Audacieuse

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Summary

Elle attire tous les regards sans jamais le chercher. Elle ouvre son cœur à tout le monde, parfois un peu trop vite. Et sa maladresse légendaire... C'est son super-pouvoir, celui qui déclenche des catastrophes hilarantes aussi vite que de belles rencontres.

Status
Ongoing
Chapters
10
Rating
n/a
Age Rating
13+

🐰 01 Appelez mon Bond, Lapin Bond


J’ai toujours été du matin mais aujourd’hui, tout spécialement, j’ai l’impression de m’envoler de mon lit tant cette journée va être colorée ! Du coup je prends une douche rapide, avale vite fait un croissant avec un thé vert et file préparer mon costume... Pour une fois mon naturel full bleu est dans le thème et c’est tant mieux.

J’adore mes parents qui organisent chaque année LA chasse aux œufs la plus démente de la région. Et, vu qu’ils prennent ça très au sérieux, cette fois, c’est le tour de La Compagnie des Lapins Bleus de divertir tout le village. Évidemment, qui jouera le lapin parmi tous ses proches et amis d’enfance, c’est moi !!!

Alors une fan de cosplay mise au défi de jouer un lapin bleu, imaginez un peu le degré d’impatience que cela crée en moi. Du coup, aucune retenue, je vais déjà me maquiller et garderai juste le costume en fourrure dans mon sac à dos pour l’enfiler sur place, sinon je vais mourir de chaud.

Je m’installe devant mon miroir et en quelques gestes rapides, le lapin manga prend vie sur mon visage. Un petit nez sombre, des moustaches légères, mes yeux bleus que je fais pétiller encore un peu plus. J’ajoute mes oreilles bleues, parfaitement accordées à ma crinière océan. Ça me fait sourire. On dirait que mon reflet attendait ce rôle depuis toujours.

J’enfile un legging bleu et le sweat à capuche à l’effigie de l’événement. Autant faire la promo en chemin, c’est pour une bonne cause après tout, du coup ça ne m’ennuie pas. Dans les autres cas, la pub m’irrite très vite. Ce truc de me souffler que j’ai absolument besoin d’un objet dont je n’ai jamais rêvé... non merci.

Le meilleur exemple ? On essaie encore de me vendre de la mousse à raser alors que j’épile mes jambes. Sérieusement. Et en plus parfumée, comme si un gel douche ne faisait déjà pas parfaitement le job.

Voilà. Mon cerveau adore se lancer dans ce genre de mini révolutions le matin. Oh là là, je m’égare... Comme souvent mon esprit bondit sur des détails et parfois mes idées vont loin... très loin.

J’envoie un texto à ma maman, Jeanne de son petit nom.

(Elisabeth) — J’arrive par le train de 11 h, je devrais être à la fête pour 15 h. Je n’ai que le costume à enfiler, ça ira.

Maman me répond sans délai :

(Jeanne) — Sois prudente, Lili, nous serons déjà tous sur place. Je t’attendrai à l’entrée. Je serai le lapin sportif, le seul avec un bandana.


Je démarre de l’internat. Oui, je suis en terminale et, vu que la maison familiale est en pleine campagne, j’ai préféré m’habituer à la vie étudiante avant même l’université. Cette mini indépendance me donne l’impression de prendre de l’élan, et je suis certaine qu’elle m’aidera pour la suite. Et puis j’ai plein d’amis ici. Je passe beaucoup plus de temps avec eux que si je rentrais chaque soir.

C’est le weekend. La gare est presque vide. Je marche vite, museau de lapin en avant, oreilles bien droites dans mes cheveux bleus. Les quelques passants que je croise sourient, et tant mieux. Faire sourire le monde, c’est toujours une bonne chose.

Sur le quai, un homme semble me faire signe. Peut-être qu’il a besoin d’aide. Je m’approche et je remarque son chapeau très années soixante, son costume du dimanche parfaitement amidonné, ses chaussures vernies qui renvoient un mini soleil printanier. Mais oui : c’est le gardien du dortoir. Je vais plus franchement vers lui, maintenant que je le situe.

(Elisabeth) — Bonjour ! C’est amusant de vous retrouver ici. Vous allez aussi à la campagne ce weekend ?

Il me répond aussitôt, avec une chaleur surprenante.

(Mr au Chapeau) — Oui, je vais voir mes petits-enfants. Ma fille vient d’avoir son premier bébé. Je suis aux anges.

Je cligne légèrement des yeux. Le concierge m’a pourtant dit qu’il n’avait aucune famille... Peut-être qu’il trouvait mes questions indiscrètes à l’époque et que maintenant il se confie plus facilement ?

