Coffee N' Banalities

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Summary

Embarquez dans la vie de Zelda, 25 ans, une jeune barista au parcours ordinaire, sans débordements, sans passé traumatisant, ni mariage avec le PDG toxique d'une grande compagnie. Salariée dans un café de ville dans le Sud de la France, locataire d'un appartement modeste mais confortable, elle trouve sa vie fade, presque amère dans sa banalité. Elle partage une relation tiède avec Julien, lui-même loin du cliché «bad boy» des fanfictions. Il ne l'emmènera pas à Disneyland par surprise, mais lui offrira une rose de chez le fleuriste en bas de la rue. Lorsqu'on lui propose une évolution professionnelle qui pourrait faire basculer son avenir qu'elle croyait tout tracé, Zelda hésite. Elle pourrait accepter. Elle pourrait aussi décliner. Et la différence entre les deux n'est pas aussi évidente que l'on voudrait le croire. Entre sarcasme, routine et cafés tièdes, Coffee N' Banalities est le récit de Zelda sur sa vie ordinaire, raconté sans héroïsme, avec humour, fatigue et auto-dérision.

Genre
Humor
Author
Emma
Status
Ongoing
Chapters
2
Rating
5.0 1 review
Age Rating
16+

Prologue

Je m'appelle Zelda. Je sais, ça sonne comme le début de quelque chose d'important, alors que non. J'ai juste passé ma vie à expliquer que je ne porte pas de robe verte. Merci papa, à toi et ta culture geek noyée à l'éthanol qui a servi à arroser ma naissance. Et désolée maman, de t'avoir trop épuisée pour que tu puisses protester.

J'ai 25 ans, et je ne peux guère en dire plus. Je n'ai pas un parcours de vie atypique ni héroïque. Mes parents ne sont pas divorcés — quoique parfois, c'est à se poser la question — ni maltraitants. Je n'ai pas de frère ayant rejoint la mafia, ni de sœur parfaite qui me tyrannise. Je n'ai pas vécu de traumatismes, si on oublie le chat de la famille qui s'est fait percuter par une voiture quand j'étais petite.

Et le plus affligeant, c'est qu'il s'appelait Smash.

Je n'ai pas rencontré le bad boy du lycée, et encore moins vécu une histoire d'amour digne des films de Noël avec lui. Je n'ai pas fait de grandes études, ni stoppé ma scolarité en cours de route pour phobie scolaire ou harcèlement. Il y avait bien cette fille, une fois, qui m'a regardé de travers, mais c'était sûrement au moment de l'appel au début de l'année, quand le prof a essayé sans grande conviction de prononcer mon nom de famille.

Zelda Wojciechowska.

Oui, je sais que vous avez survolé le nom sans prendre la peine de le lire. J'ai un prénom de princesse mais un nom de famille qui ferait trébucher un cactus. Le cauchemar des dyslexiques.

Le seul vrai défi que je relève, au delà de me lever le matin, c'est remplir un formulaire correctement.

En bref, je suis bien loin des clichés qu'on peut trouver aujourd'hui sur les héroïnes des livres, sur lesquelles on écrit de très longues fictions ponctuées d'actes valeureux, le tout enrobé d'un amour toxique avec l'antagoniste. Je suis plus proche du journal quotidien de 1970, rubrique faits divers. Et le dimanche, on est proche de la rubrique nécrologie.

Je n'ai pas un physique qui fait concurrence aux stars du cinéma. Je ne me considère pas non plus comme un laideron, mais je sais que Monsieur Tout-Le-Monde ne se retournerait pas sur mon passage. Non pas que ça me gêne, ça doit être usant d'avoir l'égo plus enflé que le ventre de mon père après sa énième bière devant le match de rugby. D'où la présence de Julien, mon compagnon. Il était déjà là quand ma vie est devenue plate. On est loin des montagnes russes avec lui, mais je l'ai trouvé sympa, avant qu'il ne me demande mon nom de famille. Son casier judiciaire est — Dieu merci — vierge, il aime les petites vacances à Carcassonne, sa tranquilité, perdre une journée pour rester sous la couette, et s'embrouiller tout seul devant les émissions politiques.


Du fait de mon manque d'ambition sur les longues études — et honnêtement, je ne me voyais pas avocate — j'ai un job basique, vous savez, ce job auquel on postule par défaut parce qu'il faut payer le loyer, qu'on apprécie tout en sachant qu'on y passera sûrement pas toute une carrière, celui qu'on défend mollement quand quelqu'un nous demande ce qu'on fait dans la vie.

Je suis barista dans un café franchisé, depuis maintenant 5 ans. Avant ça, j'ai tenté une grande chaîne de fast-food. Mais l'odeur de friture dans les cheveux et la graisse des hamburgers qui semblait mystérieusement se greffer à mes hanches m'ont fait rendre mon tablier sans demander mon reste.

Je préfère largement l'odeur du café, et des ouvriers qui viennent tous les matins avant d'aller sur leur chantier. Sans déconner, on dirait qu'ils se promènent avec un cendrier plein dans chaque poche. Heureusement, l'odeur est vite oubliée grâce à leur humour qui, sans doute, ne fait rire que les clients qui leur doivent encore l'argent du devis signé il y a 6 mois.

Je pense que mes moments préférés au café sont les pauses, quand on débrief entre collègues sur les pépites entendues au comptoir. C'est fou de constater à quel point les rumeurs circulent vite dans une ville. Et c'est encore plus fou de constater la facilité avec laquelle les gens sont capables d'étaler toute leur vie — ou celle des autres — le temps d'une tasse de café. Et je ne vous parle même pas de quand ils commandent un latte macchiato, ce genre de boisson qui accompagne plus une matinée qu'un moment.

L'année dernière, pour me détendre un peu entre deux services, et me donner un semblant d'impression de responsabilité, j'ai adopté un chat, dont Julien ne voulait pas au départ.

Je vous arrête tout de suite, Julien ne veut toujours pas de ce chat. Mais moi je n'ai jamais voulu de ses poils de cul sur la cuvette des toilettes, pourtant je ne dis plus rien. Je me suis résolue à penser que son corps avait développé un réflexe de mue à chaque changement de saison. Sauf qu'avec lui, les saisons durent une semaine. Je pense que Julien est une insulte au règne animal. Mais bon, on ne choisit pas de qui on tombe amoureux.

Mon chat, donc, s'appelle Link. Comme personne ne peut s'en douter, je l'ai baptisé ainsi pour qu'il soit raccord avec mon prénom, comme un fils que je n'ai pas enfanté moi-même.

Physiquement, il est tout ce qu'on peut attendre d'un chat adopté en refuge, roux aux poils courts, avec de petits yeux cuivrés pleins de malice, mais les manières d'un singe bercé trop près du mur. Je l'aime un peu trop pour sa propre santé mentale, et il me le rend bien, notamment en chassant les pigeons qui s'égarent sur le balcon, puis en ramenant leur dépouille sur mon oreiller.


Link et Julien constituent donc ma petite famille, occupant notre appartement au deuxième étage d'une résidence basique sans être miteuse, où les locataires défilent plus que les mannequins à la Fashion Week. Compte tenu des loyers en ville, on peut s'estimer chanceux de bénéficier de fenêtres double vitrage. Ceci dit, l'option cris d'ivrognes le vendredi soir n'est pas un motif suffisant d'augmentation du loyer.

Enfin, je pense que j'ai déjà bien trop épilogué pour une vie aussi savoureuse qu'une ratatouille surgelée. On est lundi, et je suis déjà en retard pour mon service.