Histoires fantasmatiques

All Rights Reserved ©

Summary

Dans l'espace suspendu par le désir d'être mis à nu, des fragments d'âmes se dévoilent. Ici, le corps devient langage, le regard devient toucher et la vulnérabilité, une forme de puissance. Ces textes ne parlent pas seulement de désir insoutenable. Ils parlent de masque tombés, de ce qui tremble à l'intérieur, de ce qui cherche à être vu sans être jugé. Ils parlent de cris et de liberté. Des histoires où l'on se perd pour mieux se retrouver. Voyages intérieurs poétiques, érotiques, brulants et déconcertants - parfois, jusqu'au dérangement.

Genre
Erotica
Author
Louvea
Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
18+

Aux limites du sentir



Il me tient par la main. Mon pilier, mon socle, mon Ancre. Celui en qui j'ai confiance, qui me protège dans cette vulnérabilité, celle que je m'offre présentement. Celui qui m'emmène jusqu'au sommet et me raccompagne en descendant. Celui, conscient, qui ne me quitte pas des yeux même un instant - et m'enlace de son soutien, de sa compréhension, de sa patience infinie.

Il me tient par la main et j'ai les yeux bandés. Dans cette obscurité totale, je mets de la distance entre moi et le monde et je n'ai presque peur de rien. Je suis vêtue d'habits transparents, impudiques, délicats et subtils. Ceux qui me font sentir belle, que j'aime arborer dans mes nuits secrètes et dansantes, face au miroir ou à la mer.

De sa main ferme et rassurante, qui connaît chacun de mes signaux non verbaux, il me guide avec attention. Les invités détournent leur regard vers mon passage, car je suis la seule habillée de cette façon et semble totalement vulnérable, privée d'un sens bien important. Très vite, un chemin se forme rien que pour nous. Les regards, je les sens, les imagine, les rêve, les devine - sans pouvoir les attraper, toujours dans ce noir complet et rassurant.

La main tendre qui m'emmène me livre à la scène. Elle m'expose, dans la lumière, face à ces visages souriants que je ne peux toujours percevoir.

Je ne sais rien de ce qu'il se passe. Je suis seulement là. J'entends chaque pas, chaque son, chaque rire ou chuchotement sans parvenir à identifier leur provenance et j'aime profondément me sentir ainsi désorientée. Un homme s'approche. Il parle doucement avec mon protecteur, la main qui jusqu'alors ne m'a jamais lâché. Je ne peux déchiffrer ce qui se dit entre eux, mais d'un coup, un souffle s'engouffre à mon oreille. Un souffle méconnu. Un souffle chaud qui rencontre ma nuque. Ce n'est pas le vent.

« Tu es belle... Tout le monde ici profite du spectacle.

Moi le premier. Et je viens te faire voyager. »

Il tourne autour de moi et je sens ses doigts effleurer chacun des fragments de ma peau épargnés par le tissu (il y en a beaucoup, en vérité). Je l'entends rire à chacune de mes réactions, de mes frémissements, qu'il perçoit avec une justesse déconcertante. Et tout en tournant autour de moi, en créant ce vertige ou je ne sais plus où il se trouve | à quel endroit je vais recevoir ses caresses, il reprend :

« Je vais te faire partir, sous les yeux d'une horde de spectateurs. Est-ce que tu veux que je te fasse partir, L. ? »

Je suis étonnée et un soubresaut de surprise me traverse à la minute ou je crois entendre mon prénom. Il semble savoir plus de choses sur moi que je ne sais de lui. Ma voix est timide, malgré le bandeau protecteur qui m'apaise. Je suis dans l'incapacité de parler, et encore moins de dire mon excitation. Faisant face à un sentiment glacial de honte, je me tais, et tente de me cacher.

Il saisit alors mes poignets pour m'en empêcher et les tient fermement d'une main, derrière mon dos, tout en relevant mon menton de l'autre.

« Ne te cache pas. Ils veulent te voir. Réponds moi. »

Sa voix est autoritaire. Je crois qu'une deuxième fois, je ne parviens pas à échapper quelque son que ce soit, mais ce seul acte aurait pu inonder la pièce entière. Soudainement, je me sens envahi d'une profonde tristesse, celle de ne pas arriver à exprimer mes pensées. Celle de me sentir bloquée, à cet instant, comme trop souvent.

