Chapitre 1 – Le jour où Hendrix m’a sauvé
Je vis au 34 rue Martin Luther King, à Mably. C’est une impasse. Pas juste au sens géographique — même si c’en est une, littéralement, une rue qui commence sans prévenir et qui finit sans s’excuser — mais aussi au sens existentiel. Une impasse tranquille, pavée, bordée de maisons qui se ressemblent toutes un peu, avec des portails verts, des haies taillées, des chiens qui aboient pour des feuilles mortes, et des gens qui vivent là parce qu’ils y sont nés ou parce qu’ils n’ont pas trouvé mieux. Moi, j’y suis né. Et pendant longtemps, j’ai cru que c’était normal.
La maison est banale. Trop banale. Façade beige, jardin carré, cerisier fatigué qui donne des fruits une année sur deux. Dedans, c’est propre, rangé, silencieux. Mon père n’est presque jamais là. Il bosse dans la bouffe, mais pas comme cuisinier dans un resto du coin — non, lui, il gère la logistique alimentaire dans des événements énormes. Genre les JO, les salons internationaux, les trucs où les gens en costard mangent des verrines en parlant de contrats. Il part tôt, il rentre tard, et parfois il disparaît pendant des semaines. Quand il est là, il est cool, il me raconte des trucs de fou, comme comment il a improvisé un banquet pour 300 personnes avec trois caisses de légumes et un four en panne. Mais il est rarement là. Et quand il est là, il est ailleurs.
Ma mère, elle, est prof. Et pas juste prof dans un collège paumé — elle était ma prof, à l’école primaire des Tuileries. Deux ans. Deux années où j’ai appris à lire, à écrire, à penser, avec elle en face de moi, tableau blanc derrière, regard bienveillant devant. C’était bizarre, parfois. Les autres pensaient que j’étais le chouchou, alors que j’étais juste… moi. Trop bavard, trop curieux, trop tout. Mais elle m’a protégé. Elle m’a appris que les mots pouvaient être des armes, des refuges, des fenêtres. Elle m’a donné des livres que les autres enfants ne lisaient pas. Des trucs bizarres, des trucs brillants. Elle m’a regardé comme si j’étais un feu qu’il ne fallait pas éteindre.
Et pourtant, le feu a failli s’éteindre.
Après les Tuileries, j’ai atterri au collège François d’Assise à Roanne. Là, ça a commencé à se gâter. Les profs voulaient des élèves qui écoutent, qui obéissent, qui se fondent dans le décor. Moi, j’étais une alarme incendie dans une salle d’attente. J’ai tenu un an et demi. Puis viré. Officiellement pour “troubles répétés en classe”. Officieusement parce que j’étais trop vivant pour leur mort lente.
Ensuite, Saint-Just-en-Chevalet. Internat de campagne. Des murs gris, des règles rigides, des surveillants qui te regardent comme si t’étais un dossier à gérer. Et des élèves qui te cassent parce que t’es pas comme eux. Là-bas, j’ai appris à me taire. À marcher les yeux baissés. À faire semblant. J’ai survécu. Mais j’ai perdu des morceaux.
Maintenant, je suis à Notre-Dame, à Charlieu. C’est mieux. Y’a des gens bien. Des potes. Des copines parfois. Mais je reste en décalage. L’adolescence, je n’aime pas. C’est comme un costume trop grand et trop moche qu’on te force à porter. J’aimerais déjà être adulte. Ou vieux. Ou ailleurs. Et hier, j’ai trouvé cet ailleurs.
C’était un jour comme les autres, un mardi sans saveur, ni promesse, ni surprise. Le genre de jour qui commence par un réveil trop tôt, un bol de céréales trop mou, et un trajet en voiture où personne ne parle vraiment. Le genre de jour où tu t’assois en cours sans même t’en rendre compte, où tu regardes l’horloge plus souvent que le tableau, où tu attends que quelque chose se passe sans trop y croire. Et pourtant, ce jour-là, quelque chose s’est passé.
