La négociation
Qui aurait cru que l’homme qui m’a créée m’aurait convoquée à la cour royale pour quelque chose d’important ? Cela fait 16 ans qu’il n’est pas venu me parler ou me voir. D’après lui je suis une erreur car je ne suis pas comme il l’aurait voulu. Pardon, mais on ne peut pas plaire à tout le monde… connard !
Je marche dans les énormes couloirs du palais. Le tapis rouge et les murs noirs rendent l’immersion plutôt originale. Mes talons claquent sur le sol, mon corset doré me sert, j’ai l’impression d’étouffer. J’essuie doucement mes mains moites puis Je frappe à l’ énorme porte rouge. Une voix grave me dit d’entrer. Je rentre à l’intérieur. Plein de monde se trouve dans la salle : plusieurs nobles et sûrement les autres familles. Je marche doucement, la tête haute, et je fais une révérence à mon père.
— Bonjour père. Quel est l’honneur pour cette charmante convocation ?
Il me regarde avec des yeux glacials. Il se racle la gorge puis commence à parler.
— Tu as maintenant 16 ans, et tu sais autant que moi qu’il est l’heure que tu ailles à l’école royale des Sang-Purs. De plus, à la fin de ces deux ans, j’ai pris la peine de te choisir un mari, et l’heureux élu est Valdrik Nareth.
Je me fige sur place. Comment ose-t-il choisir Valdrik Nareth ? Je le connais pas très bien mais c’est l’un des plus puissant de sa famille, de ce que j’ai entendu il a même tuer des centaines de vampiresse car d’après lui elle était ennuyeuse. Pas question que je le laisse régner sur le royaume. Je déteste le règlement selon lequel les femmes sont juste là pour être des objets de prestige, de plaisir ou de reproduction. C’est simplement dégoûtant.
— Je m’oppose au mariage, père. Je veux régner sur ces terres. Je veux changer le monde.
Tout le monde dans la salle se met à rire, et mon père frappe son poing sur son trône.
— Comment oses-tu me contredire ? Tu n’es qu’une bonne à rien. La seule utilité que tu as dans cette famille est de servir un homme. Si j’avais su que j’allais créer une femme, je n’aurais rien fait.
Je le regarde froidement. Je suis habituée à ses insultes, mais ça fait quand même mal de ne pas être vue par une personne qui partage son sang. Mais je n’abandonnerai pas mon rêve de devenir reine. Ce sera sûrement difficile, mais pas impossible !
— Ça change quoi que je sois une femme ? Je ne suis pas plus stupide que vous ni moins forte. Si vous n’avez pas peur, alors faisons un pari.
Il me regarde avec curiosité et tapote du doigt sur le trône. Il doit sûrement réfléchir, mais les hommes comme lui n’aiment pas refuser des défis. Bien sûr, il va peut-être me dire oui pour me donner de l’espoir et, au final, me planter un couteau dans le dos. Je me suis beaucoup entraînée pour entrer dans cette école,le point positif qu’il n’est jamais venu me voir est que j’ai pu apprendre à me battre,à survivre et j’ai également pu apprendre des informations sur le pays grâce alors je n’ai pas le temps de me relâcher maintenant.
— Qu’il en soit ainsi. Si tu réussis à être la meilleure de l’école pendant deux ans, sans utiliser ton titre, alors je te laisserai la succession de la couronne. Mais si tu perds, tu te marieras et tu oublieras ces idées négligentes.
Un sourire triomphant apparaît sur mon visage. C’est ma chance pour essayer de changer ce monde désastreux que mon père a dirigé pendant 998 ans. Dans deux ans, le trône devra changer de roi, et cette fois-ci, c’est peut-être moi qui y serai !
Je sors de la salle, fière de ma prouesse.
Le seul souci… c’est que j’ai dit oui pour être “la meilleure de l’école”. Mais il voulait dire quoi, exactement, par “la meilleure” ?
Peu importe. J’ai d’autres priorités : préparer mes valises, me renseigner sur l’école, et sur les personnes qui y seront.
J’arrive dans la bibliothèque royale, réservée à la famille.
Je marche entre les rayons, cherchant des ouvrages sur les douze familles, l’école royale des Pur-Sangs, et d’autres volumes poussiéreux que mon père n’a clairement jamais ouverts. Je suis persuadée qu’il a la phobie des livres.
Je m’installe sur un banc en cuir de peau de dragon rouge — très confortable pour mon petit cul de rebelle.
