EXNILOM

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Summary

Dans un monde apocalyptique où le passé s'est effacé, Zekke ne vit que pour protéger son jeune frère Diogène. En quête de puissance, il découvre le Lupeli, une drogue capable d'éveiller un sens surhumain. Mais survivre a un prix. Entre la secte Jeunesang et ses traumatismes, Zekke croise la route de Néa, une jeune femme sans nom ni mémoire. Ensemble ils devront tracer leur voie et trouver pourquoi exister.

Status
Ongoing
Chapters
30
Rating
5.0 3 reviews
Age Rating
16+

CHAPITRE 1 - POURQUOI CRÉER ?

Dans une pièce sombre, un jeune homme, aux cheveux blonds courts mal coiffés, aux pupilles vertes et aux vêtements usés, s’injecte un liquide noirâtre à l’aide d’une seringue. Le souffle haletant, ses poils se hérissent, il caresse son bras, puis les objets autour de lui. Il ferme les yeux, ses doigts tremblent sur la surface du mur. La porte grince. Un enfant entre dans la pièce, frêle, de petite taille, ses longs cheveux blonds retombant sur ses yeux bleus.

— Zekke ! Je te cherchais partout, tu fais quoi tout seul ? dit l’enfant, essoufflé.

Zekke cache la seringue en panique et se rapproche de l’enfant.

— Rien Diogène, j’avais besoin d’être seul. Tu voulais me voir ?

— Oui, le chef du village te cherche.

Zekke serre son poing.

— Merde, murmure-t-il.

Zekke et Diogène avancent à travers une série de pièces exiguës, creusées dans la pierre, aux murs irréguliers. La lumière du soleil est remplacée par des bougies. Au bout du dédale, ils atteignent un vaste hall où sont rassemblés de nombreux vieillards et quelques adultes vêtus d’habits usés. Tous les regards convergent vers Zekke. Dans le centre du hall, un passage relie le souterrain à l’extérieur. Des personnes armées de lances et d’arcs y montent à l’aide d’une corde. Diogène les regarde en esquissant un sourire d’admiration.

— Les frères ! s’exclame un vieil homme, à la barbe imposante et au crâne chauve.

Le vieil homme entre dans une pièce attenante. Zekke et Diogène le suivent sans un mot.

— Merci de l’avoir ramené Diogène, tu peux sortir, j’ai besoin de parler avec ton grand frère seul à seul.

Diogène regarde Zekke avec incompréhension. Zekke se met à genoux et l’embrasse sur le front.

— Ne t’inquiète pas, il n’y a rien de grave, je te rejoins après avoir discuté avec le chef du village.

Diogène sort de la pièce. Le chef du village ouvre un tiroir de son bureau, où quelques seringues sont conservées.

— Pourquoi tu me fais ça, Zekke ? Cette drogue... cette substance... elle est bien trop dangereuse. On ne la connaît pas assez.

— Justement ! Il faut l’étudier, apprendre à la maîtriser, si on veut sortir de ce trou à rats.

Le chef du village lève les yeux au ciel et se gratte le crâne.

— Tu devrais le savoir. Ce sont les règles qui nous permettent de survivre.

Il referme brusquement le tiroir.

— La liberté que tu poursuis est inatteignable, ajoute-t-il d’un ton sec.

— Ceux qui nous ont donné ces drogues savaient se battre, eux. Et ils n’étaient pas soumis aux Jeunesang...

Zekke contemple ses mains.

— Le toucher... mais pourquoi lui, parmi les douze sens ? marmonne-t-il.

Le chef du village ne répond pas. Zekke baisse les yeux et quitte la pièce.

— Zekke ! Reviens ! Ze—

La porte claque. Le chef du village expire profondément en levant les yeux.

— Ce que tu cherches se trouve déjà ici...

Le regard vide, Zekke traverse le hall.

— Zekke, tu es prêt pour l’entraînement de cet après-midi ? Même si t’as gagné la dernière fois, c’était un coup de chance, ne l’oublie pas, lance un homme en riant vigoureusement.

Zekke le regarde un bref instant.

— Pas aujourd’hui, Gabriel, dit-il à voix basse.

Zekke retourne dans la pièce où il avait caché la seringue. Il s’assoit et regarde dans le vide, se remémorant un moment de son passé.

***

À quinze ans, il avait enlacé Diogène de toutes ses forces. Tous deux pleuraient face à un décor en feu où deux cadavres carbonisés s’enlaçaient.

— Je te protégerai, je te le promets, avait dit Zekke.

***

Zekke cligne des yeux, submergé par le souvenir, et des larmes coulent. Après un court silence, il casse la seringue et saccage toute la pièce. Il s’effondre au sol. Son regard se dirige vers une petite statuette en bois à côté de lui. C’est une femme, tendant ses mains devant elle, les paumes vers le ciel. Il l’observe avec attention et la caresse dans tous ses recoins. Diogène rentre dans la pièce.

— Pourquoi tu as tout cassé ? demande-t-il.

— Viens, dit Zekke en tapant le sol à côté de lui.

Diogène s’assoit à côté de Zekke, qui le regarde avec beaucoup de tendresse.

— J’ai éveillé le sens du toucher... Je t’ai toujours dit que je deviendrais le plus fort, que j’obtiendrais un des sens les plus puissants. Mais j’ai trop rêvé... Tout ce que je peux faire, c’est ressentir plus précisément la matière que je touche.Il baisse les yeux.

— C’est inutile pour le combat...

Diogène empoigne la main de Zekke. Son visage se contracte, ses yeux s’humidifient.

Cette sensation... Les reliefs minuscules de sa peau, la souplesse de sa chair.

— Mais pourquoi t’es triste ? demande Diogène.

Ça n’a rien à voir avec les matières mortes, c’est—

— Zekke... Zekke !

Zekke tressaille.

— Excuse-moi, j’étais perdu dans mes pensées...

Diogène fronce des sourcils, penche la tête et serre la main de Zekke.

— Pourquoi tu trembles ?

Zekke fixe Diogène sans dire un mot.

— Car j’ai peur... j’ai peur de ne pas être assez fort pour te protéger.

— Moi, ce que je veux’“”, c’est que tu restes avec moi. Tu vas rester avec moi, hein ? Promis ?

Diogène se réfugie dans les bras de Zekke. Une larme coule sur la joue de Zekke et tombe sur la statuette. Ils s’endorment quelques minutes plus tard. Dans le néant, la statuette prend vie et regarde Zekke.

— Merci de nous avoir créés, dit-elle d’une douce voix féminine.

Zekke se réveille en sursaut. La statuette est toujours dans sa main et Diogène dort sur son épaule.

Créer ? Mais pourquoi... si ce n’est que pour fuir la douleur...