Je suis ici pour foutre la merde !
C’est marrant comme les sirènes de police peuvent devenir un fond sonore banal.Comme si c’était juste un bruit de plus dans une journée monotone.Pourtant, elles sont bien réelles.Là, juste au-dessus de ma tête.En train de me dire que la fête est finie.Je suis assise sur le bord du trottoir, les mains menottées derrière le dos, sous les regards des passants qui semblent plus absorbés par leurs téléphones que par ma gueule Franchement, la scène aurait pu être filmée.Une gamine de 17 ans, les cheveux en bataille, l’air d’une rebelle qui ne semble même pas capter la gravité de la situation.
Vous voulez que je sois effrayée ? Vraiment ?
Un flic s’approche, son regard me scrutant comme si j’étais une anomalie à étudier.
— Tu sais pourquoi tu es ici ? demande-t-il d’un ton grave.
Je roule des yeux.
— Ouais, je suis là parce qu’apparemment, foutre le bordel dans la rue, c’est mal vu. Quelle surprise.
Il reste silencieux, sûrement agacé par mon manque de respect.
— Non. C’est plus que cette bagarre de rue. C’est ton comportement. Ta manière d’agir. Tu es une menace. Pour toi-même, et pour les autres.
Je ricane.
— Une menace, carrément ? Faudrait que je m’inscrive à un concours, non ?
Il ne répond pas. Pas besoin. Je vois déjà dans ses yeux qu’il est fatigué de moi.
On n’a pas les mêmes préoccupations.
Quelques minutes plus tard, on me pousse dans une voiture de patrouille.Pas de discussions. Pas de questions.Juste le bruit sec des portes qui claquent.Je sais où tout ça mène. Et non, ça me fait pas peur.
Ce fameux camp… Halegreen. J’en ai entendu parler.
Et si c’est leur idée de “solution” pour me changer, c’est qu’ils n’ont rien compris.
La voiture roule.La ville défile derrière les vitres.Mais moi, je suis déjà ailleurs.Un sourire en coin se dessine sur mon visage.
J’adore cette sensation de contrôle, même quand je suis censée être sous surveillance.
On arrive devant chez moi.
Mes parents nous attendent. Un peu plus tendus que d’habitude, mais bon… ils ont l’habitude.
C’est pas la première fois que la police les appelle à cause de moi.
— Xariana, commence ma mère, on va parler de tout ça à la maison, d’accord ?
Je la fixe, regard froid.
— Vous pouvez toujours essayer. Mais le camp, c’est décidé, hein ? Vous changerez rien.
Mon père a l’air plus fatigué que fâché.
Il dit rien pendant un moment. Puis se tourne vers la porte.
— On en parle à la maison. Prépare-toi. Tu pars dans une semaine.
Je soupire. Une semaine.Je m’attendais à pire.
Une semaine plus tard
Je suis là.
Devant les portes de Halegreen.
Je ne sais pas exactement ce qui m’attend.
Mais peu importe.
Ce n’est qu’un nouveau terrain de jeu pour moi.
Et croyez-moi, j’ai bien l’intention d’y foutre le bordel.
Le directeur nous accueille comme si on était des enfants de chœur.
Mais dans ma tête, une seule pensée tourne en boucle :
“Bordel, ça va être fun.”
— Bienvenue à Halegreen, dit-il d’un ton aussi vivant qu’un poisson mort.
Je le fixe avec un sourire narquois.
— C’est un peu trop hospitalier pour un endroit censé nous “transformer”, non ?
Il me lance un regard froid. Il répond pas. Il sait.Il sait déjà que je suis pas du genre à me laisser dompter.
Il me fait signe de le suivre.Mes bottes claquent sur le sol poussiéreux du camp.
Je regarde autour.
Vieux bâtiment délabré.Fenêtres crades. Lumière blafarde.Odeur de renfermé et de bois moisi.Un cimetière pour ados indésirables.Et moi, j’suis là pour réveiller les morts.
— Tu vas passer par le hall d’accueil, puis on te montrera ta chambre, dit-il, toujours blasé.
