches quelque chose, et je n’aime pas ça. On va faire équipe pendant un long moment, il est donc important de se faire confiance»

Solane en devint toute gênée. Alors, en dépit de l’insistance d’Iltio, elle tenta hâtivement de mettre fin à la conversation :

• «Si tu veux, je te dirai tout de moi dans environ ... deuxjours. Sur ce, à demain.

• Comment ça « à demain » ? On n’est même pas-»

Iltio resta bouche bée lorsqu’il comprit qu’ils s’étaient arrêtés juste devant la luxueuse demeure de Solane, une maison de style victorien possédant des fenêtres ornées de vitraux sur ses deux étages. «Attends, Solane !» lança-t-il, espérant peut-être prolonger leur échange, ou au moins, saisir le fil d’une conversation inachevée. Malheureusement pour lui, Solane avait déjà franchi le seuil de sa porte, se retournant juste un instant pour lui adresser un dernier sourire. Ainsi, au claquement de la porte, le silence du quartier retomba, laissant Iltio seul, lui et ses interrogations.

Chez elle, Solane fut accueillie par l’IA de la maison, du nom d’Eliot, qui lui demanda si sa journée s’était bien passé. Fatiguée, elle lui souffla un paresseux «oui» avant de se précipiter dans sa chambre pour s’y enfermer. Peu après, sa mère alla la voir pour lui poser exactement la même question. «J’espère qu’elle s’est faite de nouveaux amis» se disait-elle en chemin. Néanmoins, quand elle franchit la porte de sa chambre, elle vit Solane avachie sur le lit, arborant un visage distrait, perdu dans ses pensées.

• «Que s’est-il passé ? Tu as l’air tourmentée» lui demanda soucieusement sa mère.

• «Tout va bien, maman...» soupira-t-elle.

Voyant que sa fille lui cachait quelques choses, elle insista davantage. Et excédé par la persévérance de sa mère, Solane finit par lui avouer qu’un corrompu avait essayé de la kidnapper.

• Le visage de sa mère se figea. «Quoi !!? Ce n’est pas vrai ! Je t’avais dit que ce métier était dangereux. Tu aurais dû m’écouter et continuer tes études !»

• Solane se redressa, contestataire. «Ce métier est fait pour moi, je te l’assure ! Et puis... peu importe ce que je fais, ça ne changera rien. Il était sous les ordres de quelqu’un d’autre, j’en suis sûre et certaine... Et cette personne sait que j’ai—

• Ah non !» l’interrompit sa mère. «Il faut arrêter avec ces histoires !

• Mais j’ai failli être kidnappée !

Par un fou, comme il y en a des milliers dans cette ville !» Sa voix trahissait une lassitude amère. « Écoute, ça fait des années que tu t’accroches à ces théories farfelues. Elles n’ont toujours mené à rien.

Ce ne sont pas des théories...» marmonna Solane, le regard fuyant.

• Sa mère s’assit doucement sur le lit, posant une main réconfortante sur son épaule. «... Je te demande juste de ne pas te pourrir la cervelle avec ces histoires et de mener ta vie à bien.

• Oui, j’ai compris. Je dois être la gentille petite fille sage qui ne doit pas se faire remarquer...» répliqua-t-elle d’une timide condescendance, avant de s’allonger et de se blottir sous sa couette.

Dans un couloir du commissariat, Edgor discutait de Solane avec le commissaire de Bleve, le moustachu Aymon Artoi, âgé d’une quarantaine d’années. Ce dernier exprimait ses craintes quant à la stabilité psychologique de la jeune policière, mentionnant sa réputation d’hystérique et de paranoïaque pour appuyer ses pressentiments. Sa mère, du nom de Diana Heilig, ancienne chercheuse expulsée du conseil scientifique pour délit d’ordre éthique, accentuait encore plus ses inquiétudes. Edgor le rassura en lui disant que ses résultats avaient été négatifs à tous les tests d’instabilité psychologique. «Puis, vu tous les cas sociaux qu’on est obligé de recruter par manque d’effectif, je ne pense pas qu’elle soit la personne la plus inquiétante qu’on ait», ajouta-t-il. Artoi ne sembla toutefois pas convaincu.

