HER OBJECTION- TOME 1

All Rights Reserved ©

Summary

Ils n’auraient jamais dû se revoir. Encore moins se désirer. Nathan Cross, professeur brillant et intransigeant, ne tolère ni chaos ni imprévus. Lara Bennett, elle, est tout l’inverse : libre, insolente, dangereusement séduisante. Une nuit volée, un secret brûlant… Ils pensaient pouvoir l’enterrer. Jusqu’au jour où Lara s’assoit au troisième rang, corset de luxe, regard de tempête. Jusqu’à l’instant où Nathan lit son nom sur la liste. Elle est son étudiante. Il est son professeur. Et leur désir est désormais la pire erreur qu’ils puissent commettre. Entre tension, interdit et attirance explosive, ils devront choisir : résister… ou tout brûler.

Genre
Romance
Author
Luhimiu
Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
18+

NATHAN

Je ne me considère pas comme un dragueur raffiné. Les rares amis que j’ai diraient pourtant que mon charme suffit largement. Je ne suis pas non plus un homme obsédé par les femmes, le sexe ou l’argent. Mais demandez à cette femme, et elle vous dira que mes compliments font des miracles. Et si elle prétend le contraire… c’est qu’elle ment.

Ses pupilles dilatées, ses ongles vernis de noir, la tension de son corps offert… tout crie l’inverse de ses mots. Elle veut croire qu’elle garde la main. Qu’elle dicte le rythme. Mais je vois clair : son corps me supplie plus fort que sa voix.

Je n’ai pas besoin de parler pour gagner. Pas besoin de séduire pour obtenir. Je prends. Je possède. Et le pire ? Elle adore ça.

C’est ici. Sur ce rooftop, au milieu des verres qui s’entrechoquent, de la musique trop forte et des lumières de Manhattan. Je n’avais rien prévu. Pas de conquête, pas de distraction. Je viens seulement parce qu’un associé m’a convaincu que « respirer autre chose que mes dossiers » me ferait du bien. Erreur. Ce genre de soirées n’est pas mon univers. Trop frivole, trop futile.

Et pourtant. Il suffit d’un instant, d’un éclat de rire porté par le vent chaud, pour que mon regard se fixe.

Trois femmes. Trois silhouettes impossibles à ignorer. La blonde, solaire, éclatante, qui rit à gorge déployée. La brune élégante, distante, avec un port de tête qui hurle qu’elle sait ce qu’elle vaut. Et puis… la troisième.

Elle.

Pas la plus sage. Pas la plus sophistiquée non plus. Mais la seule qui capte toute mon attention. Et quand la raclure de bidet à côté d’elle renverse son verre sur la blonde, c’est elle qui avance, sûre d’elle, les yeux étincelants, prête à tout emporter sur son passage.

— Espèce de crétin, lâche-t-elle, claire et cinglante.

Le type recule d’un pas en ricanant, visiblement ivre. La blonde regarde sa robe trempée, gênée, prête à dire que ce n’est rien pour éviter une scène. Mais la troisième ne lui en laisse pas l’occasion. Elle redresse le menton, croise les bras… et c’est comme si un typhon venait de s’abattre sur Manhattan.

— Bah alors, on fait un concours de t-shirts mouillés et on m’a pas prévenu ? ricane-t-il.

— Un concours de t-shirts mouillés, tu dis ? crache-t-elle en plantant ses yeux dans les siens. Parfait. On commence par toi.

Elle saisit un pichet de sangria encore plein sur la table voisine et, avant que quiconque ait le temps de réagir, lui balance le contenu en plein visage. Le mec sursaute, trempé, les bras écartés, sous les éclats de rire de ses potes, aussi bêtes que lui, qui fusent autour.

— Considérez ça comme une réparation morale, ajoute-t-elle, le sourire narquois. Et la sangria est offerte par vos soins. Serveur, un autre pichet, s’il vous plaît !

Le type essuie son visage d’un revers de main, encore plus minable qu’avant. Le genre de fils à papa qui finit ses soirées en cellule de dégrisement.

