Prologue : Trop de questions
POURQUOI ?! Pourquoi ne me répond-il pas ? Est-ce parcequ’il ne m’aime ? Parce que je ne lui importe ni plus ni moins que la pluie qui tombe, que le vent qui souffle ? Trop d’incertitudes. Les questions qui tournent dans ma tête ont fini par créer un ouragan. Le calme n’est plus, il a fait place à la tempête. Je souffre trop. Même cette bulle qui d’habitude suffit à me protéger, ne réussit pas à empêcher la douleur de se propager en moi. Ennemie invisible, j’ai peur qu’elle n’infecte jusqu’à la dernière parcelle de mon âme, ne laissant que le fantôme de celle que j’étais.
Il y a des années de cela, elle était infime. Une graine qu’on avait pris le temps de planter au plus profond de mon être, mais dont l’entretien n’avait pas l’air de préoccuper le planteur. Peut-être que si j’avais pris le temps de m’en occuper, si je lui avais donné l’amour dont elle avait besoin pour rester en bonne santé, elle ne m’aurait pas tant fait souffrir, cette graine que l’amour avait planté là. Souvent, les gens ne voient que le côté romantique de l’amour. Mais, comme toute émotion, elle a plusieurs facettes. Et le pire dans tout ça, c’est que je suis tout aussi fautive que l’amour. Si seulement j’avais prêté plus d’attention à cette graine ! Peut-être aurait-elle pu s’épanouir, et au printemps, pour la fleuraison, revêtir ses plus belles robes. Mais par ma faute, au lieu de se parer de ses plus belles couleurs, elle se drape de noir, comme si le deuil l’affligeait. Ce qui ne doit pas être totalement faux. Certainement fit-elle le deuil de l’amour dont on l’a privé. Et elle veut s’en venger. Je crains fort que le prix à payer pour cette absence d’amour ne soit autre que ma souffrance éternelle, due à celle qui l’a tant fait souffrir, et quece ne soit plus je ne puis le supporter. Heureusement, la plupart des gens sont déjà assez âgés lorsque l’amour referme ses horribles serres crochues sur eux, et ont des proches qui en ont déjà fait l’expérience pouvant les consoler, les conseiller. Mais moi, j’étais très jeune lorsque ces ont voulu lacérer mon cœur. J’étais âgée d’à peine huit ans. Et si j’avais su, j’auraisdéraciné la mauvaise herbe tant qu’il en était encore temps.Mais à la place, je l’ai laissé se développer. Ce que je regrette l’ignorance dont j’étais accablée à ce moment-là ! Je maudirai cette époque toute ma vie.
A première vue, l’amour paraît doux et sucré, un joli bonbon coloré que notre être réclame avec ardeur. Mais les apparences sont parfois trompeuses, et l’amour laisse en vérité un goût des plus désagréables, une amertume qui vous colle à la langue et refuse catégoriquement de s’effacer. On dit souvent qu’avec le temps, la douleur s’atténue et la plaie finit par se refermer. Mais ce n’est pas vrai. Du moins, pas à chaque fois.Et même lorsqu’elle guérit, dans la plupart des cas, la blessure laisse une cicatrice. Quand on est un homme, on les arborent fièrement ces cicatrices, mais pour nous les femmes, elles sont considérées comme des imperfections qui viennent entacher notre corps, que certains ne pensent d’ailleurs qu’à exploiter.C’est pourquoi nous devons les cacher, enterrer notre douleur six pieds sous terre, garder la tête haute et sourire. Et même lorsque l’énergie nous manque au point où l’ont pense ne plus avoir la force nécessaire à la vie, on puise dans nos réserves, on relève la tête et on continu d’avancer. Même si je voudrais que ce ne soit pas le cas, je crains fort que ces réserves ne finissent par s’épuiser. Mais nous ne devrions même pas avoir à puiser dans nos réserves aussi souvent normalement. Sans ce que la société nous inflige, ma santé mentale ne serais certainement pas en aussi mauvais état. Si je devais donner en quelques mots ce qui a façonné ma vie, et je pense qu’une bonne partie des femmes seraient d’accord avec la plupart de ces mots, ce serait ceux-là : comédie, souffrance, incompréhension et solitude.