Sa Vérité Dévoilée

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Summary

Installée en France depuis deux ans, Alessia rêve d'une vie simple, loin des ombres d'un passé dont elle ne connaissait pas l'existence. Mais une rencontre inattendue et un drame brutal bouleversent tout, la plongeant au cœur d'un univers où chaque sourire cache une menace et où les mensonges sont plus dangereux que les armes. Quand les secrets de sa famille refont surface, Alessia se retrouve attirée dans le monde impitoyable de la mafia Italienne, sans savoir qu'elle marche exactement là où on l'attendait. Entre loyauté brisée, vérités interdites et identités effacées, elle devra découvrir ce qui s'est réellement passé... Au risque d'y laisser bien plus que son innocence.

Genre
Romance
Author
Ellissa
Status
Ongoing
Chapters
3
Rating
n/a
Age Rating
18+

Là où commence le vertige

Un hurlement métallique m’arrache brusquement du sommeil dans lequel j’étais profondément tombée. Mon cœur bondit dans ma poitrine. Instinctivement, je me redresse, le souffle court, à la recherche de l’origine de ce son. Ce n’est qu’à cet instant que je prends conscience du lieu dans lequel je me suis échouée.

Je suis allongée sur un tapis effrité, au centre d’une pièce immense au plafond bien trop haut. Les murs, autrefois richement décorés, ne sont plus que des vestiges : un papier peint défraîchi, lacéré par endroits, recouvre à peine les boiseries rongées. Au-dessus de moi, une rosace sculptée s’effrite lentement, suspendue à un plafond craquelé. Le lustre central se balance dans le vide, ses bras tordus évoquant des doigts cadavériques, dénudés de leurs ampoules.

En face, de hautes fenêtres gothiques laissent pénétrer une lumière pâle et trouble. Les rideaux, lourds et poussiéreux, sont à moitié arrachés. Derrière les vitres, des plantes grimpantes s’accrochent à la pierre, comme si la nature tentait de forcer l’entrée. Une odeur de terre humide, de bois pourri et de poussière flotte dans l’air.

Autour de moi, le mobilier semble figé dans le temps : un bureau bancal envahi de feuilles mortes, un fauteuil éventré, une cheminée sculptée, mais noircie par les années. Rien ici ne m’est familier. Je ne reconnais ni les murs, ni les meubles… ni même l’odeur de l’air. La panique monte en moi, m’oppresse, brouille mes pensées.

Je me lève lentement. Malgré l’angoisse, je tente de garder le cap : retrouver la source de ce son étrange.

J’ouvre la porte de la pièce. Elle grince longuement, comme pour avertir l’obscurité de mon arrivée. Un couloir s’étire devant moi, noyé dans la pénombre. Les boiseries, finement sculptées, sont noircies, poussiéreuses. Le silence est lourd, presque épais. Seul le craquement du parquet sous mes pas vient troubler cette étrange immobilité.

Je passe devant d’anciens portraits indistincts, aux visages rongés par l’humidité, comme si le temps avait voulu effacer leur mémoire. Chaque bouffée d’air est lourde, saturée d’une moiteur qui me colle aux poumons. L’impression d’être observée ne me quitte pas. Une lumière vacillante s’échappe d’un escalier monumental que je découvre en tournant à gauche.

Je suis au deuxième étage. L’escalier, en marbre terni, descend en spirale vers le rez-de-chaussée. Une rampe en fer forgé serpente comme une colonne vertébrale. Je pose ma main dessus : elle est glaciale. En contrebas, le sol est fait d’un vieux carrelage fissuré, tacheté, mangé par l’usure. Des éclats de lumière filtrent à travers les fenêtres du bas, mais ils n’éclairent rien d’apaisant. Seulement le vide.

Soudain, le bruit retentit à nouveau. Plus proche, cette fois.

Je me fige. Je tends l’oreille. À ma gauche, le bruit résonne, tranchant le silence.

Je m’élance, traverse le couloir, et pousse une nouvelle porte.

Ce que je découvre me coupe le souffle.

La pièce est entièrement recouverte de bois massif, sculpté avec une minutie presque excessive. Murs, escaliers, balustrades… tout est noble, épais, oppressant. La lumière, filtrée par une lanterne suspendue au plafond, baigne la pièce d’une chaleur étrange, presque étouffante. Un tapis ancien, usé au centre, couvre presque complètement le parquet. Trois fauteuils, parfaitement alignés, semblent attendre. Tout ici est trop propre. Trop intact. Comme si cette pièce vivait encore. Comme si… Elle m’attendait.

