Elément, l'Autre école
« Aly ! Aly ! Réveille-toi !
- MMMMHHHH !
- Allez c’est le grand jour ! »
Aly, encore au lit, savait pourquoi sa sœur était aussi excitée : c’était le jour de sa grande rentrée à ÉLÉMENT, l’Autre école. C’était dans cet établissement que l’on découvrait son élément si ce n’était pas déjà fait et surtout, que l’on apprenait à maîtriser tout ce qu’il provoquait en nous. Le bon comme le mauvais, toutes les instabilités, les changements mais aussi les forces pour vivre avec au quotidien de la meilleure manière possible. Aly, contrairement à sa sœur, ne l’avait pas encore découvert mais cela importait peu, car elle le découvrirait à l’école. Elle savait que cette rentrée arriverait et elle avait essayé à maintes reprises de découvrir le sien avant ce grand jour. Elle aurait ressenti une certaine fierté de le faire par elle-même et aurait eu moins d’appréhension pour ce premier jour. Elle aurait su dans quel bâtiment du campus elle aurait fait ses études et cela l’aurait rassurée. Malheureusement, ce jour était arrivé plus vite qu’elle ne le pensait et sans qu’elle ne soit armée comme elle l’aurait souhaité. C’est comme ça, il fallait bien faire avec.
Aly se disait qu’elle devrait faire un effort vestimentaire pour marquer le coup mais, comme d’habitude, ce ne fût qu’une idée qui passa dans son esprit aussi vite qu’elle était arrivée. Elle n’aimait pas plaire aux autres pour son physique mais pour ce qu’elle était. C’était peut-être trop ambitieux dans ce monde où beaucoup de choses se basaient sur la superficialité mais elle préférait déplaire à la majorité pour que le peu de personnes qui restaient auprès d’elle soient celles qui l’acceptaient et l’appréciaient pour qui elle était. C’est donc après avoir enfilé un sweat-shirt et un jean, qu’elle passa quelques coups de brosse dans ses cheveux et descendit pour prendre son petit-déjeuner. En-bas, toute sa famille l’attendait pour être présent en ce jour spécial : son père Alain, sa mère Clara et sa sœur Thalya.
Tous les trois avaient pris conscience de leur élément bien avant leur entrée à ÉLÉMENT : Alain était un pur produit du feu, dynamique, énergique, voire trop, toujours prêt à essayer de nouvelles choses avec passion. Une passion qui pouvait s’enflammer rapidement et tout incendier autour de lui, qu’elle soit réconfortante pour l’entourage ou au contraire, dévastatrice… Clara, était une enfant de l’eau : douce, sensible, compatissante, calme de nature mais pouvant être tout aussi dangereuse si nécessaire en y insufflant sa force, parfois nourrie par celle de son mari. Tous les deux formaient un couple assez complémentaire. Leurs éléments parfois perçus comme opposés, étaient en réalité assez similaires : ils étaient souples, adaptables, tranquilles, réconfortants, même enveloppants mais, sous un aspect presque inoffensif, ils pouvaient être redoutables. L’eau enveloppait quiconque entrant en contact et le feu enveloppait en créant une atmosphère chaleureuse autour de lui, dans laquelle on pouvait avoir peur d’entrer mais dont il était difficile de sortir une fois dedans. A contrario, ils pouvaient se montrer hostiles et repousser qui ils souhaitaient si telle était leur volonté jusqu’à être ravageurs sur leur passage. Le plus intéressant, était leur combinaison : l’un éteignaient l’autre, à l’image de Clara capable de tempérer les humeurs et la passion de son mari et l’autre réchauffait l’un, Alain étant un catalyseur de la vie de la maison qui poussait Clara à briller. En conséquence, ils pouvaient être fascinants tout en étant effrayants puisque avec un objectif commun ils étaient quasiment inarrêtables…
Finalement, celle qui apportait de la stabilité dans la demeure était Thalya, la plus jeune, avec son élément de terre. La petite dernière était calme comme sa mère mais n’avait pas sa souplesse ni sa sensibilité. Cela ne faisait pas pour autant d’elle une personne totalement insensible mais elle priorisait la réflexion bien posée et protégée des remous émotionnels. Elle avait cette stabilité assurée par sa force qu’elle pouvait puiser à chacun de ses pas car reliés à son élément. Ainsi, elle pouvait avancer sereinement et être elle-même une source de sérénité pour ses proches tout en gardant son calme pour mieux analyser la situation en période de crise car il est difficile, même impossible de déstabiliser la terre.