Je ne sais par quel miracle, il sent le changement dans mon Être. Alors il s'adoucit. Mon amour tient toujours ma main, et l'inconnu divin pose les siennes sur mes joues.

« Parle comme s'il n'y avait que moi. Chacun ici est avec toi. Pas contre toi. »

Je sens un baiser et quelques larmes couler sur ma joue - aussi, la présence de mon amour tout proche, son toucher que je reconnais parmi mille autres et qui me rassure. Puis, j'entends de nouveau la question. Cette fois, plus proche. Je le sais à la respiration qui surprend mon visage de sa chaleur.

« Est-ce que tu veux voyager, belle et forte L. ? »

Après un court temps d'hésitation, j'acquiesce, porté par le désir insoutenable et la gratitude d'être entendue dans mes silences. Des réactions positives me parviennent, depuis l'autre bout de la salle, au moment où je prononce un « oui » faible mais sincère. Alors mon inconnu fait un pas en arrière. Une main tient toujours la mienne.

« Bien. Tu as fait le bon choix. Mais je crois que le publique aimerait voir plus de toi. »

C'est alors que j'entends un bruit de poulie, sans trop comprendre ce qui arrive. J'ai à peine le temps de respirer qu'il aggripe mes mains pour les lever vers les cieux, et une à une, les fixer, assez rapidement pour que je n'ai le temps d'appréhender.

« Là, c'est mieux comme ça...

Mais pas suffisant. »

Je sens maintenant ses mains sur mes chevilles, qu'il écarte lentement l'une de l'autre, et qu'il attache d'un geste franc. Je suis désormais livrée, sur la croix, face aux regards multiples et impatients, mais encore imperceptibles par moi. Je me trouve dans un autre monde.

« Tu crois que c'est suffisant, L. ? Tu crois que l'on peut voir assez de toi ? »

Je ne réponds pas, mais je sens la tension et l'excitation qui grandit en moi. Il poursuit.

« Je pense que ce serait mieux comme ça. »

Et à l'instant même où il prononce cette phrase, il arrache le tissu qui me couvrait encore un peu, pour délivrer face à tous mon buste et mes seins tout durcis par l'excitation. Il retire, peu de temps après, la culotte en dentelle blanche qu'il me restait. Et me voilà exposée, entièrement nue et délivrée de toute futilité. Offerte aux yeux méticuleux.

« C'est bien mieux, là, vous ne trouvez pas ? » s'adresse-t-il au publique. « Je veux dire, on peut voir chaque frisson... si je fais ça, par exemple. » et il effleure l'une de mes côtes avec je ne sais quel outil qui me fait délicieusement sursauter. Il passe le bout de son objet sacré sur mon téton, mon cou, puis mon ventre, et mon sexe en une fraction de seconde, sans que je ne puisse anticiper. Je sens que je dégouline déjà. Il le sait, et il le voit.

« Mais attends, chère L. , avant de continuer... j'ai une surprise pour toi. C'est une toute nouvelle invention et je pense que tu es le cobaye idéal. »

C'est alors que, sans que je le sache, il installe entre mes pieds une sorte de lumière LED. Il m'explique que cette lumière bleutée est conçue pour colorer chaque centimètre de liquide. Il la dirige précisément vers ma vulve.

« Là, comme ça, tu ne pourras rien nous cacher. »

Il se met soudainement à chatouiller mes hanches alertes. Je suis surprise et pousse un petit rire aiguë et incontrôlable.

« Oh? Qu'est-ce qu'il y a? Vas-t-on enfin entendre le son de ta voix? »

Il passe ses doigts partout, et intensément provoque des rires puissants que je ne peux retenir.

« C'est là? Ici? »

Et il s'attarde sur les recoins les plus sensibles, sans que je ne sache dire un mot ou me défendre. Je suis totalement à sa merci. Sur mes jambes, tout le monde peut observer ma mouille, qui dévale comme un ruisseau, colorée par sa machine.

« Alors, qu'est-ce que cela fait d'être vue comme ça, dans cet état, totalement impuissante ? Moi, j'ai ma petite idée... » dit-il en passant son doigt dans ma fente pour récolter le liquide bleuté.

