Entre Deux tome 2 - Le Voile

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Summary

Après la chute de Nolwenn, Ava tente de reconstruire son héritage et d'apprendre à manier un pouvoir devenu instable. Mais les clans s'inquiètent : des créatures surgissent des failles, la magie gronde, et Ava porte en elle une force que nul ne comprend. Guidée par Elias, mage aussi brillant que dangereux, Ava entame une quête pour maîtriser le Voile et affronter les fantômes que Nolwenn a laissés dans son esprit. Entre amour, désir, trahison et révélations, elle découvre que son destin est lié à ceux de quatre hommes et au fragile équilibre des mondes.

Status
Ongoing
Chapters
28
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapter 1- Les murs qui respirent encore

AVA

Le manoir Fitzgérald respire à nouveau.

Un peu comme une entité qui s'éveille lentement après un long sommeil. Chaque pierre suinte de souvenirs, chaque fenêtre laisse entrer un vent chargé de murmures. Le lieu porte encore la marque du sang et de la magie. Le sang de mon père. La magie de mon héritage.

Les semaines puis les mois ont passé. Duncan, Max et Kalden ont rejoint leur territoire pour fortifier nos alliances. Ils me manquent tant. Malgré la distance, je sens toujours leur présence en moi, même si celle-ci évolue avec l'éloignement.

Comme chaque jour depuis mon arrivée, je me tiens sur le perron, les yeux fixés sur les collines brumeuses. Les corbeaux volent au-dessus des ruines de la vieille écurie, et un rayon de lumière perce à travers les nuages. La paix devrait m'apaiser.

Mais rien ne s'apaise vraiment depuis mon retour ici.

— Tu rêves debout, souffle une voix derrière moi.

Je me retourne.

Elias Draven. Mage des Encrés.

Il est appuyé contre le chambranle de la porte, les bras croisés, un sourire à demi ironique accroché à ses lèvres. Le soleil accroche les reflets argentés de ses cheveux sombres et accentue la lueur glaciale de ses yeux bleus. Il dégage cette aura d'assurance tranquille, presque insolente, que j'ai appris à reconnaître chez les mages. Le genre d'homme qu'on n'écoute pas sans se méfier.

— Je ne rêve pas. J'essaie de comprendre pourquoi ces murs me paraissent respirer, dis-je en fixant la façade.

— Parce qu'ils se souviennent, répond-il simplement.

Il me rejoint, son manteau frôlant la pierre encore tiède.

— Les lieux de pouvoir ne meurent jamais tout à fait. Ils se contentent d'attendre un nouveau gardien.

Je croise les bras.

— Et selon toi, ce gardien, c'est moi ?

— Non. Ce sont les pierres qui le murmurent. Moi je ne relate qu'un fait. Nuance.

Il dit ça comme une évidence. Comme si ma présence ici relevait d'une prophétie qu'il aurait lue depuis toujours.

Il y a dans sa voix cette assurance calme qui m'exaspère autant qu'elle m'attire. Je sens la magie autour de lui. Dense. Mesurée. Comme un orage qu'on garde sous clé.

Je préfère détourner la conversation.

— Tu as connu ce domaine, avant ?

— Il y a très longtemps. J'étais très jeune. Quand ta mère y tenait encore conseil avec les anciens. Avant ta naissance. C'était un havre de lumière, jadis.

Il s'interrompt, observant la façade fissurée.

— Puis il y a eu la chute des Fitzgérald... et Nolwenn.

Le nom me glace.

Je serre les poings sans m'en rendre compte.

— Ma mère m'a dit que tu la connaissais.

— C'est peu dire. Je l'ai formée, à ma façon, avec l'inexpérience de ma jeunesse. Pas autant que ta mère, mais assez pour voir en elle... la faille.

Il marque une pause, son regard se durcissant.

— Elle voulait unir les mondes, mais elle a choisi la domination. Elle voulait maîtriser le Voile au lieu de l'écouter.

Je hoche lentement la tête.