J’attrape un livre, je l’ouvre, et je commence à lire.
Le silence est rafraîchissant, parfait pour me concentrer.
Le livre explique d’abord que je ne suis, pour l’instant, qu’une “endormie”.
À seize ans, on devient un “naissant” : c’est l’âge où on peut enfin évoluer… ou rester exactement comme on est.
L’école a justement créé le fameux “mois sauvage” pour ça.
Je fronce les sourcils en lisant.
Selon l’ouvrage, seuls les plus intelligents, les plus puissants et les plus chanceux survivent.
Et ceux qui échouent… meurent.
Charmant.
Vraiment charmant.
Je repose une seconde mes yeux sur la page.
Si je réfléchis bien, il y aura sûrement des alliances.
La première semaine est décrite comme une période de préparation, donc je n’aurai qu’à essayer de me faire des amis… ou au moins des alliés.
Mon sang bout d’excitation.
Pas pour la mort, évidemment, mais parce que je vais enfin voir des gens de mon âge.
Je n’en ai jamais côtoyé, à part des animaux — ce qui ne compte pas vraiment.
Je lis la suite.
Apparemment, les femmes seraient plus “avantagées” : les hommes aiment avoir de la compagnie durant ces épreuves.
Je lève les yeux du livre.
Évidemment. Les mâles.
Je retourne à ma lecture.
Chaque semaine, il y aura des défis pour obtenir des récompenses et “éviter l’ennui des jeunes vampires”.
Ensuite, les survivants se rassemblent et passent devant le Miroir Pourpre, qui révèle si on a évolué.
Il détermine aussi notre classe, notre dortoir, nos privilèges et nos uniformes.
Je sens un frisson me parcourir.
Là-bas, mon rang ne vaut rien.
J’ai beau être la fille du roi, je serai juste une proie, un adversaire… un insecte à écraser.
Le livre termine sur les activités de l’école : bals, missions, combats, histoire, langues, maîtrise de nos pouvoirs, et d’autres cours intéressants.
Mais mon premier vrai obstacle sera de survivre au mois sauvage… surtout avec les pulsions de domination et de violence de certains vampires, qui aiment voir le sang éclabousser
Je dépose mon livre et je m’étire.
Tous mes os craquent sous l’effet de l’étirement et un soupir de satisfaction m’échappe.
Bon… c’est l’heure d’attaquer l’autre bouquin : Les Douze Familles.
Si je me souviens bien, elles seront toutes présentes là-bas.
Et même si mon père a choisi le prochain roi, si ce mec n’est pas le plus fort de l’école… alors ça se pourrait que sa chance s’effondre.
Et franchement, bon sang, non merci d’avoir un insecte comme mari.
“Oh mets-toi à quatre pattes”, “oh fais-ci”, “oh fais-ça”…
Je vous emmerde, c’est moi qui vais vous briser, bande de salopes.
Je me racle la gorge pour me calmer.
Ok, je suis trop drôle, ça devient grave.
J’ouvre doucement le livre, et mes yeux commencent à feuilleter les pages.
D’après le bouquin, j’appartiens à la douzième famille — ça, je le savais déjà.
La mienne, c’est les Vélthorne, ceux qui dirigent tous les vampires avec les douze chefs de famille, plus la famille royale.
Et évidemment… des foutus hommes partout.
Je roule des yeux, ennuyée.
Ensuite, il y a la famille Nareth :
ceux qui protègent le pays en créant des stratégies militaires et qui combattent au bataillon.
Et évidemment, c’est là que vient Valdrik, mon petit chien-chien adoré.
Puis les Myrren, spécialisés dans les rituels et la médecine.
Et ne me demandez pas c’est quoi leurs rituels, parce que le livre n’en dit pas plus.
Super utile.
La famille Eldros, eux, sont envoyés faire de l’espionnage dans les mondes parallèles, surtout chez les humains.
Les Kaelros : la finance.
(Mon dieu, l’ennui.)
Les Virelys : la magie et les savoirs anciens.
Eux, ils doivent être intéressants au moins.
Les Nevalis : artistes et conseillers en séduction.
Une famille totalement inutile selon moi.
Bravo, vous êtes jolis et charmants, génial, ça sauve qui ?
Les Dravell : justice et lois.
Et selon moi… ils sont merdiques au plus haut point.
La seule “justice” qu’ils possèdent, c’est qu’ils sont cons.