On était en salle de musique. Lumière tamisée, rideaux tirés, les chaises en demi-cercle comme pour une cérémonie qu’on ne comprenait pas encore. Le prof avait décidé qu’on allait parler de musique engagée. Pas les trucs qu’on entend sur les plateformes, pas les refrains calibrés pour les playlists, mais la vraie musique. Celle qui dérange, qui bouscule, qui dit quelque chose quand tout le monde se tait.
Il a lancé une vidéo. Une scène immense, un ciel gris, une foule qui s’étend jusqu’à l’horizon. Et au centre, un homme seul, debout, guitare en main. Il ne parlait pas. Il ne souriait pas. Il respirait à peine. Et puis il a commencé à jouer.
C’était The Star-Spangled Banner. L’hymne américain. Mais pas comme on l’entend dans les stades ou les films. Pas comme une célébration. C’était un cri. Une plainte. Une explosion. Les premières notes étaient presque sages, comme pour tromper l’oreille. Et puis, d’un coup, la guitare s’est mise à hurler. Des sons de bombes, de sirènes, de cris. Des distorsions qui ressemblaient à des larmes. C’était beau. Et c’était violent. Et c’était vrai.
Je ne sais pas ce qui s’est passé en moi. J’étais là, assis, comme les autres. Mais quelque chose s’est ouvert. Une porte. Une faille. Une lumière. J’avais les oreilles grandes ouvertes, le cœur qui battait trop vite, et une sensation étrange dans le ventre. Une sorte de vertige. Comme si quelqu’un venait de me réveiller d’un très long sommeil.
Autour de moi, certains rigolaient, d’autres regardaient ailleurs. Moi, j’étais figé. Littéralement. Comme si mon corps avait oublié comment bouger. Je ne comprenais pas tout, mais je sentais que c’était important. Que ce moment allait rester. Que ce son allait me suivre.
Quand la vidéo s’est arrêtée, il y a eu un silence. Pas un silence poli. Un vrai silence. Celui qui arrive quand les mots ne suffisent plus. Et moi, dans ce silence, j’ai compris que je ne pourrais plus jamais écouter de la musique comme avant. Que je ne pourrais plus jamais regarder le monde comme avant.
Je suis rentré chez moi avec ce son dans la tête. Cette guitare qui pleure. Ce cri électrique. J’ai ouvert mon ordi, j’ai cherché, j’ai creusé. Et plus je découvrais, plus je comprenais que quelque chose venait de commencer. Une sorte de voyage. Une sorte de révolte. Une sorte de renaissance.
Je suis rentré chez moi avec un bruit dans la tête. Pas un mal de crâne, pas une chanson qui tourne en boucle, non — un bruit vivant, un grondement, une sorte de vibration qui semblait venir de l’intérieur. Comme si quelque chose avait été réveillé, secoué, allumé. J’avais l’impression que mon cerveau était devenu un ampli, que mes pensées résonnaient avec des distorsions, des cris, des éclats de lumière.
Je n’ai pas parlé en rentrant. J’ai salué, j’ai monté les escaliers, j’ai fermé la porte de ma chambre. J’avais besoin d’être seul. Pas pour fuir, mais pour comprendre. Pour creuser. Pour retrouver ce truc que j’avais ressenti en cours. Ce moment où le monde s’était fissuré, où la musique avait fait exploser le décor.
J’ai allumé mon ordi, j’ai tapé “Jimi Hendrix Woodstock” dans la barre de recherche, et j’ai plongé. La vidéo du cours était là, évidemment, mais il y en avait d’autres. Des lives, des interviews, des documentaires. J’ai cliqué au hasard, comme si je cherchais quelque chose sans savoir quoi. Et j’ai trouvé.
Il y avait cette autre vidéo, Voodoo Child (Slight Return). Là, c’était plus qu’un cri. C’était une incantation. Une sorte de sortilège. Sa guitare ne jouait pas, elle parlait. Elle disait des trucs que je comprenais sans les comprendre. Des trucs qui me traversaient. J’ai fermé les yeux. J’ai laissé faire. Et j’ai senti que quelque chose bougeait en moi. Un truc ancien. Un truc enfoui.