— Ça va te coûter cher en avocat, pétasse, crache-t-il, le sourire gras.

— Espèce de crétin. Je suis avocate. Et crois-moi : les types comme toi, j’en vois tous les matins dans mon bureau. Traînés par leur mère en tailleur tweed, tirée à quatre épingles… qui me supplient de ne pas leur coller une procédure au cul pour ivresse sur la voie publique et agression sur autrui.

Si je sais reconnaître une chose, c’est bien une avocate. Celles qui vivent dans les codes, qui respirent les lois, qui transpirent la maîtrise de soi et de ces paragraphes que des hommes — de grandes vertus ou non — se sont fait chier à pondre. Pour emmerder le peuple ou, parfois, lui faciliter l’existence.

Et cette fille ? Elle, c’est tout l’inverse.

Un typhon émotionnel.

Une tornade d’insolence.

Et, pour couronner le tout, une menteuse.

Ses potes le poussent vers la sortie en ricanant, comme si c’était la meilleure blague de la soirée. Des petits cons, arrogants et insolents, nourris au champagne trop tôt.

Le genre que leurs chers papas ont dû biberonner avec des anecdotes de leurs années à Yale, en faisant rôtir leurs putains de steaks après une journée de golf, dans leurs maisons secondaires des Hamptons.

Je le sais, parce que ces types d’hommes sont mes clients. Ils vous diront droit dans les yeux que c’était un malheureux accident… pendant que la partie adverse les accuse de viol sur l’une de leurs anciennes secrétaires.

À ma gauche, la brune aux pupilles dilatées se penche vers moi, un sourire peint sur les lèvres.

— Certaines manquent tellement de classe…, souffle-t-elle en jetant un regard dédaigneux vers la scène. Puis elle relève les yeux vers moi. Alors, on continue la soirée chez toi… ou chez moi ?

Je ne fais même pas l’effort de sourire.

— Il faut que je passe un appel. Le travail m’appelle.

Futile mensonge. Je ne me fatigue pas à m’excuser sans le penser. Je me lève simplement, me détourne, et me dirige vers les toilettes.

Penchés devant les urinoirs, leurs voix idiotes résonnent déjà entre les murs carrelés.

— Cette pouffe m’a saccagé mon costume avec son cocktail d’héritière ! Elle est complètement ravagée ! gémit le premier, encore trempé.

Son pote éclate de rire, la braguette ouverte.

— Elles était canon, mec. Je les préfères à toutes ces plantes vertes qui paradent ici… dit-il en rigolant, les yeux déjà fixés sur son téléphone.

Je les observe dans le miroir, pantalons à moitié baissés, arrogance intacte malgré la pisse qui résonne contre la faïence. Des caricatures. Deux héritiers pathétiques, convaincus que leur nom suffit à les rendre intouchables.

Je parie qu’ils répètent les mêmes insultes à chaque femme qui a eu le malheur de leur dire non ou de leur exiger des excuses. Et ce rire gras, ce foutu téléphone qu’il ne lâche même pas et cette dégaine insultante… c’est ça, leur univers : boire, baiser ce qu’ils peuvent et poster leurs foutues vacances de ski à Gstaad.

Je détourne le regard, me lave les mains avec calme, attrape une serviette. En me retournant, mon épaule percute celle du crétin à la sangria. Son rire se coince une seconde dans sa gorge. Je pourrais m’excuser, passer mon chemin. Ce serait ce qu’un homme raisonnable ferait. Mais ce soir, je ne me sens pas raisonnable.

— On se connaît, mec ? crache-t-il, la lèvre tordue en un rictus idiot.

Je le fixe dans le miroir, sans me retourner.

— Dieu merci, non. Nettoie cette sangria, tu dégoulines sur le sol.

Je jette la serviette dans la poubelle et sors sans attendre. L’air d'été de la terrasse me frappe au visage, saturé d’alcool, de sueur et de conversations inutiles. Je déteste ce genre d’endroit.

