Liminal Love

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Summary

Université de Yale. Jace Gardner, receveur star des Bulldogs, golden boy adoré de tous, voit sa vie basculer : résultats en chute libre, performances médiocres, attitude parfois limite, rien ne va plus. Son coach lui accorde un ultime sursis. Une seule condition : passer l’été à s’entraîner, étudier, et surtout… consulter une psychologue. Le hic ? Jace déteste parler de lui. Encore plus devant une psy. Naisha Meyra, étudiante brillante en psychologie, est tout l’opposé : discrète, méticuleuse, issue d’une famille indienne très attachée aux traditions. Et la tradition qu’elle fuit plus que tout ? Le mariage arrangé. Pour échapper à un destin déjà écrit, elle élabore un plan audacieux : demander à Jace, son crush inavoué, de jouer le rôle de l’homme de sa vie. Impossible, pense-t-elle, que ses proches s’opposent à son âme sœur. En échange, Naisha aidera Jace à affronter sa psy, à percer les défenses derrière lesquelles il se cache, et à sauver son avenir sportif. Mais leur arrangement bancal déraille vite : entre mensonges, blessures enfouies et attirance grandissante, les masques se fissurent. Leur pacte pourrait bien tout faire exploser… ou les conduire là où ils n’avaient jamais osé rêver. Naisha et Jace, c’est une comédie de faux-semblants, une fuite en avant délicieusement chaotique, et peut-être, une histoire d’amour qui commence là où tout aurait dû s’écrouler.

Status
Complete
Chapters
3
Rating
5.0 1 review
Age Rating
18+

Chapitre 1

Jace

La réunion se termine, toute l’équipe saute sur ses pieds et se dirige vers les vestiaires. La saison universitaire vient officiellement de s’achever en ces derniers jours de juin. En réalité, les équipes pratiquent intensément, sans toutefois d’enjeux cruciaux. Depuis la draft fin avril, l’essentiel de notre activité se répartit entre les entraînements de printemps, le camp d’été, les matchs internes et les matchs amicaux avec les autres universités de l’Ivy League. Rien de crucial en soi, mais nos statistiques restent observées de près. Notre attitude générale. A cause de mes notes qui frôlent la moyenne, j’écope du rattrapage de fin de quatrième année. L’objectif ? Valider mon bachelor cet été. Deux modules doivent même être intégralement repassés avant la rentrée prochaine, au risque d’une élimination pure et simple du campus comme de l’équipe. S’ils l’apprennent, mes parents me lyncheront. Ou me couperont les vivres. Je ne peux pas leur infliger une telle désillusion. Ça me fiche une double pression en permanence, mais j’y suis habitué.

— Gardner, tu restes ! ordonne le coach tout en saluant les gars qui défilent en rang serré devant lui.

Eli Prescott, notre quarterback et capitaine, termine la marche. Il s’entretient quelques minutes avec le coach Malcolm pendant que j’achève de me rhabiller. Mes paumes deviennent moites au fur et à mesure que la salle de briefing se vide. Si le coach tient à me parler, ce n’est pas pour m’encenser. Ni pour mes beaux yeux ni pour mes exploits. Mes résultats sont en berne, aussi bien sur le terrain que sur les bulletins. Une véritable chute libre.

Eli me jette des regards en biais et bien que je n’écoute pas leur conversation par souci de discrétion, je me doute d’en être le sujet principal. J’ai vraiment merdé cette année.

D’une main dans mes cheveux, je dresse les quelques mèches en pétard qui se baladent, encore trempées de sueur, et ajuste mon tee-shirt qui me colle à la peau. Au-dessus du numéro 12, mon nom y trône fièrement pour la dernière fois peut-être. Eli s’éclipse, Malcolm se tourne vers moi.

— Assieds-toi. On doit causer.

Je m’exécute, le ventre noué. Le foot représente beaucoup pour moi. Bien qu’à Yale il soit moins institué qu’ailleurs, les résultats scolaires comptant davantage, il m’a permis d’acquérir une certaine popularité dont je ne peux plus me passer.

Le coach attrape une chaise et s’installe à califourchon face à moi. Nos regards s’arriment. Dans ses yeux, je lis la déception et la préoccupation. Le sermon s’annonce épicé.

— Bon. Qu’est-ce qui t’arrive ?

Il tient toujours son bloc avec les dernières tactiques travaillées à l’entraînement. Tout en parlant, il soulève la pile de feuilles et en extirpe une qu’il accroche en première position.

— Dix-sept retards à l’entraînement, rien que ça.

Je grimace. Plusieurs fois, j’ai manqué l’appel et pris le train en route, masquant mon haleine alcoolisée sous des tonnes de chewing gum à la menthe.

Merci Ash et sa réserve inépuisable.

— Ce n’est pas tout. Ton dernier match contre Harvard a été catastrophique. Seulement trois réceptions, vingt-neuf yards parcourus, un YAC qui dégringole, pas de vraies longues, aucun touchdown occasionné.

Merde. L’énumération fait mal. Chaque chiffre s’enfonce dans mon crâne avec une lenteur sadique. Je blêmis.

Ça y est, il va me virer. C’est fini pour moi.

— Je te repose la question et j’attends une réponse. Qu’est-ce qui t’arrive ?

— Euh… bredouillé-je. Je vais me ressaisir, coach.

Une promesse de plus en plus ardue à tenir. J’ai toujours ce nœud, cette boule inextricable de fureur pure qui bouillonne à l’intérieur. Si seulement je savais pourquoi.