Arrivés à la salle d’interrogatoire où était assis devant une table le corrompu interpellé à l’usine de Xenotic, Edgor demanda à Aymon de le laisser l’interroger seul, craignant en réalité que les méthodes brutales du commissaire ne soient contreproductives. Une fois isolé avec le captif, Edgor lui installa sur la tête un menslector, un casque sophistiqué aux bras articulés noirs et aux diodes bleues pulsantes. Avec cet appareil en place, il prit place face à l’homme et entama l’interrogatoire de manière décontractée, posant d’abord une série de questions basiques sur son identité, son travail, sa famille, etc. Mais à sa grande surprise, alors qu’il effectuait en parallèle des recherches sur son téléphone, il découvrit que son casier judiciaire était totalement vierge.

• «Pourquoi avez-vous consommé de l’OC et saccagé cette usine alors ?» lui demanda Edgor.

• La tête baissée, l’interpellé déglutit, hésitant un instant avant de répondre. «J’ai été contraint de le faire... c’était le seul moyen de retrouver mon compte Amita. Enfin, c’est ce que le hackeur m’a dit.

• Pourquoi vous ne me l’avez-vous pas mentionné tout à l’heure dans la voiture quand je vous ai posé la question ?»

• Le captif parut troublé, comme si la réponse lui échappait. «Je... je ne m’en souvenais pas. Ça peut paraître bizarre, mais c’est en arrivant ici que ça m’est revenu. L’OC... ça fait cet effet-là, non ?» Son regard se tourna vers Edgor, espérant un signe qui le rassurerait.

• «Je l’ignore, mais ça ne m’étonnerait pas...» répondit-il, d’un ton neutre. «C’est la première fois que vous en consommez ?

• Oui, je n’en avais jamais pris avant.

• Alors, comment vous vous en êtes procuré ?»

• Passant une main sur ses cheveux, l’homme fronça davantage les sourcils. «désolé, mais... je n’arrive pas à m’en souvenir. Mais je vous jure que je dis la vérité !

• De toute façon, avec le menslector, on saura si tu mens ou non. Ce truc analyse ton activité cérébrale, je te rappelle.»

• L’homme sembla se raidir, réalisant l’implication de ces mots. «C’est donc pour ça que vous paraissez si à l’aise ?! Vous pensez que je mens, c’est ça ?!» s’exclama-t-il, les yeux soudain animés par un mélange de peur et de colère. «Je dis la stricte vérité !»

• Edgor laissa échapper un sourire ironique. «Bien sûr, tu perds la mémoire et puis tu la retrouves comme par hasard une fois arrivé au commissariat.» Il se leva lentement de sa chaise, ajustant sa veste. «Oh, mais tes yeux sont encore très rouges, dis donc ! Tu es toujours sous l’effet de l’OC ! Tu seras donc placé en détention provisoire, le temps que tes souvenirs te reviennent, d’accord ?

• Nan ! Attendez ! Sale enfoiré ! Je dis la vérité !!!!» hurla-t-il à Edgor, quittant la salle d’interrogatoire.

Ce dernier se rendit dans la salle voisine pour consulter les résultats du menslector aux côtés d’Aymon Artoi, en espérant y obtenir d’intéressantes informations. Et en effet, Edgor ne fut point déçu : les résultats donnèrent raison au corrompu. «Hein ! Mais c’est une blague ! Il y a forcément eu une erreur quelque part !» s’écria-t-il. «Ce menslector est pourri et ce corrompu est un menteur, un point c’est tout !» s’agaça Aymon, plus pressé de rentrer chez soi que de résoudre l’enquête. Mais en analysant les résultats plus précisément, il était évident pour Edgor que la mémoire du jeune homme ait été volontairement effacée. «Mais qui a fait cela ? Comment l’a-t-il fait ? Dans quel but ?» s’interrogea-t-il, inquiet des implications d’un tel pouvoir. Même si toutes ces questions restèrent sans réponse, une chose était sûre : quelque chose d’étrange se tramait dans l’ombre.