Épisode 1 : La pièce du fond.
Alma avait 23 ans, et depuis la rentrée de septembre elle avait l’impression de courir derrière quelque chose qu’elle ne rattraperait jamais. Son inscription en médecine avait été acceptée, mais elle avait déjà perdu des semaines de cours à cause d’un dossier administratif égaré entre deux bureaux. Une erreur, un “désolé madame”, et tout ce retard à avaler seule.
Elle avait grandi dans les foyers et les familles d’accueil, et cette incapacité à compter sur quelqu’un lui collait encore à la peau. Alors, comme toujours, elle s’était promis de tenir. De rattraper. De ne pas lâcher.
Les autres parlaient d’intégration, de soirées étudiantes, de groupes de travail. Alma parlait de survie.
Le soir, elle révisait dans son petit studio au cinquième étage, une chambre à peine plus grande que les box qu’elle occupait jadis. Les murs étaient fins, mais il y avait surtout cette chose… cette pièce du fond, au bout du couloir, dont personne ne voulait jamais s’approcher.
Au début, elle n’avait pas compris pourquoi.
Juste une porte fermée comme les autres.
Mais les voisins glissaient toujours devant en accélérant le pas, sans jamais tourner la tête. Comme si regarder trop longtemps pouvait attirer quelque chose.
Ce soir-là, alors qu’elle revenait de la fac, les bras chargés de polycopiés, elle entendit un bruit. Un toc… toc… toc, étouffé, venant de la pièce du fond.
C’était la première fois qu’elle entendait quelque chose de précis.
Elle s’arrêta.
Le couloir était vide.
L’éclairage clignotait légèrement comme d’habitude.
Mais le bruit continua, irrégulier, comme si quelqu’un tapait faiblement… ou grattait.
Alma sentit sa gorge se serrer.
Ce n’était pas la peur qui la traversa en premier.
C’était cette vieille sensation familière : on a besoin de toi.
La même qu’elle ressentait enfant quand un autre gamin pleurait dans le dortoir et qu’elle allait le couvrir avec sa propre couverture.
Elle fit un pas. Puis un autre.
Arrivée à quelques centimètres de la porte, elle retint son souffle.
Le bruit s’arrêta net.
Et dans le silence, quelque chose changea.
Une impression, impossible à décrire.
Comme si quelqu’un derrière la porte venait de coller son oreille contre le bois, exactement au même moment qu’elle.
Alma recula d’un pas brusque.
Une seconde plus tard, le toc… toc… reprit.
Mais cette fois, de l’intérieur de son propre studio.