Je tente de me refaire le film en pensée, à vitesse accélérée. Il y a eu la mort de Greyson en troisième année, c’est vrai, puis l’arrivée de Quinn à la coloc. A moins que ce soit son histoire avec Dayna. Cette fille s’est révélée extrêmement toxique, au point de manipuler Quinn et de le frapper. Je me rappelle quand j’ai vu son corps criblé d’hématomes. Totalement inefficace, j’ai laissé Ryder et Ash gérer la situation et me suis concentré sur la seule coloc fille, Raven. Elle était en larmes, amoureuse depuis des mois de notre Quinn bourru et fragile. J’étais tellement démuni que je peinais à le masquer pour ne pas l’affoler davantage.

Ils s’aiment maintenant, tout est rentré dans l’ordre.

Tout, sauf moi. Parce que, lorsque Quinn gisait inconscient sur le carrelage de la salle de bains, j’ai eu un flash.

Une vision étrange. Fugitive.

Et j’ai ressenti comme un coup de poing en plein estomac.

Les yeux noirs du coach me scrutent, je ravale ma salive et essuie mes paumes sur mes cuisses pour la troisième fois en trois minutes. Des statistiques révélatrices de mon état mental. Putain, je suis en train de tout gâcher.

— Tu es conscient que je ne vais pas pouvoir me contenter de ça ?

Je hoche la tête, penaud et désemparé. Qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez moi ?

— Ta contre-performance t’a privé d’une rare occasion de te faire remarquer lors de la Draft ou par un recruteur. Sans parler de l’impact direct sur ton capitaine, Prescott. Si tu foires, ce sont aussi ses statistiques qui s’effondrent. Vous êtes une équipe, nom de Dieu ! Or, en tant que seniors, vous étiez les deux seuls joueurs à pouvoir espérer intégrer la ligue pro. A présent, tout se jouera l’année prochaine. Ce sera votre dernière chance à tous les deux. Yale n’a jamais été grosse pourvoyeuse pour la NFL, est-ce que je dois le rappeler ?

Je me racle la gorge afin d’affermir ma voix. Tout tremble à l’intérieur.

— Non, coach.

Il a raison. Comme membre de l’Ivy League, Yale met l’accent sur nos têtes plutôt que nos réussites athlétiques. L’académique prime. Pas de bourse sportive, un nombre très rare d’élus par an peuvent passer pro. Une place maximum. Ce devait être Eli ou moi. Et visiblement, ce n’est ni l’un ni l’autre.

Eli doit me détester.

Je me déteste.

— Je vais être honnête avec toi. Entre tes résultats scolaires et tes dernières statistiques, je devrais te sortir de l’équipe.

Je relève le menton vers lui. Yeux dans les yeux, nous restons un instant silencieux, le temps pour le mot d’enfler le malaise dans ma poitrine.

— Devrais ? osé-je, la voix vibrante d’espoir.

— Tu es brillant, Jace. A condition que tu ne te relâches pas. Quoi qu’il te soit arrivé, je mise sur le fait que c’est un accident de parcours. Tes capacités, je les connais. Donc j’ai un plan. Mais ce sera ta dernière chance.

Je me redresse, prêt à m’emparer de n’importe quelle corvée, du moment que je reste dans l’équipe. Les Bulldogs sont toute ma vie. Mon unique fierté. Si je les perds, je…

Je contiens de justesse la nouvelle vague qui voulait me submerger. Imprévisible et dévastatrice.

— Tout ce que vous voudrez, coach !

— Bien. Alors voilà ce que je te propose.

Les coudes sur les cuisses, je me penche en avant, focalisé sur celui qui croit en moi dur comme fer depuis mon entrée à Yale. Depuis le lycée, même, puisqu’il est venu jusqu’au Texas pour me repérer et me sélectionner. C’est grâce à lui si j’ai intégré Yale, le rêve de mon père. Il me voulait dans une des trois plus prestigieuses universités et j’ai réussi. Un esprit sain dans un corps sain, dit-il toujours.

— Pas de vacances pour toi. Tu restes ici et tu bosses tes cours. Première condition.

J’acquiesce. Ce n’est pas comme si j’avais le choix.

— Ensuite, tu t’entraînes chaque jour. Tu bosses ta condition physique pour retrouver ta forme. Prescott reste aussi, vous vous entraînerez ensemble. Y compris pour les passes et la stratégie.

— C’est d’accord, coach.

— Dernière chose.

J’arque un sourcil interrogateur.

— Je veux que tu consultes dès cette semaine une de nos psychologues dédiées. Je te recommande le Dr Dolores Vance.

Son index vient pointer mon front. Mon coeur fait une embardée. Passe incomplète, semble-t-il.

— Il y a un truc à régler ici. Elle t’aidera.

De nouveau, un poids contracte et écrase mon abdomen.

Je bondis sur mes pieds.

— Pas besoin, coach.

— Tu n’es pas autorisé à refuser, numéro 12. C’est ça ou la porte. C’est clair ?

J’expire un souffle hachuré, en proie à cette terreur qui revient me hanter. C’est plus fort que moi : je hais les psys.

Profondément.

Viscéralement.

— C’est clair.

— Alors, tu peux filer. Rendez-vous demain six heures sur le terrain. Je vous donnerai les consignes pour l’été à toi et Prescott.

De sa démarche claudiquante, il part comme un courant d’air tandis que je demeure sur mon banc, abasourdi et déboussolé, une nausée au bord des lèvres. Je repasse la conversation en boucle jusqu’à la mention de la psy obligatoire. Là, un spasme soudain me plie en deux, les mains sur le ventre. Des images me reviennent. Un bureau gris, une femme assise qui m’assaille de questions et d’une douceur qui sonne faux. Ses lèvres inexistantes, comme un segment qui s’étire ou se rétracte. Qui barre et annule chacun de ses foutus jolis mots.

Putain.

Ça recommence.