Chapter 1 : sous la peau du silence
Le bruit des claviers remplissait l’open space comme une pluie de métal.
Élienor leva les yeux de son écran : les néons pâles du plafond renvoyaient des éclats ternes sur les vitres, et la ville, derrière, brillait d’une lumière froide. Il était dix-neuf heures passées. Encore une journée avalée par le temps.
Elle poussa un soupir, fit glisser ses écouteurs autour de son cou et s’appuya contre son siège. Ses collègues riaient à quelques bureaux de là, parlant de week-end, de sorties, de rendez-vous.
Elle, elle se contentait de sourire. De jouer son rôle.
Sous sa chemise impeccable, sa peau vibrait parfois d’une chaleur étrange, presque animale. Une mémoire ancienne battait contre ses veines, un rythme plus vieux que le monde moderne.
La fille de la Lune, murmurait une voix enfouie en elle.
Mais personne ici ne devait jamais le savoir.
Élienor travaillait dans une grande entreprise de conseil un labyrinthe de verre et d’ambition où chacun portait un masque. Elle y excellait. Son calme et son intelligence en faisaient une employée modèle.
Mais la nuit, lorsqu’elle quittait la tour et marchait seule dans les rues désertes, elle sentait l’appel.
La Lune, ronde et immobile, semblait la suivre.
Et dans sa poitrine, un écho résonnait comme une promesse oubliée.
Ce soir-là, alors qu’elle éteignait enfin son ordinateur, son téléphone vibra.
Message de Lyra : Ne t’avise pas d’oublier ce soir ! C’est la Nuit des Liens, Élienor. Tu DOIS venir.
Elle ferma les yeux.
La Nuit des Liens.
La cérémonie où les loups se retrouvaient, sous la bénédiction de la Lune. Où certains trouvaient leur partenaire, leur "âme jumelle", selon la vieille tradition.
Élienor hésita.
Depuis des années, elle évitait ces rassemblements. Trop de regards, trop de souvenirs d’un passé qu’elle ne contrôlait pas. Mais Lyra avait raison : elle ne pouvait fuir éternellement ce qu’elle était.
Alors, elle rangea son ordinateur, prit son sac et quitta le bureau.
En descendant les escaliers du métro, elle leva un instant les yeux vers la Lune, suspendue au-dessus des tours.
Sa lumière effleurait sa peau comme une caresse.
« Très bien, » murmura-t-elle dans la nuit.
« Une dernière fois. »