« Coucou ma chérie !, lança Clara en enlaçant sa fille. Prête pour ton grand jour ? Mais, comment t’es-tu habillée ?, demanda-t-elle en s’écartant de sa fille pour mieux l’observer. Comment vas-tu plaire aux garçons comme ça ? Tu ne veux pas enfiler quelque chose qui te mette plus en valeur ? Ton haut là qui…
- Maman, s’il-te-plaît ne commence pas. Je me sens bien comme ça, pas besoin d’être belle pour aller à l’école.
- D’accord, d’accord ma chérie.
- Pas trop stressée ?, ricana Alain.
- Papa…
- Quoi ? Ce n’est pas terrible de ne pas connaître son élément avant sa rentrée ! De toute façon l’attente va bientôt se terminer. J’ai parié sur l’air, c’est l’élément des gens paumés.
- Alain, laisse-la tranquille.
- Ok ok, j’essayais de détendre l’atmosphère.
- Oui, bon allez on y va !, ordonna Aly.
- Oui, j’ai hâte de voir l’école, renchérit Thalya.
- Mais tu n’as rien mangé !, déplora Clara.
- On s’arrêtera sur la route chérie ! »
Toute la famille se dirigea vers la porte et s’installa dans la voiture pour démarrer. L’école était à environ 6 heures de route de la maison familiale, autant dire que sa famille ne lui rendrait pas visite souvent. Aly ne vit pas le temps du trajet passer : elle le laissa filer en lisant quelques livres de romance, en imaginant elle-même en vivre une pour la première fois du haut de ses 18 ans et en commençant à réaliser que sa vie allait probablement changer dans les prochaines heures en découvrant son élément. L’école était installée sur un domaine de plusieurs hectares. La majorité des étudiants étant internes, il était donc nécessaire de prévoir des structures de vie en plus des structures pour les apprentissages et la restauration. Sans oublier le fait que, bien sûr, étant à ÉLÉMENT, tous les éléments devaient être présents à proximité des élèves pour que ceux-ci puissent se ressourcer au contact de leurs éléments respectifs.
Aly sentit la pression grandir en elle en voyant le nombre d’élèves déjà présents. La voiture avait franchi l’entrée du campus et avançait le long d’une longue et large allée où des familles s’étaient garées. En voyant tout ce monde déjà présent alors que bien d’autres encore allaient arriver, Aly stressait progressivement. Elle n’était pas forcément timide mais appréhendait toujours les rentrées qui étaient pour elle synonyme d’inconnu : des personnes inconnues qu’il s’agisse des élèves ou des professeurs, des situations inconnues, des lieux inconnus, un nombre d’obstacles à surmonter inconnu… Elle fut vite sortie de ses pensées par le bruit du moteur qui cessa en même temps que son père cria « Nous sommes arrivés à destination ! ». Aly n’avait pas très envie de sortir dans ce nouveau monde mais, étant pleine de contradictions, elle était en même temps très curieuse de savoir ce qui l’attendait. De plus, elle en avait marre d’être assise et avait besoin de se dégourdir les jambes ! Elle sortit alors de sa zone de confort qui était devenue inconfortable et respira profondément. Ce changement de position et surtout, cet air frais lui firent un bien fou ! Elle ferma les yeux tout en s’étirant et sentit le vent caresser son visage et agiter gentiment ses cheveux comme pour lui souhaiter la bienvenue. En même temps, elle entendait les feuilles à quelques mètres d’elle se balancer au rythme du vent et les branches s’entrechoquer dans leur danse. Les oiseaux qui chantaient donnaient presque un air de vacances à cette rentrée et Aly réalisa qu’elle avait beau être dans un endroit inconnu, elle aurait toujours des repères rassurants en retrouvant ce genre de sensations qu’elle connaissait. Revigorée et apaisée par cette prise de conscience, elle se sentit confiante pour avancer et découvrir ce qui l’attendait.