— Tu es ici pour te remettre sur le droit chemin. J’espère que tu comprendras bientôt pourquoi.
Je le regarde à peine.
— Tant que je dois pas me plier à une règle débile, on va s’entendre. Je suis là pour… m’amuser un peu, en fait.
Il soupire.
Je sens qu’il pige enfin : je suis pas comme les autres.Arrivée dans ma chambre, il vérifie mes affaires.
— On va fouiller ton sac. Pas de téléphone, pas de distractions. D’accord ?
Je hausse un sourcil.
— La discipline, hein ? Ça doit être un luxe ici. Comme tout le reste.Mais je vais faire un effort… si ça peut vous faire plaisir.
Je vide mon sac avec un air faussement obéissant.Carnets. Bonbons. Un vieux portable inutile. Et une bonne pile de BD.
— Il y a des règles à respecter ici, Xariana. C’est pour ton bien, dit-il en les mettant dans un carton.
Je le regarde avec un air désespéré exagéré.
— C’est tragique, franchement. Vous me retirez mes BD… mais vous pouvez pas me retirer ce que je suis.
C’est encore un truc qu’on m’enlève.
Vous croyez que ça va me changer ?
Il ne bronche pas. Il s’en fout. Ou il fait semblant.
Je m’affale sur le lit.
— L’ennui… c’est un puissant moteur de rébellion. Et croyez-moi, je vais m’amuser ici.
Il sort, me laissant seule dans ce silence poussiéreux.Je soupire et commence à ranger mes affaires dans le placard crade. Puis je quitte le dortoir.
Mon badge : numéro 18.
Je plisse les yeux.
— Qu’est-ce que ça veut dire, ce chiffre ?…
Je repère une fille plantée contre un mur. Son look crie “provoc”, chewing-gum inclus.
— Hey, meuf ! C’est quoi les numéros ? demandai-je, mi-moqueuse, mi-curieuse.
Elle me dévisage de haut en bas.
— Je parle pas aux gens comme toi.
— D’accord. J’t’ai pas demandé ton avis non plus. T’aurais juste pu dire non, au lieu de me juger avec tes yeux de biche morte.
Elle me balance un regard noir, je me casse.
Je m’assois sur une table, cerveau en mode “projet destruction”.
Un mec s’approche. Silencieux. Hésitant.
— J’ai vu que tu voulais demander quelque chose à l’autre… Peut-être que je pourrais t’aider.
Je le fixe. Il a un petit sourire en coin.
— C’est quoi, ce badge ? lui demandai-je.
— Niveau de dangerosité. Ou plutôt… de rébellion.T’aimerais pas être numéro 1, crois-moi.
— Je suis une rebelle parce que je suis numéro 18 ? Ça fait rêver.
Il sourit légèrement.
— Ici, être 18, c’est déjà pas mal.Mais ça peut monter.Si tu fous vraiment le bordel… ton chiffre grimpe.
Je fronce les sourcils.
— Tu me donnes des conseils pour empirer mes ennuis ? T’as pas l’air du genre à te mêler des autres, pourtant.
Il rit. Vrai rire.
— Peut-être bien. Mais ici, l’ordre est aussi stable qu’une feuille morte en automne.Si tu veux le renverser, va falloir apprendre à jouer.
Je le regarde, un sourire tordu sur les lèvres.
— Tu parles d’un plan, là ?
— Disons que… c’est une invitation à reprendre le contrôle.Chaque règle a sa faille. Faut juste savoir où frapper.
Je ris, sèche.
— Reprendre le contrôle, hein ? J’aime bien l’idée.Mais faudra qu’on trouve ceux qui en ont vraiment marre.Ce camp est un champ de mines déguisé en dortoir.
Il ne dit rien. Son regard s’intensifie.
Et malgré moi, un frisson d’excitation monte en moi.
—
Halegreen.
Le camp aux règles figées.
Aux numéros gravés.
Mais moi, Xariana,
je suis pas un numéro.
Je suis le bug dans le système.
Et j’ai pas fini de foutre le feu.