(Elisabeth) — Oh, c’est merveilleux, vous devez être tellement content.

Nous discutons ainsi jusqu’à l’arrivée du train. Il semble un peu perdu quand je lui parle des élèves de l’internat. Peut-être qu’il n’est pas très sociable avec des jeunes, ça arrive.

Alors que je monte dans le train, je l’entends murmurer derrière moi :

(Mr au Chapeau) — Une charmante jeune fille, à n’en pas douter... mais pourquoi me parler de la vie de son lycée alors que je suis retraité ?

Je me fige une demi-seconde. L’aurais-je... confondu ? C’est possible. Fort possible. Bon. Rien n’est grave. On a passé un bon moment et le temps a filé plus vite.


Je m’installe à ma place, souffle un instant et cale mon sac contre mes jambes. La fourrure du costume déborde un peu du zip, comme si le lapin voulait déjà s’échapper. Ça me fait rire.

Je devrais peut-être me calmer avant d’arriver, mais l’excitation continue de vibrer sous ma peau. Le train se remplit petit à petit, par vagues. Je regarde par la fenêtre, persuadée que je voyagerai seule à côté d’un siège vide. Ce serait pratique pour revoir le plan du labyrinthe et le poste attribué à chacun, du moins au départ de la fête...

Et puis une silhouette se glisse dans l’allée. Un gars d’à peine quelques années de plus que moi, peut-être étudiant à l’unif à première vue. Sacoche en bandoulière, sweat sombre, cheveux un peu trop longs pour qu’on pense à un hasard. Il dégage une énergie de “toujours prêt pour la prochaine fête”, même à onze heures du matin.

Il s’arrête à ma hauteur, sourit comme si l’univers lui faisait une faveur.

(Universitaire) — Désolé, c’est ma place.

Je me décale d’une place. Il s’assied et, sans même chercher à être discret, il me regarde comme si j’étais une apparition improbable.

(Universitaire) — Vous allez à un festival ?

Il dit ça avec un sérieux qui me déroute. Comme si ma tête de lapin bleu était l’indice le plus logique du monde.

Je ris spontanément, et deux personnes en face relèvent déjà la tête en entendant mon rire.

(Elisabeth) — Non, pas du tout. Je vais animer une chasse aux œufs.

Je montre mon sac d’où déborde toujours la fourrure bleue.

(Universitaire) — Ah mais c’est encore mieux, une fête locale.

Son regard danse un peu, amusé, lumineux. Je ne comprends pas pourquoi.

On parle de tout et de rien pendant quelques minutes : les trajets trop longs, les trains bondés d’étudiants, les pauses cafés qui dérapent. Je remarque qu’il connaît bien le campus voisin.

(Elisabeth) — Vous êtes à l’unif ?

(Universitaire) — Deuxième bac en psycho.

(Elisabeth) — J’y ferai mes débuts l’an prochain, en biologie.

(Universitaire) — Vous verrez, c’est un cirque très sympa.

Je ne peux m’empêcher de rire doucement en imaginant un vrai cirque établi dans la cafet : des étudiants virevoltant au-dessus des tables sur des trapèzes, des cantinières habillées en clown et parlant bizarrement à cause de leur nez rouge, et le tout surveillé par des dresseurs de fauves rugissant si personne ne mange équilibré...

Je décroche un peu de la conversation. Il sourit, et une fille assise deux rangs plus loin nous dévisage comme si elle venait de voir une scène de film. Je ne comprends pas. Pourquoi les gens nous regardent ?

Je dois avoir une trace de maquillage en travers de la joue, ou quelque chose comme ça.

Je me penche pour prendre mon téléphone dans mon sac et une légère odeur flotte vers moi. Pas n’importe laquelle. Un parfum boisé, doux, une note que j’ai déjà sentie quelque part. Je plisse les yeux.

(Elisabeth) — C’est étrange... vous me rappelez quelqu’un.

(Universitaire) — Je prends ça comme un compliment, répond-il, le ton léger.

(Elisabeth) — Vous ne seriez pas déjà passé au lycée visiter le dortoir ?

Il rit doucement.

(Universitaire) — Non, pas vraiment. Je me vois mal hanter le dortoir de mineurs.

(Elisabeth) — Ah... j’étais persuadée de vous avoir déjà senti. Et... euh... désolée, je n’ai pas voulu insinuer quelque chose d’étrange. Vous auriez pu être le grand frère d’un étudiant encore au lycée.