J’ai passé deux heures à explorer. À écouter. À lire. J’ai découvert qu’il était mort à 27 ans. Que c’était un génie. Un marginal. Un météore. Et plus je lisais, plus je me disais : c’est ça. C’est ça que je veux. Pas être une star. Pas être célèbre. Mais être libre. Être vrai. Être vivant.
Puis, en fouillant, je suis tombé sur un autre nom : Bob Dylan. Un type qui chantait comme s’il avait avalé un dictionnaire et qu’il le recrachait en vers. J’ai cliqué sur Blowin’ in the Wind. Et là, c’était plus doux. Plus lent. Mais tout aussi puissant. Il posait des questions. Des vraies. Des dures. Des belles. Et il ne donnait pas de réponses. Juste le vent.
Je me suis mis à noter des trucs dans mon carnet. Des phrases. Des idées. Des bouts de poèmes. Des slogans. Des trucs qui n’avaient pas encore de forme, mais qui vibraient. J’ai écrit :
“Et si on faisait quelque chose ? Et si on réveillait les gens ? Et si on mettait des couleurs là où il n’y a que du gris ?”
Je ne savais pas encore quoi. Ni comment. Mais je savais que je ne pouvais pas rester là, à écouter en silence. Il fallait que ça sorte. Que ça devienne réel. Que ça devienne grand.
Ce soir-là, j’ai dormi avec Hendrix dans les oreilles et Dylan dans le cœur. Et dans mes rêves, il y avait des murs qui s’effondraient, des gens qui dansaient dans les rues, des affiches géantes avec des poèmes, des présidents qui pleuraient en écoutant des guitares.
Je ne sais pas exactement à quel moment c’est arrivé, mais je me souviens très bien de la sensation. Ce n’était pas une pensée claire, pas une décision rationnelle, mais plutôt une sorte de frisson qui a traversé mon corps, comme une onde qui part du ventre et remonte jusqu’au crâne. Une intuition. Une certitude. Le monde ne pouvait pas rester comme ça. Il fallait que quelque chose change. Et si personne ne le faisait, alors peut-être que moi, je pouvais commencer.
J’ai regardé autour de moi, dans ma chambre, comme si les murs pouvaient m’aider à réfléchir. Il y avait mon bureau, mon lit, mes livres, mes carnets, mes posters, tout ce qui me définissait depuis des années.
Mais soudain, tout ça me semblait trop petit, trop sage, trop silencieux. J’avais besoin de plus grand. De plus fort. De plus vrai.
Je me suis remis à écrire. Pas juste des phrases comme avant, pas juste des pensées jetées sur le papier, mais des choses qui ressemblaient à des appels. Des slogans. Des cris. Des poèmes en colère. Des idées qui ne demandaient qu’à sortir, qu’à courir dans les rues, qu’à s’afficher sur les murs. J’ai écrit :
“Le monde est un mensonge bien éclairé. Allumons des feux qui disent la vérité.”
Puis :
“On veut la guerre. On veut des guitares. On veut des fleurs. On veut des rêves.”
Je ne savais pas encore à qui je parlais. Peut-être à moi-même. Peut-être à ceux qui, comme moi, se sentent trop vivants pour rester assis. Peut-être à ceux qui n’ont jamais entendu Hendrix, mais qui en ont besoin. Peut-être à ceux qui ont oublié comment on fait pour ressentir quelque chose.
Le lendemain, j’ai commencé à en parler. Pas à tout le monde, évidemment. Juste à ceux qui, parfois, regardent le ciel un peu trop longtemps. À ceux qui dessinent dans les marges. À ceux qui écoutent des trucs bizarres dans leurs écouteurs. À ceux qui ne rient pas toujours aux blagues faciles. Je leur ai dit que j’avais une idée. Que j’avais envie de faire quelque chose. Que j’avais envie de créer un groupe. Pas un groupe de musique.
Pas un groupe de devoirs. Un vrai groupe. Un cercle. Une bande. Une tribu.