Après, les Cernak : fanatiques religieux.
Je comprends toujours pas pourquoi ils font partie des Douze Familles.
Ça devient ridicule.
On dirait qu’ils n’avaient plus d’idées mais voulaient pas faire un chiffre impair, ou qu’ils voulaient copier le Zodiaque…
ou les douze archétypes de la personnalité de Carl Jung.
Bref.
Les Ythar : ils surveillent les portails vers le monde humain.
Et pour finir, les Elvaran : spécialistes du dressage de créatures.
Je lis plus vite que la lumière.
Franchement, je suis vraiment une femme à marier.
Si ça existait, je me marierais avec moi-même.
Moi, si je me mariais à moi-même :
Aenora Drakelys-Velthorne, voulez-vous vous marier à vous-même ?
Oui, je me veux.
Les mariées peuvent s’embrasser.
Viens par ici, mon joli corps. Ps : je m’embrasse passionnément.
Bref.
C’est pas le moment de penser à des trucs futiles.
Des fois, mon cerveau est… très étrange.
Je croise les bras.
J’en ai marre de lire toutes ces informations, il me gave de cochonneries — surtout ce fichu bouquin sur les autres familles.
Je me lève et je marche jusqu’à ma magnifique chambre qui n’est pas très loin de la bibliothèque.
Arrivée dans ma chambre je regarde la décoration elle est remplie de fleurs rouges, magenta et orangées.
Plus Une mini bibliothèque qui caresse mon mur gris , et un lit gigantesque, aussi moelleux qu’un nuage , trône au milieu de la pièce.
Comme je pars deux ans et qu’on aura un uniforme, j’ai pas besoin d’emporter grand-chose… à part quelques robes pour les bals.
Le reste ?
L’essentiel : brosse à cheveux, shampoing, maquillage…
Histoire d’être la plus fresh des princesses dans cette école pleine de petits merdeux.
Tout à coup, on frappe à la porte.
Je fronce les sourcils.
C’est rare que quelqu’un vienne ici.
Je m’approche doucement, attrape le premier objet qui me tombe sous la main — un vase — prête à me défendre au cas où un homme aurait décidé de m’éliminer pour laisser un autre insecte prendre mon titre.
J’ouvre la porte…
Et le vase m’échappe des mains.
Alors là… pour une surprise, c’en est une :
l’homme de mes futurs cauchemars est devant moi, sourire collé au visage.
Le cher Valdrik.
— Que me vaut l’honneur de votre visite ?
Rah, cet homme va mettre des puces partout, on dirait qu’il transpire la peste.
— Je pense que tu sais qui je suis, n’est-ce pas, ma jolie princesse ?
Je le regarde, agacée.
Moi, ta princesse ?
Je suis TA REINE, gros nul.
— Bien sûr. Comment ne pas savoir qui est l’insecte qui pollue ma vie en voulant le trône ?
Il me fixe, surpris, puis lâche un petit rire.
— Je vois que tu ne perds pas ta langue de vipère. Mais je venais seulement te dire que tu vas perdre, ma belle.
Il s’approche de moi,en ramassant doucement les morceaux de verre au sol et les mets dans mes mains.
Et donc, je suis ici pour te proposer une petite alliance pour le mois sauvage.Je dois bien protéger les plus faibles…
Il me tend la main, comme si j’allais l’attraper en rougissant genre :
« oh oui, pardon, je change d’avis, sois mon roi ».
Il me connaît vraiment mal, le pauvre.
Qu’il brûle en enfer, ce gros porc.
Je jettes les morceaux de vitre dans une poubelle pas loins de ma porte puis Je frappe violemment sa main.
— J’ai pas besoin de l’aide d’un homme comme toi.T’as juste peur de perdre, alors tu viens demander la mienne je vois bien dans ton jeu
Je hoche la tête comme pour dire que je suis d’accord avec moi même et je continue de dire.
- Aujourd’hui je suis d’humeur massacrante j’aime pas la violence… mais je sais pas pourquoi, j’ai une énorme envie de te voir te tordre de douleur et mourir parce que t’as trop astiqué ta nouille de sale merdeux !
Il me regarde, bouche ouverte.
Je crois qu’il n’a JAMAIS vu une fille comme moi.
Je me mets à rire en voyant son visage devenir écarlate.
Puis il tourne les talons et se barre en trombe.
Premier ennemi : check