Un frisson glacial me parcourt le dos.

Quelque chose, ou quelqu’un se tient derrière moi.

Mon corps refuse de bouger. Je suis figée. Une présence invisible, mais écrasante, m’enveloppe. Et je le sens. Une main froide effleure lentement mon bras, remonte jusqu’à mon épaule.

Puis une voix s’élève. Grave. Profonde. Étrangement douce. Un murmure hors du temps. Chaque mot est comme enveloppé de velours.

La pression sur mon épaule s’accentue, son souffle effleure mon oreille. À en juger par sa carrure, j’en déduis qu’il s’agit d’un homme.

Et dans un chuchotement glacé, il me dit :

— Tu penses pouvoir t’en sortir si facilement, princesse ?

Je ne réponds pas. Mon souffle est coupé, mes membres figés. Incapable du moindre geste.

— On va jouer ensemble, d’accord ? Si je gagne… tu restes ici.

Son ton se veut moqueur, mais une noirceur serpente dans ses mots. Une noirceur familière… trop familière.

— Laisse-moi partir… Je ne veux pas jouer à tes jeux tordus, merde, murmurai-je, la voix tremblante.

— Déjà ? C’est tout ce que tu oses. Tu me rappelles ta mère…

Son nom me frappe en plein cœur.

— Ma… mère ? Laisse-la tranquille. Tu ne la connais pas. Arrête avec tes mensonges. Je ne rentrerai pas dans ton stupide jeu.

Il rit. Doucement. Comme s’il savourait ma confusion.

— Elle était si belle… Ma chère Evelina.

La colère prend le dessus. J’explose et finit par lui crier dessus.

— Mais putain, qu’est-ce que tu me veux ?!

Un silence écrasant s’abat. Puis, il me tourne lentement vers lui.

Et enfin, je le vois. Ce visage qui n’en est pas un mais plutôt un vide. Le néant.

— Tu commences enfin à poser les bonnes questions, dit-il avec un sourire narquois accroché aux lèvres. Un sourire qui se délecte de la peur qu’il suscite en moi.

Il se met à marcher lentement dans la pièce, ses pas feutrés résonnant contre le bois. Ce qui semble être son regard, glisse sur les murs avec une aisance étrange. Comme s’il connaissait chaque détail. Chaque souvenir de cette pièce.

Cette fois-ci, sa voix s’assombrit.

— Mon ange… ton père t’a mise dans une sacrée merde. Et maintenant, tu vas devoir t’en sortir toute seule. Personne ne viendra. Personne ne sera là pour toi, Alessia.

Mon cœur bat à tout rompre. Mes poumons se contractent. Je suffoque.

Et dans cette pièce figée dans le temps, quelque chose en moi vient de se briser.

— Comment tu connais mon— ?

— ALESSIA, ÉTEINS TON PUTAIN DE RÉVEIL !

Je sursaute dans mon lit, le cœur battant, encore prisonnière de cet étrange rêve. Sans réfléchir, je tends le bras et frappe mon réveil du plat de la main. Le silence revint aussitôt, mais l’agacement dans la voix qui venait de me réveiller flottait encore dans l’air.

Je reste là, quelques minutes, les yeux fixés au plafond, perdue dans le vide. Ce rêve… Il me colle à la peau comme une seconde chair, une impression tenace dont je n’arrive pas à me défaire.

Finalement, je décide de me lever, traînant des pieds jusqu’à la salle de bain pour commencer cette journée.

Alors que je descends les escaliers, la voix de ma mère résonne depuis la cuisine :

— Alessia, viens manger !

Encore à moitié dans le brouillard, je m’approche de la table et la salue d’un ton traînant. Elle me répondit avec son habituel :

— Bonjour, miss.

Puis, comme tous les matins, elle me demande si j’ai bien dormi. Je hausse les épaules, lui parlant vaguement d’un rêve bizarre, sans trop m’attarder sur les détails. En vérité, la nuit n’avait pas été mauvaise. Juste… étrange.

Elle m’annonce ensuite qu’elle et mon père sortaient pour la journée, et que j’étais libre de faire ce que je voulais.

