Chapitre 1 Passe moi du feu
• Tu veux quelque chose ? Billy passe la commande des verres, me demande mon aîné. Je dirige mon regard vers lui, relève ma tête de mon téléphone et le verrouille.
• Ce que tu veux.
Il demande aux autres leur commande et je regarde autour de moi, puis me lève et vais jusqu'à la rambarde pour observer les gens se déhancher sur la piste.
Il y a un peu de tout. Des timides, soit ils n'ont pas demandé à être ici, soit ils savent qu'ils ne savent pas danser mais le font pour leurs amis. Il y a les bourrés, soit ils collent les filles, soit ils bousculent tout le monde en les arrosant avec leur boisson. Ce sont les pires, ceux-là. Puis il y a les michtos, hommes ou femmes.
Je crois voir mon amie dans la foule du bas, je plisse alors les yeux comme si j'allais mieux voir.
Il est encore parti chercher des filles pour qu'on ne dorme pas seuls, c'est vraiment un charo, celui-là.
• Tiens.
Je me retourne légèrement et mon ami me tend un verre d'alcool avec des glaçons que je prends, reposant mon regard sur le plus jeune de notre groupe.
• Il ne changera jamais, mais moi, ça me plaît, je n'ai pas beaucoup à faire pour coucher, lance-t-il.
Je ris légèrement à ce qu'il vient de dire et on retourne dans notre carré VIP.
• Où est Ali ? demande le plus âgé de tous, Billy.
• À ton avis, lui répond Evan.
Je reprends mon téléphone et navigue sur le réseau avant qu'Ali n'arrive avec des filles.
Mes yeux se posent sur elle un instant puis retournent à mon téléphone.
Il présente les filles et les garçons leur font de la place. Une fille s'assoit à côté de moi, prenant plus de place que je ne le souhaiterais.
Je lui jette un regard noir et cette pimbêche me sourit avec toutes ses dents.
???- Je n'ai jamais vu autant d'Asiatiques aussi beaux, tu es canon.
Je me contente de lever un sourcil.
La fille sent l'alcool à plein nez et ose me dire une phrase aussi embarrassante.
Nous venons tous de Corée mais nos parents étaient un groupe d'amis et ils se sont promis de nous élever en Amérique, donc nos prénoms s'accordent avec ce pays.
???- Comment tu t'appelles ? insiste-t-elle. Je l'ignore et me décale. Mon meilleur ami Hayden essaie de me convaincre mais il peut toujours rêver.
• Arrête avec ton téléphone, il y a des filles qui veulent s'amuser, profite-en ! Ce n'est pas à chaque sortie qu'on en a autant.
• Ouais. Je garde mon téléphone et observe les filles présentes.
Elles semblent bien ivres et bien en chair. Maquillées comme des drag queens, aux tenues trop légères.
À part une, elle semble ne pas vouloir être là. Probablement la conductrice désignée de la soirée. Elle n'a pas l'air ivre, elle est absorbée par son téléphone. Ses cheveux sont joliment ondulés et longs, très longs, et volumineux. Elle est moins maquillée que les autres, son visage est presque naturel. Son regard se lève brièvement pour observer ses amies avec lassitude, comme si elle regrettait d'être venue.
Elle correspond à l'image des jolies filles, mais sans vulgarité ; elle dégage plutôt une aura de pureté, une fille à papa intelligente, ce qui me répugne.
Soudain, son regard croise le mien.
Elle me lance un regard menaçant, mais cela ne m'intimide pas, elle ne m'effraie pas. Alors je la regarde fixement, sans émotion, peut-être avec une pointe d'arrogance, et je laisse échapper un demi-sourire. Cela fonctionne puisqu'elle détourne le regard pour se replonger dans son téléphone, et je fais de même.
Que veut-elle au juste ? Personne ne me regarde de cette façon. Les gens ont peur, alors qu'en réalité, ils m'importent peu. Je ne faisais qu'observer les spécimens.
Je me replonge dans mon téléphone et y reste environ dix bonnes minutes. Puis, pris d'une envie de fumer, je me lève et me dirige vers le balcon.
Je sors un joint et le pose entre mes lèvres, cherchant un briquet dans mes poches, avant puis arrière.
Fait chier. Je ne le trouve pas...
Une voix féminine fait son entrée, j'enlève le bâton de nicotine mélangé de mes lèvres et attends qu'elle ait fini de parler pour demander un briquet à la fille qui m'a fixé précédemment.
???- Comment ça tu ne peux pas venir me chercher ? Je n'ai rien à foutre avec elles, moi. Elle pose sa main, signe de désespoir, sur son front. Son regard se repose à nouveau sur le mien quand elle retire sa main.
Alors je détourne le regard, sortant à nouveau mon téléphone.
Moins d'une minute plus tard, elle finit son appel pour se diriger à l'intérieur.
• Hé, la fille.
Elle m'ignore totalement.
• Oh, j'te parle, meuf.
Elle se retourne vers moi avec le même regard.
• Ah, sérieux ? Tu me veux quoi ? me répond-elle comme si je l'emmerdais.
• T'excite pas, je veux juste du feu. Je sors ce que j'ai roulé précédemment.
• Hum, je crois... attends.
Elle fouille son sac et me sort un briquet pailleté.
• Tiens. Elle me le tend puis je le prends, frôlant son petit doigt. Je la sens beaucoup plus timide d'un coup. C'est une gamine ou quoi ?
J'allume mon joint et inspire une taffe.
Elle s'adosse au mur et moi aussi, dans un silence total. Une bonne cinq minutes passent avant que l'un de nous décide de parler.
• Je peux fumer ? Je la regarde sans rien dire et lui tends.
Elle le prend et, juste à sa manière de le tenir, je sais qu'elle ne fume pas. Je lui rallume, la regardant dans les yeux avant de me r'adosser.
Elle inspire et crache la fumée en toussant.
• C'est fort, ce truc. Je ris sans rien dire. Elle recommence et retousse, puis se laisse glisser pour s'asseoir au sol.
• T'as jamais fumé ?
• J'ai déjà essayé.
Un silence refait son apparition avant qu'elle ne reprenne la parole doucement. À mon avis, elle pense à haute voix.
• Toujours dans des plans foireux. Elle marque une pause. Quelle connasse.
• Rentre chez toi alors, au lieu de te plaindre. Je lui conseille sans réel intérêt.
• J'aimerais bien, reprend-elle, penchant sa tête, les mains sur le visage, après m'avoir rendu mon joint.
Je ne dis rien et, généralement, quand on ne dit rien, les gens parlent plus. La preuve.
• Mon amie est partie et les filles doivent me déposer, mais je les connais à peine. Je ne sais même pas quand elles vont rentrer.
• Crois-moi, elles ne rentreront pas chez elles ce soir, lui dis-je avec un léger sourire de satisfaction.
• Bah si, vu qu'elles me déposent, répond-elle avec assurance.
Je ris légèrement, sachant de quoi je parle, puis elle rentre alors que je reste à fumer ce qu'il me reste.
Le reste de la soirée se passe comme d'habitude : les garçons s'en vont accompagnés, sauf moi.
Enfin, Hayden n'est pas réellement accompagné pour la nuit : il dépose juste la sainte-nitouche. Elle m'avait demandé et je lui ai ri au nez, alors Hayden lui a proposé de faire le chauffeur. Il est trop gentil.
Je ne suis pas chauffeur de taxi, en particulier à cette heure.
Une fois rentré, je me douche, me brosse les dents et pars me coucher. Avant qu'Hayden ne rentre.
Ce soir-là, je ne savais pas que demander du feu allait allumer bien plus qu’une cigarette.