Je souris, satisfaite de ma conclusion. Le wagon, lui, semble sur le point d’exploser de commentaires silencieux. Les regards glissent vers nous. Quelques sourires étouffés. Un type sourit en coin, comme s’il assistait à une scène adorable et un peu invraisemblable.

Je me concentre et attrape enfin mon portable. Un message de mon petit ami m’attend, et je souris avant même de le lire vu qu’il vient de lui.

(Grégoire) — Tu arrives quand, mon adorable Elisa ? J’ai très faim de lapin, tu m’as manqué hier.

Mon voisin remarque mon embarras et, au lieu de ne pas en rajouter :

(Universitaire) — Ainsi vous vous prénommez Elisa ?

Mais quel culot, il a lu mon message. Je ne suis plus rouge, je suis écarlate.

(Elisabeth) — Elisabeth. Elisa, c’est ainsi que mon petit ami me nomme. C’est juste pour lui.

(Universitaire) — Et qu’allez-vous lui répondre ? Petite lapine bleue de peur ou bleue je veux ?

Je me contente de répondre avec mon sourire naturel, celui qui surgit sans que je le décide. Et sans le savoir, je rends la scène encore plus charmante pour tout le wagon.


Le train ralentit et je devine déjà les toits familiers du village. Je devrais peut-être descendre discrètement, comme une future biologiste raisonnable, mais une idée s’empare soudain de moi.

J’enfile mon costume encore dans le train, par-dessus mon legging et mon t-shirt, mon sweat prenant la place du déguisement dans le sac. Ici. Devant tout le monde.

Je sens déjà quelques regards glisser vers moi, intrigués, mais l’excitation me donne l’impression qu’un moteur tourne juste sous mes côtes.

(Universitaire) — Vous... vous changez maintenant ?

Il me regarde, entre stupéfaction et admiration.

(Elisabeth) — Oui, autant être opérationnelle dès l’arrivée ! Et puis imaginez si un demi-lapin arrive... ce serait un remake halloweenesque de chasse aux œufs pochés.

Je lui rends un sourire sûr de moi qui ne l’est qu’à moitié. Je me tortille, enfile la fourrure, ajuste le tout et repositionne mes oreilles.

Un enfant deux rangs plus loin applaudit. Puis un autre. Puis un troisième. En moins de dix secondes, tout le wagon me regarde. Moi. En lapin bleu. Au milieu d’un train.

Je suis censée être gênée, mais je ne ressens rien de tout ça. Juste une chaleur qui gonfle dans ma poitrine, comme si mon cœur avait enfilé le costume avec moi.

Le haut-parleur annonce : « Prochain arrêt : Saint-Romain-les-Prés. »

Mon arrêt.

Je me lève d’un bond, sautille jusqu’à la porte et, avant même que le train s’immobilise, je me retourne vers tous les passagers, gonflée d’un courage que je ne me connaissais pas.

(Elisabeth) — Mesdames et messieurs !

Je fais une petite révérence qui secoue mes oreilles.

(Elisabeth) — Aujourd’hui a lieu la grande chasse aux œufs des Lapins Bleus ! C’est pour soutenir la Ferme des Campanules, qui doit être reconstruite après le grand incendie de l’automne dernier. Si vous passez par le village, venez nous voir. On a besoin de vous... et vous verrez, c’est magique !

Un murmure traverse le wagon. Souriant. Attendri. Étonné.

Mon voisin souffle, presque admiratif :

(Universitaire) — Vous êtes incroyable.

Je n’entends déjà plus. La porte s’ouvre. Je bondis dehors.

L’air de la campagne me frappe en plein visage. Les fanions pastel vibrent au vent. Les installations gigantesques de mes parents colorent l’horizon. Et moi, petite Lapine Bleue surexcitée, je saute sur le quai avec l’impression d’arriver sur ma propre scène.

Je ne remarque pas les regards derrière les vitres du train. Ni les sourires. Ni les téléphones discrètement levés pour filmer mon arrivée. Je ne vois que la fête qui m’attend. Et chaque détail me donne envie de bondir encore plus haut.

C’est ainsi que je rejoins l’entrée, sautillant comme un vrai lapin, prête à annoncer au monde entier que la magie existe... surtout quand elle vient du cœur.

Oh ce que c’est beau : un château de ballots de paille bleus en forme de clapier pour le coin pique-nique, un labyrinthe de carottes bleues plantées comme des menhirs, des lapins bleus dans tous les coins...

Il y a clairement plus de figurants que prévu. Je sens que ça va être... épique !