Prologue
PROLOGUE
5 ans plus tôt
Evyna
J’aimais la sensation de son souffle chaud contre ma peau alors qu’il éparpillait de nombreux baisers au creux de ma clavicule en remontant le long de ma mâchoire. Un gloussement m’échappa alors que son nez frôlait une zone sensible de mon cou.
— Chut, on va se faire repérer si tu continues…
Je ne pouvais m’empêcher de laisser échapper quelques soupirs et gémissements sous les tendres assauts d’Alrick, dont la barbe naissante me chatouillait lorsque sa bouche me parcourait.
— J’essaye mais je n’y peux rien si je suis chatouilleuse, chuchotai-je avant de poser mes lèvres sur les siennes et de passer mes bras autour de ses épaules devenues plus massives au fil des années grâce à ses entraînements quotidiens.
Alrick et moi nous connaissions depuis toujours. Notre relation grandissait en même temps que nous, animée par une complicité des plus fortes, sous le regard doux et bienveillant des membres du Coven. Cependant, notre parcours initiatique n’en était pas encore aux rapprochements physiques. Enfin, selon Henry, notre précepteur, qui, de toute évidence, n’était pas parvenu à nous dissuader de braver ces interdictions. S’il savait ce que nous étions en train de faire à l’instant, nul doute qu’il nous sermonnerait sur notre incapacité à suivre le digne chemin dicté par nos ancêtres.
Mais c’était plus fort que moi. Que lui. Que nous.
Il fallait que je le sente contre moi. J’en avais besoin.
Bien qu’ayant conscience d’aller un peu plus loin qu’il ne l’aurait fallu, nous étions, lui comme moi, respectueux de nos traditions et nous nous étions promis de patienter jusqu’à notre mariage pour explorer encore davantage nos corps. Mais un petit avant-goût n’avait jamais tué personne, si ?
— Evyna ?
Une voix féminine, à la fois ancrée et sage, se fit entendre dans la cour ancestrale.
— J’arrive, Mila ! répondis-je bien fort tout en repoussant Alrick dans les ombrages du jardin, lui intimant d’un coup d’œil de se faire discret.
— Par nos ancêtres, tu es en retard, jeune fille. Ton apprentissage et ton intuition ne risquent pas de se développer si tu ne réponds pas à tes obligations d’étude de la divination. On ne fait pas attendre les cartes et les ancêtres, c’est très malpoli.
Grand-mère était toujours si terre à terre, pleine de savoirs à transmettre. J’espérais arriver un jour à autant de clairvoyance qu’elle et pour cela, elle avait raison : je devais me concentrer davantage sur mes études.
Ses longs cheveux blancs enfermaient, selon elle, toute sa magie et concentrait son pouvoir divinatoire. Elle prenait soin chaque jour de les nouer à l’aide de sa broche lunaire, un accessoire aussi magnifique que puissant.
Je la rejoignis en petites foulées avant de l’accompagner vers son sanctuaire, non sans jeter un dernier coup d’œil en arrière, un mince sourire aux lèvres, prête pour une nouvelle journée sous le signe de la prospérité.
Demus
Je ne connaissais rien de mieux que cette sensation de soif étanchée et la détente que cela procurait à mon corps. Je me délectais de chaque gorgée, chaque goutte du plus précieux des nectars, sachant nos réserves drastiquement diminuées et les approvisionnements de plus en plus rares. J’avais beau négocier, me plier à toutes les exigences de ces maudits humains, les rations restaient maigres, juste de quoi nous permettre de rester éveillés.
Alors que je m’apprêtais à jeter le sachet d’hémoglobine définitivement vide, des pas rapides claquèrent sur le marbre deux ou trois couloirs plus loin, se rapprochant de ma position. Une minute à peine s’était écoulée avant qu’Artus ne pousse les lourdes portes de la Grande Salle, un éclat ardent dans le regard que je n’avais plus vu se refléter dans ses pupilles depuis des décennies.
— Et bien, qu’y a-t-il de si important pour te mettre autant en joie ?
Il s’inclina devant moi comme l’exigeait notre code et indiqua d’une voix plus haut perchée que je ne l’en pensais capable :
— Maître, nous venons de faire, il me semble oui, une découverte fascinante.
C’est alors qu’il me tendit un vieux grimoire, sans doute issu des rares reliques du Coven Klane transmises par ce cher Parks avant sa mort.
Le journal était très épais et les écritures presque effacées avec le temps, rendant difficile leur compréhension. D’autant plus que le langage utilisé était volontairement ancien et inconnu de nos membres, même les plus âgés d’entre nous. Ainsi, il nous avait fallu du temps pour parvenir à décoder son contenu qui, à en croire la réaction d’Artus, semblait prometteur.
J’ouvris alors le livre à la page marquée par un document rempli de mots clés et de traductions menant à une phrase soulignée, volontairement mise en évidence.
Une fois la surprise et le scepticisme passés, je sentis mes lèvres s’étirer en un rictus authentique, loin de ceux qui peignaient habituellement mon visage comme un masque distingué. Non, un véritable sourire, accompagné d’une excitation pure m’envahissant à l’idée d’un monde nouveau.
Notre ère était enfin sur le point d’arriver.
Nous allions revenir plus forts que jamais.
Gloire aux Vampyrs.