« Aly ma chérie, nous avons rendez-vous avec la directrice…
- Alors allons-y », répondit la jeune fille comme si elle était prête à en découdre avec son destin.
Clara et Alain échangèrent un regard surpris mais satisfait de voir leur aînée moins stressée qu’ils ne le pensaient. Ils se dirigèrent donc tous les quatre dans la direction indiquée par le panneau « Bureau de Mme Éliot ». Le bâtiment dans lequel il se trouvait était moins imposant qu’Aly l’aurait imaginé : regroupant tous les bureaux de la partie administration mais aussi du corps enseignant, il s’agissait d’un édifice plutôt discret et sans arrogance aucune, comme s’il voulait dire qu’il n’était que l’assemblage de quatre murs et d’un toit faisant le strict minimum mais de manière efficace. Aly fit charmée par la simplicité de ce bâtiment qui ne voulait pas en mettre plein les yeux à ses visiteurs ni les intimider alors qu’il avait pourtant de quoi. Ils gravirent les quelques marches menant à la porte d’entrée qui était ouverte en ce jour spécial et franchirent le seuil. Alain pouffa :
« Ça me rappelle des souvenirs ! »
Carla se contenta de lui adresser un regard plein de reproche mais qui traduisait aussi toute la gratitude qu’elle avait de ne pas l’avoir connu à cette époque où elle ne l’aurait probablement pas supporté. Thalya elle, partagea avec enthousiasme :
« Je me sens bien ici ! Je suis encore plus pressée de faire ma rentrée l’an prochain ! Je savais que cette école serait faite pour moi ! »
Aly restait silencieuse car depuis qu’elle avait franchi le seuil, son calme commençait à se dissiper. Elle ignorait pourquoi et cela l’angoissait encore plus. Elle se sentait secouée à l’intérieur : son cœur accélérait ses battements, ses pensées se multipliaient et se disputaient pour apparaître toutes en même temps, le bout de ses doigts la picotait et ses jambes semblaient prêtes à courir, mais pas pour s’échapper… Pour entendre la réponse au plus tôt. Elle venait d’entrer dans l’ascenseur qui l’emmènerait au dernier étage, là où se trouvait la dame qui détenait la réponse.
Elle tentait d’analyser la réaction qui se déroulait en elle et en conclut qu’elle devait tout simplement être excitée d’avoir enfin cette réponse tant attendue. Pourtant quelque chose au fond d’elle semblait lui annoncer qu’elle faisait fausse route. En fait, son corps semblait anticiper un gros changement, mais pas celui auquel elle s’était préparée. Les portes s’ouvrirent et elle fut la dernière à s’extraire de l’ascenseur sous les regards impatients des membres de sa famille. Celui de Clara changea en découvrant le visage de sa fille car elle comprit qu’il se passait quelque chose.
« Tout va bien ma puce ? »
Aucun son ne put sortir de sa bouche. Elle se contenta seulement de hocher la tête, ce qui bien évidemment, ne convainc pas sa mère le moins du monde. Celle-ci allait insister, ressentant que quelque chose clochait mais son mari la stoppa avec un calme inhabituel, lui faisant comprendre d’un simple coup d’œil que tout irait bien pour leur fille. Elle se retint alors d’intervenir et laissa sa Aly toquer à la porte du bureau d’où ils entendirent :
« Entrez, jeune fille pleine de surprises ... »