Je leur ai parlé de Hendrix, de Dylan, de la musique qui réveille, des mots qui brûlent, des affiches géantes, des actions poétiques, des rêves qui prennent la rue. Je leur ai dit qu’on pouvait faire ça. Qu’on pouvait commencer petit. Qu’on pouvait coller des phrases sur les murs, distribuer des poèmes dans les casiers, organiser des flashmobs silencieux, planter des fleurs dans les endroits moches. Qu’on pouvait être doux et radicaux. Qu’on pouvait être dangereux sans faire de mal.
Ils m’ont regardé. Certains ont souri. D’autres ont haussé les épaules. Mais quelques-uns ont dit oui. Pas un oui fort. Pas un oui bruyant. Un oui discret, mais solide. Le genre de oui qui veut dire : “Je ne sais pas où ça va, mais je veux y aller.”
Et là, j’ai su que ce n’était plus juste une idée. C’était un début.
Pendant plusieurs jours, j’ai gardé ça pour moi. Ce feu, cette vibration, cette envie de faire quelque chose. J’écrivais dans mon carnet comme un possédé, des phrases qui n’avaient parfois ni queue ni tête, mais qui me semblaient urgentes, vitales, comme si elles devaient sortir de moi avant de me brûler de l’intérieur. Je griffonnais entre deux cours, dans le bus, aux toilettes, le soir sous la couette avec la lampe de poche de mon téléphone. J’écrivais des mots comme on jette des bouteilles à la mer, sans savoir si quelqu’un les lirait un jour, mais avec l’espoir secret que oui.
Et puis, un matin, en regardant les autres dans la cour, j’ai eu une sensation étrange. Comme si je les voyais pour la première fois. Pas juste leurs visages, leurs fringues, leurs gestes automatiques, mais ce qu’il y avait derrière. Les regards fatigués. Les sourires mécaniques. Les écouteurs vissés dans les oreilles comme des bouchons pour ne pas entendre le monde. Et je me suis dit : ils sont comme moi. Peut-être qu’ils ne le savent pas encore. Peut-être qu’ils n’osent pas. Mais ils sont comme moi. Ils attendent quelque chose. Ils espèrent un signe.
Alors j’ai commencé à parler. Pas à tout le monde, évidemment. Juste à ceux qui avaient ce petit truc dans les yeux, ce léger décalage, cette manière de regarder ailleurs quand tout le monde regarde au même endroit. Je leur ai dit que j’avais une idée. Que j’avais envie de créer un groupe. Pas un groupe de musique, pas un club scolaire, pas un délire de récré. Un vrai groupe. Un cercle. Une bande. Une sorte de tribu invisible.
Je leur ai parlé de Hendrix, de Dylan, de la musique qui réveille, des mots qui brûlent, des affiches géantes, des actions poétiques, des rêves qui prennent la rue. Je leur ai dit qu’on pouvait faire ça. Qu’on pouvait commencer petit. Qu’on pouvait coller des phrases sur les murs, distribuer des poèmes dans les casiers, organiser des flashmobs silencieux, planter des fleurs dans les endroits moches. Qu’on pouvait être doux et radicaux. Qu’on pouvait être dangereux sans faire de mal.
Certains ont rigolé. D’autres ont haussé les épaules. Mais quelques-uns ont dit oui. Pas un oui fort. Pas un oui bruyant. Un oui discret, mais solide. Le genre de oui qui veut dire : “Je ne sais pas où ça va, mais je veux y aller.”
On s’est retrouvés un soir, dans un coin du parc, après les cours. Il faisait froid, mais on s’en foutait. On s’est assis en cercle, sur l’herbe humide, et on a parlé. Longtemps. De ce qu’on ressentait. De ce qu’on voulait. De ce qu’on ne voulait plus. On a partagé nos colères, nos rêves, nos idées folles. Et c’était beau. C’était simple. C’était vrai.