Et pourtant.

Mon regard retrouve avant même que je le veuille , la sainte trinité météorologique : la blonde solaire, la brune glaciale… et le typhon.

Plantée près du bar, un verre à la main, les cheveux collés à sa nuque par la chaleur. Elle parle avec ses amies, mais son rire — ce putain de rire — tranche au milieu du vacarme. Je n’ai jamais cru à l’adrénaline des rencontres. Je crois à la maîtrise, à la logique, au contrôle.

Mais il y a quelque chose chez elle que je n’arrive pas à classer. Son insolence déborde et la rend magnétique.

Agaçante.

Mon front se plisse, ma mâchoire se serre, et ce tic nerveux sous mon œil , me rappelle à quel point elle m’irrite déjà.

Elle relève la tête à cet instant précis. Nos regards se heurtent comme une erreur de trajectoire. Elle ne détourne pas les yeux. Pire — elle sourit.

Un sourire qui a tout d’un défi.

Je me déteste d’y répondre, même à peine, par ce mouvement imperceptible au coin de mes lèvres.

C’est elle qui rompt le contact la première, reprenant sa conversation avec cette nonchalance insolente qui m’achève plus sûrement que n’importe quelle provocation.

Je devrais partir.

Tourner les talons.

Rentrer chez moi et oublier jusqu’à son prénom, que je ne connais pas , mais je reste là, mes mains dans les poche, à observer la façon dont elle parle, rit, bouge et replace ces cheveux chocolat en cascade dans son dos . Chaque geste me hérisse et m’attire dans le même souffle.

Un typhon, oui. Et je suis assez idiot pour rester planté au milieu du courant, à attendre qu’il me balaye violemment.

Elle bouge à nouveau . Ses doigts vernis d’un bleu électrique glissent sur le rebord du bar, effleurent la base de son verre remplie par une boisson rose , avant qu’elle ne se retourne, lentement. Et me trouve encore là.

Je ne détourne pas le regard. Pas cette fois. Elle arque un sourcil, joue avec sa paille couleur cerise , amusée, comme si ma présence seule la distrayait plus que tout ce qu’on pourrait lui dire.

— Vous me suivez, maintenant ? Sa voix fend la musique. Ni hautaine , ni douce — juste assurée, comme une gifle polie.

Je m’avance d’un pas.

— Je traverse. Vous, en revanche, vous semblez difficile à éviter.

Un rictus étire sa bouche.

— C’est ce qu’on dit des aimants. On attire ce qu’on dérange.

— Dans ce cas, vous devez déranger beaucoup de monde.

— Vous me trouvez magnétique ? , sourie-t-elle, son verre toujours à la main.

Putain, oui.

Et c’est bien ça, le problème. Je déteste qu’on prenne le dessus sur moi, encore plus quand ce n’est pas intentionnel. Je devrais claquer un rire faux, tourner les talons, reprendre le rôle de l’homme froid, organiser.

Mais rien, chez elle, ne me laisse tranquille.

Elle me fixe, le menton légèrement relevé, inconsciente de l’effet qu’elle provoque.

Sa bouche pulpeuse effleure distraitement la paille, laissant une trace de brillant à lèvres sur le plastique.

Ses doigts glissent le long du verre, paresseux, comme si elle en mesurait la fraîcheur pour mieux s’y ancrer.

Rien d’exagéré, rien d’appuyé — mais chaque geste semble pensé pour éroder ma patience, lentement, méthodiquement.

Le genre de lenteur qui donne envie de rompre quelque chose.

De briser le silence, ou peut-être simplement la distance.

Je me penche, juste assez pour que ma voix ne soit qu’un souffle entre nous.

— Vous faites toujours ça ?

Elle relève les yeux, faussement innocente.

— Quoi donc ?

— Mentir.

Elle fronce les sourcils.

— Je… pardon ?

Je hausse à peine les épaules.

