Quand le monde s’est brisé
Elle n’eut même pas le temps de crier.
Une main solide l’attrapa par le poignet.
— Yuna ! Cours !
C’était Minjae. Essoufflé, les cheveux en bataille, mais vivant. Toujours vivant. Il la tira sans hésiter dans une ruelle, puis dans une autre, jusqu’à ce qu’ils atteignent un vieux parking souterrain que leur groupe d’amis utilisait souvent comme lieu de rendez-vous improvisé.
— Tu es blessée ? demanda-t-il en posant ses mains sur ses épaules.
— N-non… Minjae… qu’est-ce que c’est que ça…?
— Des infectés. On n’a plus le temps. Je t’emmène dans un endroit sûr. Les autres nous y attendent.
Elle sentit ses jambes trembler, mais Minjae resta près d’elle, si près qu’elle pouvait entendre son cœur battre aussi vite que le sien. Dans ses yeux, Yuna lut à la fois la peur… et la détermination. Cette même détermination qui l’avait toujours rassurée, qui avait toujours fait naître en elle quelque chose qu’elle n’avait jamais osé avouer.
Ils sortirent par l’arrière du parking et traversèrent une ville qui s’effondrait autour d’eux : voitures abandonnées, vitres brisées, silhouettes titubantes dans l’obscurité. La main de Minjae ne lâcha jamais la sienne.
Et lorsque, après une longue fuite, ils arrivèrent enfin devant le lourd portail métallique d’une base de secours improvisée, Yuna comprit une chose :
ce monde changeait, se brisait… mais tant que Minjae serait là pour la tenir ainsi, elle trouverait la force de survivre.
Ce n’était que le début.
Leur amitié, leur amour secret, leur groupe dispersé quelque part dans la ville…
À l’intérieur, la base improvisée était faiblement éclairée. Des lampes de fortune pendaient des murs, alimentées par un générateur qui grésillait quelque part au fond du bâtiment. L’air sentait la poussière, le métal… et la peur. Yuna remarqua immédiatement que les lieux avaient été aménagés à la hâte : des matelas au sol, des tables en plastique, quelques caisses de provisions empilées les unes sur les autres.
Minjae relâcha enfin sa main, et Yuna sentit le froid l’envahir aussitôt.
— Reste près de moi, murmura-t-il.
Ils avancèrent dans un couloir étroit, et soudain, une silhouette familière surgit d’une pièce.
— Yuna ! cria Sora avant de la serrer dans ses bras.
Sa voix tremblait autant que son étreinte.
— On pensait que tu étais… on pensait que tu n’arriverais jamais.
Yuna essaya de répondre, mais seuls quelques mots sans force quittèrent ses lèvres. Elle réalisa que ses mains tremblaient encore. Sora s’écarta doucement, puis fit signe aux autres d’approcher. Un à un, les visages familiers émergèrent de l’ombre : Haneul, Jisoo, Taeyang, Woojin… Tous épuisés, les yeux rouges d’angoisse.
— On attendait Minjae, dit Woojin. On savait qu’il irait te chercher.
Elle tourna la tête vers Minjae. Lui ne disait rien, mais son regard parlait pour lui.
Il aurait traversé la ville entière pour la retrouver — et il l’avait fait.
Un bruit sourd retentit au dehors, comme quelque chose qui frappait contre les murs métalliques. Yuna sursauta. Taeyang prit la parole d’une voix grave :
— Ils ont déjà tenté d’entrer deux fois. On a renforcé le portail, mais on ne sait pas combien de temps ça tiendra.
Un silence pesant s’installa. Le genre de silence qu’on ne rencontre que lorsque tout le monde pense la même chose… mais que personne n’ose le dire.
Le monde qu’ils connaissaient avait disparu.
Minjae posa une couverture sur les épaules de Yuna.
— Repose-toi un peu. Tu es en sécurité… pour l’instant.
Elle aurait voulu le croire. Elle aurait voulu se laisser tomber contre lui, fermer les yeux et oublier le vacarme du monde extérieur. Mais lorsqu’elle observa ses amis, fatigués, blessés, terrifiés, une évidence la frappa :
ils étaient ensemble, mais perdus.
Vivants, mais traqués.
Alors elle inspira profondément, repoussa la panique qui menaçait de l’envahir, et prit la main de Minjae — cette fois volontairement.
— On va survivre… tous.
Sa voix était douce mais ferme.
— On se laissera pas tomber.
Minjae la fixa longuement, comme surpris. Puis il sourit, un sourire fragile mais réel.
— Promis.
Et dehors, derrière le portail, quelque chose grattait encore, insistant, affamé.
Le monde s’était brisé.
Mais leur histoire… elle ne faisait que commencer.