📖 Chapitre 0
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> Ils disaient qu’ils étaient les élus.
> Qu’ils portaient un pouvoir ancien.
> Moi… je n’ai jamais rien porté.
> Juste des souvenirs. Des regrets.
> Je les regardais de loin.
> Ma mère brillait parmi eux.
> Elle était forte. Elle était… elle.
> Et puis, elle a commencé à s’effacer.
> Lentement. Comme une photo oubliée au soleil.
> Elle voyait des choses qui n’existaient pas.
> Elle oubliait mon prénom.
> Parfois, elle me parlait comme si j’étais un voisin.
> Et moi, je souriais. Je faisais semblant.
> Mais à l’intérieur, je hurlais.
> Je ne dormais plus.
> Je ne mangeais plus vraiment.
> Je cherchais. Je fouillais. Je lisais des textes que je comprenais à peine.
> La désynchronisation ne laissait personne derrière.
> Et elle approchait. Je le sentais.
> Elle était là, dans ses yeux, dans ses silences.
> Je n’avais pas de Résonance.
> Pas de pouvoir.
> Juste cette peur qui me rongeait.
> Et cette colère.
> Parce que personne ne faisait rien.
> Parce qu’ils acceptaient.
> Parce qu’ils disaient que c’était le cycle.
> Mais elle n’était pas un cycle.
> Elle était ma mère.
> Alors j’ai continué.
> Même quand je suis tombé.
> Même quand je me suis perdu.
> Même quand j’ai dû devenir autre chose.
> Je n’étais pas un élu.
> Je n’étais pas un héros.
> J’étais juste un fils.
> Un peu trop curieux. Un peu trop sensible.
> Et peut-être un peu trop têtu.
> Mais si le monde pensait que j’allais rester là, à la regarder disparaître…
> Alors le monde ne me connaissait pas.
> Je ne savais pas ce que j’étais censé faire.
> Je n’avais pas de pouvoir.
> Juste des idées étranges, des rêves trop grands,
> Et un amour qui refusait de mourir.
> Elle s’éloignait dans un monde où je n’existais plus.
> Et moi, je restais là, la main tendue.
> Même si elle ne reviendrait jamais.
> Parce que parfois, aimer, c’est rester —
> Même quand tout nous dit de partir.
> Mais est-ce que l’amour suffit…
> quand tout le reste s’effondre ?
> La première fois, je croyais rêver.
> Une voix.
> Pas la mienne. Pas celle de ma mère.
> Quelque chose d’autre.
> Quelque chose… dedans.
> “Tu n’es pas fou, Kael.”
> Elle a dit mon prénom.
> Avant même que je pense à lui.
> Et j’ai eu froid. Pas sur la peau. Dans les os.
> “Elle ne disparaît pas. Elle se transforme.”
> Je voulais hurler.
> Mais ma gorge était pleine de silence.
> “Tu crois que tu perds pied. Mais c’est le monde qui glisse.”
> Elle parlait comme si elle savait.
> Comme si elle avait toujours été là.
> Derrière mes pensées.
> Sous mes souvenirs.
> “Ta mère n’est pas malade. Elle est en avance.”
> En avance sur quoi ?
> Sur la fin ? Sur le reste ? Sur moi ?
> “Tu n’as pas de Résonance. Pas encore.”
> Elle mentait.
> Ou elle disait la vérité.
> Je ne savais plus.
> “La désynchronisation est un réveil. Pas une chute.”
> Alors pourquoi ça faisait si mal ?
> Pourquoi je me sentais vide ?
> Pourquoi j’avais l’impression de mourir un peu plus chaque jour ?
> “Tu dois choisir, Kael.”
> “Rester. Oublier. Disparaître.”
> “Ou te souvenir. Et devenir.”
> Je n’ai rien répondu.
> Mais elle a ri.
> Doucement. Comme une lame qui glisse sur du verre.
> Ce que j’ai vu…
> Ce que j’ai dû faire…
> Ce n’est pas pour les livres.
> Ni pour les légendes.
> Certains noms doivent rester oubliés.
> Certaines vérités, enterrées.
> Mais si tu entends ma voix…
> Si tu sens ce froid dans ta poitrine…
> Alors peut-être que toi aussi, tu es en train de te désynchroniser.
> Et si c’est le cas…
> Ne fais pas comme moi.
> Ou fais exactement comme moi.
> Je ne sais plus.
> Tout ce que je sais,
Cest que le monde ne tourne plus rond.
Et dans le silence, j’ai cru entendre ma mère m’appeler.
Mais ce n’était pas sa voix.
C’était la mienne.
Depuis un endroit où je n’existe plus.