— Ce n’est rien. Tout le monde ment à sa manière. Certains jurent à leur femme que c’était juste une amie d’enfance. D’autres promettent à leurs gosses que le Père Noël existe encore, pour sauver un peu de magie qu’ils ont eux-mêmes piétinée. Et parfois, certaines affirment ne pas avoir refait leurs seins alors que tout, chez elles, hurle le contraire.

Je la regarde droit dans les yeux.

— Mais vous… cette mythomanie-là, elle vient d’où ? Un instinct de survie ? Une peur maladive du vrai ?

Je laisse un silence s’installer, juste assez long pour être inconfortable.

— Par pitié, ne me dites pas que vous avez appris à mentir en regardant vos parents le faire devant votre petite sœur handicapée.

Je marque une pause, mes yeux fixés aux siens.

— Dites-moi plutôt pourquoi vous mentez.

Elle rit, un son clair, désarmant, presque insolent.

— Je me rappelle pas avoir fait votre connaissance. Vous êtes ?

Ses sourcils se haussent, faussement polis.

— Ne me dites pas qu’on a couché ensemble et que j’étais trop bourrée pour m’en souvenir. Ça me mettrait vraiment mal à l’aise.

Elle incline la tête, l’air songeur, avant d’ajouter d’une voix plus douce, presque moqueuse :

— Surtout que je vous imagine du genre à… tout donner. Avec une fille.

Je sens la provocation glisser entre nous comme une lame fine. Un sourire me vient malgré moi, lent, dangereux.

Je me penche légèrement, assez pour qu’elle sente mon souffle effleurer le sien.

— Pourquoi ?

Elle fronce les sourcils.

— Pourquoi quoi ?

— Pourquoi vous avez fait croire à cette raclure de bidet que vous étiez avocate ?

Un éclat traverse ses yeux. Pas de honte. Pas de gêne. De la fierté, presque. Elle attrape son verre, tourne lentement la paille entre ses doigts avant de répondre :

— Je suis avocate.

Je retiens un rire sec.

— Je saurais reconnaître une consœur les yeux fermés. Et vous n’avez rien d’une avocate.

Elle se tourne un peu plus vers moi, la tête penchée, ce sourire narquois aux lèvres.

— Vous les avez toutes baisées pour avancer cette théorie ridicule ?

Je hausse un sourcil, amusé malgré moi.

— Non. Seulement celles qui savaient mentir avec autant d’aplomb.

L’humain naît avec un filtre buccal qui devrait théoriquement nous éviter de sortir ce genre de conneries. Elle, manifestement, est née sans.

Son amie — froide comme un glacier — lui adresse un signe de tête.

Un geste de téléphone plus tard, je comprends : elle compte lui raconter tout ça demain, dans les moindres détails.

Comment un inconnu lui a sorti son baratin d’avocat cynique, avant de lui proposer une baise dans un loft de Manhattan.

Charmant portrait.

— Un autre verre ?

— Chez vous ?

Elle trempe les lèvres dans le sien, sans me quitter des yeux. Sa voix glisse, douce et tranchante à la fois, comme un murmure qui sait déjà qu’il aura le dernier mot.

Je m’avance d’un pas. Lentement. Assez pour que la musique paraisse s’étouffer autour.

Le monde continue de bouger, mais plus rien n’existe en dehors de cet espace entre nous — étroit, brûlant, dangereux.

— Vous avez toujours cette facilité à inviter des inconnus ?

— Seulement ceux qui me regardent comme si j’étais une erreur à corriger.

— Et ça vous plaît ?

— Corriger les erreurs ? pas forcément mais es provoquer, peut-être.

Elle laisse tomber sa paille dans le verre, un petit claquement sec entre nous. Ce son-là scelle quelque chose.

Je sais déjà comment tout va finir. Je le sais parce que je sens son parfum me grimper dans la gorge, parce que sa main effleure le bord du comptoir, prête à bouger, prête à fuir, prête à tout.

Et parce que, pour la première fois depuis longtemps, je n’ai aucune envie de me raisonner.