« Tu sais que tout le monde voit comme tu mouilles. Tu sais que tout le monde voit comme tu mouilles comme une petite salope. Je n'aurai pas imaginé dire ça, quand je t'ai rencontré, dis donc, mais tu sembles être une sacré petite chienne en demande d'attention et... de sexe. »

Au moment où je reçois cette douce humiliation, c'est comme si je jouissais sans contact. Je me tords sans pouvoir résister. Je meurs d'envie qu'il insère ses doigts dans ma chatte et de me laisser aller à chacun de ses gestes et de ses mots.

« Qu'est-ce que tu veux, L. ? »

Et il repasse ses doigts à l'entrée, sur mon clitoris. C'est si furtif que je n'ai pas le temps d'en profiter. Mais c'est assez pour me laisser en proie au désir mortifère et à la frustration sévère. Je coule encore plus et il ne manque pas de le faire remarquer à l'assemblée.

« C'est étrange, j'ai l'impression qu'il y a quelque chose qu'on a oublié d'enlever, pour que le monde te voit vraiment telle que tu es... comme une belle petite chienne, sensible mais tout de même bien salope. Tu sais ce que c'est ? »

Je n'ai aucune idée de ce à quoi il fait allusion. Je ne comprends pas. C'est alors qu'il attrape mon bandeau et le tire vers le haut pour le retirer.

« Ça fait quoi, si on fait ça ? »

Malgré ma peau mate, je deviens écarlate. Je vois les regards rivés sur moi. Je découvre son visage et son sourire, doux et brutal à la fois. Je vois mon amour à côté. Je vois les liens qui me tiennent. Je vois mon corps entièrement nu devant leurs yeux. Je vois ma mouille bleutée sur le sol inondé. Et je ne peux rien faire contre ça. Je suis dans les filets de ces gens, de cet Être puissant, et même de mon amour. J'appartiens à ce moment sans n'avoir aucun contrôle dessus. Et par ces entraves, cette humiliation, je me sens libérée. Sans besoin de faire semblant d'être autre chose que moi-même.

C'est alors qu'il décide de reprendre ses chatouilles.

« Et ça fait quoi, si maintenant je te torture sans que tu ne puisses fuir le regard des gens? Oh, ne me dit pas que ça mouille le sol encore plus? »

Je ne peux pas m'arrêter de rire et de mouiller en même temps. Ils doivent voir chacune de mes imperfections, de mes dents, de mes cheveux en bataille, mes jambes tremblantes, et tout le reste. Pourtant, ils semblent toujours m'aimer. Je me sens honteuse de tant me dévoiler et ça me plaît. Je ferme parfois les paupières mais à chaque fois que je les ouvre de nouveau, ils sont toujours là, les yeux rivés sur moi - et je ne m'en échappe pas.

L'homme mystérieux au doux regard continue de jouer avec moi, comme si j'étais une poupée, un jouet dont on prend tout de même soin. ll s'amuse gaiement à tester mes réactions, ma sensibilité. Il passe toujours plus près de mon sexe et cela me rend folle.

« Je sais ce que tu veux. Mais je veux l'entendre de ta bouche. Je veux l'entendre de ta bouche face à tous ceux qui nous regardent, et t'écoutent. »

Je me plonge dans le silence. Je ne peux pas prononcer ces syllabes, ainsi découverte et reconnue. Démasquée.

« Je continuerai jusqu'à ce que tu n'en puisses plus, et que ce que je veux entendre finissent par sortir de ta bouche, inévitablement. »

Et il joue, encore et encore, sans pitié - avec mes sensations, mes émotions - sourire mesquin jusqu'aux pommettes.

« - Ok, ok, je veux tes doigts en moi... » soufflai-je, presque inaudible.

« - Ha! Enfin quelque chose de concret, chère demoiselle. On avance. »

À ce moment, il s’enfonce au plus profond de moi, et je hurle de plaisir. C'est comme une sensation de renaissance, de petite mort, de dépossession.

« Dis que tu es une petite salope. »

Je ne parviens pas à répondre mais ne peut contenir mes hurlements continus.

« Dis le ou j'arrête. » et il cesse momentanément ses mouvements pour me faire voir ce que cela fait... le manque. « Alors...? Parle. »

« Je suis une petite salope. » rétorquai-je sous la contrainte, la voix fébrile et décortiquée à la loupe. Il semble fier.