Un peu surprise, je me contente d’acquiescer, leur souhaitant de bien s’amuser tout en ajoutant que je sortirais peut-être aussi.

Mon père, visiblement amusé, lève un sourcil, moqueur.

— Tu comptes vraiment mettre un pied dehors ?

Son ton ironique m’agace à peine. Je connais le personnage. Ma mère, elle, lance un regard appuyé à son mari et demande sèchement s’il avait enfin fini de se préparer. Elle semble impatiente de quitter la maison.

Par curiosité, j’essaie de savoir où ils vont, mais la seule réponse que je récolte est un bref « Ce ne sont pas tes affaires ».

Charmant.

Je monte dans ma chambre après les avoir salués, histoire de me préparer à mon tour. L’air était chaud, typique d’un été bien installé. Parfait pour prendre un peu le soleil.

Je prends un short en jean, un top noir avec un détail de dentelle au col et un cardigan par-dessus. J’enfile mes baskets et mets quelques CV dans mon sac, avant d’hydrater légèrement mes lèvres.

Je prends mes clés, claque la porte derrière moi, et sort enfin de la maison.

Après avoir déménagé de Louisiane en France, j’ai longuement discuté avec ma mère, qui connaît ce beau pays bien mieux que moi. Elle m’a expliqué qu’ici, les jeunes peuvent faire un apprentissage, ce qui leur permet, j’imagine, de trouver plus facilement leur voie.

En Louisiane aussi, il y a des programmes d’apprentissage, mais ce n’est pas du tout pareil. Ce n’est pas aussi intégré au système scolaire que ça peut l’être ici, en France, et ce n’est clairement pas ce qu’on propose en priorité aux jeunes. En tout cas, pas dans notre région.

Ce n’est pas la seule raison pour laquelle mes parents ont voulu venir vivre ici, mais je pense que ça en faisait partie. En plus de ça, ma mère a grandi en Europe, elle en parle comme d’un endroit plus calme, plus « enraciné », je crois. Moins de tension, plus de culture, plus d’histoire. Elle disait que ce serait mieux pour moi.

Ça fait maintenant deux ans qu’on est installés ici. J’ai donc eu le temps de terminer ma dernière année de lycée général en France et d’avoir un an pour réfléchir à quoi faire ensuite. Franchement, je n’avais rien contre les cours, mais j’étais juste… vidée. J’avais besoin de passer à autre chose. J’en avais eu assez de l’école. C’est aussi pour ça que je veux commencer à travailler.

Personnellement, je ne sais pas trop ce que j’en pense, je souhaite uniquement travailler et retourner à l’école ne m’enchante pas non plus. S’il est possible de passer entre les filets d’un futur apprentissage, je ne serai pas mécontente.

Pour ce qui est du boulot, j’ai pensé à l’hôtellerie ou aux bars. Le contact humain ne me fait pas peur, je sais m’adapter plus facilement que d’autres. Et puis si je dois servir des clients, je préfère que ce soit dans un endroit un peu vivant. À vrai dire, la mixologie m’a toujours intriguée. J’ai regardé pas mal de vidéos là-dessus et j’adorai faire des mélanges incongrus pour mes parents quand j’étais plus jeune. Alors, tant qu’à faire, autant essayer ce milieu pour de vrai.

Après quelques minutes de marche, j’arrive enfin devant la première enseigne à laquelle je veux déposer mon CV. La devanture était plutôt simple, tout comme le nom : La Parenthèse. J’entre sans hésiter, et une femme d’une trentaine d’années m’accueille. Je lui explique mon projet d’apprentissage et lui demande s’il est possible de le faire chez eux. Elle me répond qu’ils ne recherchent personne pour le moment, mais que ça en valait la peine de lui laisser mes coordonnées au cas où ils auraient besoin de renfort.

Je répète le même processus dans quatre autres bars et boîtes de nuit du coin, jusqu’à arriver au dernier nom inscrit sur ma liste.

The Velvet Room.

Contrairement aux établissements précédents, la devanture de celui-ci est discrète, presque secrète. Une plaque en laiton gravée au nom du lieu, légèrement patinée par le temps, indique simplement : The Velvet Room. Une lumière tamisée s’échappe d’un petit judas de verre teinté. En poussant la porte, je suis immédiatement enveloppée par une chaleur douce, comme si le monde extérieur s’était soudainement éloigné.

