Un jour il ne restera plus que moi
Un jour il ne restera plus que moi
La maison familiale était décorée simplement, mais chaleureusement. Toute la famille était assise autour de la table. Il y avait de la joie, des taquineries dans l’air, et une musique douce en fond.
Kane souriait en regardant les membres de sa famille réunis, tous là, chez elle, pour partager un repas de Noël.
Trivia (en servant du riz) :
— Bon, j’espère que cette année personne ne va se battre pour un morceau de poulet.
Gabriel :
— C’est Michael qui a volé le mien l’année passée.
Michael :
— Parce que t’as jamais su défendre ce qui est à toi, bouffon.
Tricia :
— Est-ce qu’on peut manger en paix ? On n’est pas là pour se disputer, mais pour passer Noël en famille.
Bénédicte :
— Elle a raison. Arrêtez vos disputes de gamins.
Alamazani :
— C’est rare qu’on soit tous réunis comme ça. Je propose une tradition : peu importe ce qu’on vit, chaque année on se réunit ici pour Noël.
Kane les regarda, émue.
Kane :
— Promis ?
Tous levèrent leurs verres.
Tous :
— Promis.
L’année suivante, ils se réunirent encore une fois pour la soirée de Noël.
Mais cette fois, une chaise était vide. Celle de Trivia.
Kane :
— Pourquoi il met autant de temps ? Il est ponctuel d’habitude…
Quelqu’un frappa à la porte. Bénédicte alla ouvrir.
C’était le facteur. Il lui remit une lettre.
Bénédicte (entrant) :
— Les gens… il y a une lettre.
Gabriel :
— Qu’est-ce qu’elle contient ?
Bénédicte :
— On va voir ça.
Elle ouvrit la lettre. Son visage changea brutalement. Elle devint pâle, triste. Elle la referma lentement et la posa sur la table.
Tricia :
— Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce que la lettre dit ?
Bénédicte :
— Trivia a été arrêté.
Michael :
— Quoi ? Comment ça ?
Bénédicte :
— Il y a quelques années, il faisait partie d’un réseau de trafic de drogue. Il le faisait juste pour survivre… puis il a arrêté. Mais la police est remontée jusqu’à eux. Ils ont arrêté tout le monde.
Il s’excuse de ne pas pouvoir venir. Kane… il te demande pardon.
Un silence lourd s’abattit.
Alamazani :
— Il aurait pu nous en parler…
Kane :
— Il avait honte, sûrement.
Tricia :
— Ce n’est pas grave… au moins, nous, on est ensemble.
Kane (la voix brisée) :
— Oui… continuons notre repas de Noël.
L’année suivante, c’est Bénédicte qui était absente.
Gabriel :
— Elle élève ses trois enfants seule. Son mari l’a laissée tomber.
Michael :
— On a tous des galères. Il faut savoir faire des choix.
Tricia :
— Toi, tu n’as pas d’enfants à nourrir. Tu ne peux pas comprendre.
Alamazani :
— Elle a raison, Michael.
Kane (soupirant) :
— Arrêtez… c’est Noël.
L’année suivante, Tricia fut absente.
La table était plus petite. Les voix plus basses.
Gabriel (ironique) :
— Madame la PDG n’a plus le temps pour les réunions de famille.
Alamazani :
— Les priorités des gens changent.
Michael :
— Et on oublie les promesses, hein ?
Kane (à voix basse) :
— Elle avait promis…
L’année suivante, ce fut Gabriel.
Alamazani :
— C’est quoi son excuse, cette fois ?
Michael :
— Il dit qu’il en a marre des disputes familiales. Trop de non-dits. Trop de rancunes.
Alamazani :
— On n’est pas une famille parfaite… mais on reste une famille.
Kane resta dans son coin, observant sans rien dire.
L’année suivante, Michael fut absent.
Il ne restait plus que Kane et Alamazani, assis devant le grand festin qu’elle avait préparé.
Kane :
— Tu crois qu’il viendra l’année prochaine ?
Alamazani :
— Quand il aura fini de courir après la musique et la célébrité… peut-être.
L’année suivante, Kane était seule.
La maison était vide.
La table dressée pour des absents.
Elle regarda l’horloge, puis se leva.
Kane :
— C’est étrange… comme les souvenirs font plus de bruit que le silence.
Ils avaient tous promis… mais la vie les a emportés ailleurs.
Je ne leur en veux pas.
Au moins… moi, je suis encore là.
Elle posa une assiette vide, y plaça une bougie et l’alluma.
Une larme glissa sur sa joue.
Elle regarda la photo du dernier Noël où ils étaient tous ensemble.
Elle sourit tristement.
Kane :
— Joyeux Noël… la famille.