« C'est bien. C'est ce que tu es. C'est pourquoi j'ai prévu encore mieux pour toi. »

Il prononce cette intrigue en arrêtant subitement ses mouvements, après m'avoir fait giclé sur le plancher, me laissant morte d'envie insoutenable.

À ce moment, il me détache les pieds. Je ne comprends pas. Il dépose une sorte de petit banc et me les attache de nouveau dessus, de manière à ce que je me retrouve assise, le sexe révelé et exposé comme un trophée. Mes bras sont toujours contraints, relevés et mes aisselles vulnérables. Mon amour se met à les effleurer, de manière taquine, et mon bourreau fait un appel :

« Chacun votre tour, pour ceux qui le désirent, vous pouvez venir saluer son sexe avec vos doigts ou les plumes et pinceaux mis à votre disposition - en la regardant droit dans les yeux. Il faut qu'elle se sente vous appartenir. »

Il écarte mes lèvres humides pour leur montrer et on entend le bruit de ma cyprine qui s'étale.

« Regardez comme elle est ouverte. Elle n'attend que ça. »

Il se positionne en arrière, et je vois très vite une file se former face à moi. Je suis totalement immobilisée et je sens des premiers doigts passer sur ma vulve. Des langues parfois s'invitent délicatement. Des ustensiles, avec lesquels on prend soin d'explorer et d'effleurer chaque nervure. Je crois plusieurs fois que je vais venir, tant c'est fort. Chaque personne me touche, pendant quelques secondes, et c'est mon gentil bourreau qui chronomètre, contrôle la jouissance qui monte en ralentissant ou en accélérant le rythme. Un meneur de valse.

À cet instant inattendu, lui qui était derrière moi, écarte mes fesses, parfaitement visibles pour la file qui attend son tour. Il dénonce, l'air amusé : « Même là, c'est dilaté, il ne faudrait pas passer à côté... » avant de titiller mon anus du bout des doigts et de se faire aspirer. Le plaisir m'électrise et je gémis fort.

« Elle aime même se faire doigter le cul. C'est fou, ça, pour être une petite salope c'est bien une petite salope. » dit un passager qui attend de s'en occuper en faisant gentiment la queue. Je savoure ces mots qui me font m'ouvrir encore plus. En même temps, des dizaines de mains parcourent mon corps pendant ce qui me paraît être une éternité et une minute à la fois. Je perds totalement la raison et me laisse aller entre leurs doigts.

Le chef d'orchestre décide de mettre un terme à l'expérience après un certain temps que je ne mesure plus, et demande à la foule de retourner s'asseoir, pour mieux s’adresser à moi :

« Ils verront mieux tes grimaces quand tu jouiras, comme ça.

Maintenant, c'est toi et moi. »

Et c'est alors qu'il se met à bouger ses doigts très fort à l'intérieur de mon corps. Les gens regardent et sourient. Je gicle trois fois et hurle de plaisir. Je me transforme en louve, incapable de retenir mes cris. Il libère une de mes mains pour que je puisse, face à leurs yeux, caresser mon clitoris pendant que ses doigts s'insèrent et s'agitent de chaque côté. Il continue sans s'arrêter et je sens tout mon corps se tendre, incapable de ne pas flancher. Certains s'approchent pour caresser ma peau en émoi. C'est ce qui me fait venir instantanément, là, face à ces regards braqués sur un plaisir qui vient du ciel.

Et ainsi, le rêve s'achève.

Ou presque. Mon inconnu me libère avec une douceur de l'avant que j'avais oublié. Il dépose son front contre le mien et sans quitter ses yeux de mon entièreté, de ma bouche haletante, de la sueur qui a gagné mes tempes, de mes yeux brillants. Il sourit tendrement et m'embrasse.

« Tu es une femme formidable, ne l'oublie jamais. »

C'est alors qu'il me ramène jusqu'aux bras de mon amour, dans lesquels je m'effondre, et qui semble aussi heureux que moi. Je retourne à mon Ancre et à son cœur bienveillant. Toute la nuit, toute la vie, il m'enlacera - et ce moment de grâce, jusqu'à la grande mort me suivra.

Ainsi, et dans ses bras, le rêve s'achèvera.