L’intérieur respire une élégance feutrée. Le velours rouge domine la pièce, rideaux épais; fauteuils profonds; tapis moelleux. Une lumière chaude, dorée, filtre à travers des suspensions de verre dépoli et quelques appliques murales d’époque. L’ambiance évoque un vieux speakeasy caché quelque part entre le charme européen et le jazz new-yorkais. Le murmure de conversations, mêlé à une musique suave, flotte dans l’air, sans jamais devenir envahissant.

Le mobilier, agencé avec soin, structure l’espace en petits îlots d’intimité. Au centre, un imposant bar en bois sombre trône comme une pièce maîtresse. Il dessine un demi-cercle parfait, avec ses tabourets hauts en cuir usé et ses étagères vitrées où reposent de nombreuses bouteilles aux étiquettes étrangères. Derrière le comptoir, des verres impeccables suspendus à l’envers luisent faiblement sous la lumière.

Tout autour, des banquettes en U bordaient les murs, formant des alcôves idéales pour discuter sans être vu. Les tables basses, rondes, en marbre ou en bois foncé, accueillent verres à cocktail, chandelles, et parfois des cendriers anciens. Rien n’était laissé au hasard. Même les menus, posés dans des étuis en cuir noir, semblent sortir d’un autre temps.

Je me présente comme dans les autres établissements, expliquant mon projet. L’homme qui m’accueille, costume sobre, sourire neutre, mais courtois, me demande mon CV. Il le parcourt lentement, puis lève les yeux vers moi.

Il me propose de ne pas passer par un apprentissage, mais de commencer directement à travailler pour eux, avec un salaire « moyen ». Il m’explique que j’aurais probablement été payée moins avec un contrat d’apprentissage classique. J’hésite un instant, consciente de la proposition soudaine, mais il me confirme que tout cela était légal, et que ce serait sûrement mieux pour moi que d’attendre les délais administratifs du CFA pour commencer.

Je finis par accepter sa proposition.

Avant de repartir, je fais un détour par les toilettes. Cela fait plus d’une heure que je suis dehors, et je ne peux plus me retenir.

En sortant, je ralentis le pas. Juste en face de moi, au fond d’un petit couloir faiblement éclairé, une porte attire mon attention.

Elle était noire, massive, encadrée de métal brossé. Sur sa surface mate, on pouvait lire, en lettres dorées et légèrement en relief : VIP. Juste en dessous, gravé dans le bois, un lion stylisé, la gueule entrouverte, semblait me fixer d’un regard muet, comme un avertissement. Il y avait quelque chose de solennel dans cette porte. Pas de poignée visible, uniquement un discret lecteur magnétique à droite. Elle ne ressemble pas aux autres.

Je reste figée une seconde, intriguée. Puis je fais un pas, sans trop savoir pourquoi, peut-être par simple curiosité. Je n’ai pas prévu de l’ouvrir, évidemment, mais j’observe les détails, le symbole, l’aura presque intimidante qu’elle dégage.

— Vous cherchez quelque chose ?

La voix, calme, mais ferme, me fait sursauter.

Je me suis retourné rapidement. Un homme se tenait à quelques pas de moi. Il portait un costume noir bien coupé, sans cravate, et une oreillette discrète qui trahissait sa fonction. Il doit faire environ un mètre quatre-vingt-dix. Moi, avec mon mètre soixante, j’ai l’impression d’être une enfant devant lui. Il n’a rien d’agressif, mais sa posture droite et assurée, imposait naturellement le respect. Son regard était sérieux, un peu méfiant, mais pas dur.

— Oh, non… désolée. Je sortais juste des toilettes, et j’ai vu la porte. Je regardais, c’est tout.

Je lève légèrement les mains, un peu gênée, histoire de montrer que je n’ai rien touché. Il me détaille quelques secondes, comme pour s’assurer que je disais la vérité, puis hocha la tête, sans sourire, mais sans animosité.

— Très bien. Il vaut mieux éviter de traîner dans ce coin si vous n’y avez pas été invitée. C’est pour votre sécurité.

Il ne me parle pas comme à une intruse, plutôt comme à quelqu’un qu’il prévient d’un danger qu’elle ne comprend pas encore.

— Compris, répondis-je en m’éloignant tranquillement.

Il reste là, impassible, tandis que je regagne la salle principale. Mais son regard reste planté dans mon dos jusqu’à ce que je passe de nouveau la porte du Velvet Room.