— Et moi ? Tu penses que je ferai la même erreur ?

Un sourire traverse brièvement son visage.

— Tu es trop têtue pour obéir aux ténèbres. Mais tu pourrais te perdre à vouloir les comprendre.

Je retiens un rire nerveux.

— C'est ta façon de dire que je te fais peur ?

— Non. C'est ma façon de dire que tu m'intrigues.

Elias Draven n'est pas un homme facile à cerner.

Il est ombrageux, souvent sarcastique, et toujours un peu trop sûr de lui.

Ses silences sont plus éloquents que ses mots, et son regard...

Dieu, son regard. Il semble sonder tout ce que j'essaie de cacher. Mes doutes, mes colères, mes désirs aussi.

Je le croise presque chaque jour depuis mon arrivée. Toujours au détour d'un couloir, dans la bibliothèque, ou dans la salle où ma mère conserve les grimoires des Fitzgérald. Il rôde plus qu'il ne réside.

Et quand il parle, il le fait comme un homme qui n'a plus peur de brûler.

— Tu lis toujours à haute voix ? me lance-t-il un matin, adossé à une colonne, alors que je déchiffre un ancien manuscrit.

— Seulement quand j'ai un public.

— Dans ce cas, je t'écoute.

Je lève les yeux au ciel, feignant l'indifférence, mais mon cœur s'accélère.

Il s'avance, sans bruit. Son ombre glisse sur le parchemin, brouillant les lignes de texte.

— Ce livre parle de l'union des forces opposées, dit-il calmement.

— Je sais lire.

— J'en doute. Les mages n'écrivaient jamais au premier degré. Ici, il ne s'agit pas de simple magie, mais d'un équilibre entre les êtres. Entre les corps.

Je sens la chaleur me monter aux joues.

— Tu fais exprès de dire ça comme si tu parlais d'autre chose.

— Parce que je parle d'autre chose.

Je referme brutalement le grimoire, bien décidée à couper court à ce jeu.

— Tu n'es pas ici pour me séduire, Elias. Ma mère t'a demandé de m'enseigner le contrôle de mes pouvoirs.

— Le contrôle ? répète-t-il, ironique.

Il penche la tête, un sourire effleurant ses lèvres.

— Tu n'apprendras rien tant que tu chercheras à te contrôler. La magie, Ava, n'est pas faite pour être contenue. Elle doit être vécue, ressentie, jusqu'à l'épuisement.

Je croise les bras.

— Et c'est censé venir de l'homme qui a flirté avec le Cercle Noir pendant dix ans ?

— Flirté ? Voilà un mot charmant pour parler d'une damnation.

Son ton se fait grave, presque doux. Pour la première fois, il ne sourit plus. Il marche lentement vers la fenêtre, lève une main et trace une rune invisible dans l'air. Une lueur bleue s'allume, tremblante, puis s'éteint aussitôt.

— J'ai voulu comprendre leurs méthodes, avoue-t-il. Pas pour le pouvoir, mais pour savoir jusqu'où l'ombre pouvait s'étendre sans tout engloutir.

Il se tourne vers moi, et son regard me cloue sur place.

— J'ai trouvé la réponse, Ava. L'ombre n'a pas de limite. Elle prend tout, sauf si quelqu'un l'arrête.

— Et tu t'es arrêté à temps ?

Un silence.

Puis ce sourire, en coin, celui qu'il sort quand il veut esquiver la vérité.

— Disons que je l'ai payée assez cher pour m'en souvenir.

Il s'approche. Trop près. Son souffle effleure ma joue.

— Et toi ? Jusqu'où iras-tu pour comprendre ton propre pouvoir ?

Je devrais reculer.

Mais je ne le fais pas.

Il m'intimide et me fascine à la fois.

Son énergie est différente de celle des métamorphes. Plus contenue, plus subtile, mais tout aussi sauvage, à sa manière.

Là où Duncan brûle, Elias hypnotise.

Là où Maxence apaise, il provoque.