On n’avait pas encore de nom. Pas encore de plan. Mais on avait une énergie. Une urgence. Une envie commune de secouer les murs, de repeindre le monde, de faire du bruit autrement. On n’était pas nombreux. Cinq, peut-être six. Mais on s’en foutait. Parce qu’on savait que les grandes choses commencent toujours comme ça. Par une étincelle. Par une poignée de gens qui refusent de se taire.
Je suis rentré ce soir-là avec de la boue sur les chaussures, les doigts gelés, et le cœur en feu. J’ai ouvert mon carnet, j’ai écrit en lettres capitales :
“CECI N’EST PAS UNE IDÉE. C’EST UN DÉBUT.”
Et pour la première fois depuis longtemps, j’ai eu l’impression que ma vie commençait vraiment.
On s’est revus deux jours plus tard, au même endroit, à la même heure, comme si le parc était devenu notre repaire secret, notre base de lancement, notre petit bout de monde à nous. Il faisait encore froid, le ciel était bas, les arbres nus, mais on s’en foutait. On avait des idées plein les poches, des frissons dans les bras, et cette sensation étrange que quelque chose était en train de naître.
On s’est assis en cercle, comme la première fois, sans chef, sans ordre, juste des regards qui se croisent, des sourires timides, des silences qui veulent dire beaucoup. Et puis on a commencé à parler. Pas de nous, pas de nos vies, pas de nos problèmes. On a parlé de ce qu’on voulait faire. De ce qu’on voulait être. De ce qu’on voulait créer.
Il fallait un nom. Pas un nom banal. Pas un nom qui sonne comme un club de collège ou une chaîne YouTube. Un vrai nom. Un nom qui claque. Un nom qui brûle. Un nom qui dit : “On est là, on existe, on va faire du bruit.” On a proposé des trucs. Des mots. Des images. Des mélanges. Des trucs drôles, des trucs sérieux, des trucs bizarres. Et puis, à un moment, quelqu’un a dit :
— Et si on s’appelait Les Éveillés ?
Silence. Puis frisson. Puis sourires. Puis oui.
Les Éveillés. C’était simple. C’était fort. C’était juste. Parce que c’est exactement ce qu’on était. Des gens qui, un jour, ont ouvert les yeux. Qui ont vu que le monde était un décor en carton. Qui ont compris que la musique pouvait être une arme. Que les mots pouvaient être des bombes. Que les rêves pouvaient être des plans d’action.
On a écrit le nom en grand sur une feuille. On l’a entouré. On l’a regardé comme on regarde une flamme. Et puis on a commencé à imaginer notre première action.
Pas un truc gentil. Pas un truc discret. Un vrai truc. Un truc qui fait parler. Un truc qui fait réfléchir. Un truc qui fait peur, mais pas de la mauvaise peur. De la peur qui réveille. De la peur qui secoue.
On a parlé d’affiches. De slogans. De poèmes collés sur les murs. De messages dans les casiers. De flashmobs silencieux. De pétards dans les parcs. De fleurs plantées dans les endroits moches. De musiques diffusées dans les couloirs. De vidéos piratées. De rêves partagés.
Et puis, quelqu’un a dit :
— Et si on commençait par le plus simple ? Une phrase. Une seule. Mais partout.
On a réfléchi. On a cherché. Et on a trouvé.
“Vous êtes vivants. Vous avez juste oublié comment.”
C’était parfait. C’était doux. C’était violent. C’était vrai.
On a décidé qu’on allait la coller partout. Sur les murs. Sur les portes. Sur les bancs. Sur les sacs. Sur les réseaux. Partout. Comme un virus. Comme une chanson. Comme un cri.
On est rentrés chez nous ce soir-là avec des idées plein la tête, des plans plein les carnets, et cette certitude étrange que quelque chose venait de commencer. Quelque chose de grand. Quelque chose de beau. Quelque chose de dangereux.
Je me suis couché tard. J’ai rêvé de murs qui parlent, de gens qui dansent, de présidents qui pleurent en écoutant des guitares. Et au réveil, j’ai écrit dans mon carnet :
“Les éveillés sont nés. Le monde va trembler. “