Et Kalden... Kalden observe, mais lui, il défie.

— Si tu continues à me regarder comme ça, souffle-t-il, je vais finir par croire que tu essaies de me lire.

— Et si c'était le cas ?

— Alors j'espère que tu es prête à ce que je te lise en retour.

Son doigt se pose sur ma tempe, juste une seconde.

Un frisson me traverse.

Une image jaillit dans ma tête : une mer noire, des runes lumineuses qui dansent sur l'eau, une silhouette masculine penchée vers moi.

Je recule, haletante.

— Qu'est-ce que tu m'as fait ?

— Rien. Tu as simplement laissé ton esprit s'ouvrir.

Je le giflerais presque.

Mais au lieu de ça, je murmure :

— Ne refais jamais ça.

— Alors ne me laisse plus d'ouverture.

Je sais qu'il jouait.

Qu'il veut me pousser à bout, tester mes limites, comprendre jusqu'où je peux aller avant de céder.

Mais il ignore que ce jeu, je le maîtrise à moitié seulement.

Parce qu'à chaque fois que nos regards se croisent, ma magie s'agite.

Et je ne sais plus si c'est lui qui me trouble ou la part d'ombre qu'il réveille en moi.

Je frissonne à ce souvenir et le vois reculer d'un pas, me laissant dans la lumière.

Je le regarde s'éloigner, long manteau battant dans le vent.

Un parfum d'encens et d'orage flotte dans son sillage.

Je déteste admettre à quel point il me trouble.

Il ne ressemble en rien à Duncan, à Maxence ou à Kalden.

Elias n'a rien de bestial. Sa puissance est d'une autre nature. Froide, méthodique, presque intellectuelle.

Et pourtant, il y a dans ses yeux une intensité qui me brûle.

Je redescends les marches, traverse la cour jusqu'au jardin du manoir. Des hommes du clan ours travaillent à réparer la clôture, pendant que des panthères transportent des pierres.

Maintenant, une étrange harmonie s'est installée ici.

Mais elle tient à un fil.

Je le sens.

La magie vibre sous mes pieds, comme si le manoir lui-même respirait à travers moi.

Chaque fois que je laisse mon esprit s'ouvrir, j'entends des voix, des échos du passé : mon père, sa dernière prière.

Le souvenir de cette nuit où il s'est sacrifié pour me sauver.

Je secoue la tête pour chasser les images.

Un souffle glacé passe sur ma nuque.

Et soudain, un éclat.

Une onde magique parcourt la terre. Le ciel se teinte d'un bleu étrange.

Les travailleurs lèvent la tête. Un grondement lointain résonne.

Je me tourne vers Elias, qui est déjà revenu sur le perron, les yeux levés vers le ciel.

— Ce n'est pas possible...

— Quoi ?

Il s'avance, les traits fermés.

— Les failles ne devraient pas se rouvrir. Pas maintenant.

Mon cœur s'emballe.

— Tu veux dire... les portails ?

Il hoche la tête, grave.

— Quelque chose vient de bouger dans le Voile.

Je sens ma magie vibrer en réponse, comme si l'air autour de moi s'était densifié.

Les runes gravées sur les pierres du manoir se mettent à luire faiblement, une à une.

Elias me fixe, et je lis dans son regard plus qu'une inquiétude.

Une certitude.

— C'est toi, murmure-t-il.

— Quoi, moi ?

— C'est toi que le Voile appelle.

La terre tremble légèrement.

Et au loin, dans la forêt, un hurlement retentit.

Ni humain.

Ni animal.

Quelque chose entre les deux.

Je frissonne.

Et pour la première fois depuis des semaines, une peur sourde me traverse :

Et si la paix n'avait été qu'une illusion ?

À SUIVRE...Hello, hello !!! En route pour le livre 2 !! Ava va devoir apprendre à contrôler ses pouvoirs, mais également sa louve qui, tapit dans l'ombre, attend le bon moment pour ressurgir !

À très vite pour le chapitre 2 !😘