Trouver L'amour Dans Un Autre Monde by Genaydre at Inkitt
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Trouver l'amour dans un autre monde

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Summary

J’ai terminé ma vie dans la solitude. La mort aurait dû être la fin. Pourtant, on m’a renvoyée dans un autre monde avec une promesse : m’offrir ce que je n’avais jamais eu. Une place. Un lien. Un amour.

Genre
Romance
Author
Genaydre
Status
Complete
Chapters
17
Rating
n/a
Age Rating
16+

1. Réincarnation


Elise

Je crois que je vais mourir.

Il y a une lucidité étrange qui accompagne cette certitude. Pas de panique, pas de cris, seulement une lente compréhension, comme lorsqu’on regarde la mer se retirer avant la vague. Mon corps est lourd, engourdi, et pourtant mon esprit est d’une clarté presque cruelle. Chaque pensée arrive entière, précise, sans bavure. Je sens la fin approcher comme on sent l’hiver dans l’air, bien avant que le froid ne morde vraiment.

Je suis allongée, mais je ne sais plus très bien où. Une chambre, sûrement. Il y a une lumière pâle, trop blanche pour être rassurante, et un bourdonnement lointain, régulier, qui me rappelle que mon cœur se bat encore — pour combien de temps, je l’ignore. Mes mains sont posées sur mon ventre. Elles tremblent à peine. J’ai vécu plus longtemps que je ne l’aurais cru, et pourtant, maintenant que tout se termine, cela me paraît à la fois trop et pas assez.

Alors ma vie commence à défiler. Pas comme dans les films, non. Il n’y a pas d’ordre, pas de montage spectaculaire. Ce sont des fragments. Des sensations. Des visages qui apparaissent puis disparaissent, parfois sans nom.

Je revois d’abord l’enfance. Toujours elle.

Je suis née dans une petite ville où rien ne semblait jamais vraiment arriver. Des rues trop calmes, des maisons alignées comme si elles avaient renoncé à être différentes. Mes parents travaillaient beaucoup. Pas par ambition, mais par nécessité. Ils faisaient ce qu’ils pouvaient, comme tout le monde. Je n’ai jamais manqué de nourriture ni de toit, mais j’ai souvent manqué de mots doux. On ne se disait pas « je t’aime » chez nous. On se le prouvait en remplissant le frigo, en payant les factures à temps, en me déposant à l’école même sous la pluie.

J’étais une enfant discrète. Celle qu’on oublie de gronder parce qu’elle ne fait pas de bruit. J’apprenais vite, je lisais beaucoup. Les livres étaient mes premiers refuges, mes premières échappatoires. Je me souviens de la bibliothèque municipale, de l’odeur du papier jauni, du silence presque sacré qui y régnait. C’est là que j’ai compris que d’autres vies existaient, plus vastes, plus intenses que la mienne. C’est peut-être là aussi que j’ai commencé à espérer trop.

L’adolescence est arrivée sans fracas, mais avec son lot habituel de douleurs sourdes. Je regardais les autres tomber amoureux comme on regarde un train passer sans jamais pouvoir monter dedans. J’avais des amies, oui. Des rires, des secrets échangés à la va-vite. Mais quand il s’agissait d’amour, de désir, de cette étincelle que je voyais briller dans leurs yeux, je restais en retrait. Personne ne me choisissait vraiment. Et je faisais semblant que cela ne me touchait pas.

Je me disais que ça viendrait plus tard.

Plus tard, j’ai quitté la ville pour étudier. J’ai choisi un métier qui me permettrait d’aider sans trop m’exposer : je suis devenue infirmière. J’aimais l’idée de soulager la douleur des autres, même si je ne savais pas quoi faire de la mienne. Les hôpitaux sont devenus mon quotidien, avec leurs couloirs trop longs, leurs nuits trop courtes, leurs silences chargés de non-dits.

J’ai vu naître des bébés, j’ai vu mourir des vieillards. J’ai tenu des mains qui se refroidissaient, j’ai essuyé des larmes qui n’étaient pas les miennes. On me disait souvent que j’étais douce, rassurante. Que ma présence faisait du bien. Et je souriais, parce que c’était vrai. J’étais utile. C’était déjà ça.

Mais l’amour, le vrai, celui qu’on reçoit autant qu’on donne, celui qui vous choisit et vous reconnaît… il ne venait toujours pas.

Il y a bien eu des tentatives. Des débuts avortés. Des regards qui promettaient plus qu’ils ne donnaient. Des soirées où je rentrais seule, encore maquillée, encore pleine d’espoir inutile. Je me suis souvent demandé ce qui clochait chez moi. Si j’étais trop effacée, trop exigeante, pas assez belle, pas assez vive. J’ai appris à ne plus poser la question à voix haute.

Les années ont passé. J’ai travaillé trop. J’ai accepté des horaires impossibles, des gardes supplémentaires. Je disais que j’aimais mon métier, et c’était vrai, mais il remplissait aussi le vide. Quand on n’a personne qui vous attend, rester plus longtemps à l’hôpital paraît presque logique.

Mes parents sont morts à quelques années d’intervalle. Des morts simples, presque banales. J’ai organisé les enterrements, rangé leurs affaires, vendu la maison. J’ai pleuré, bien sûr, mais même ma tristesse était contenue, disciplinée. Je n’ai jamais su m’effondrer complètement. J’ai toujours eu peur de ne pas réussir à me relever.

Je me revois un soir d’hiver, seule dans mon appartement, regardant la neige tomber derrière la fenêtre. J’avais quarante-deux ans. Je me souviens très clairement de cette pensée : si je disparais demain, qui s’en rendra vraiment compte ? La réponse m’avait fait mal, mais elle était honnête. On aurait pleuré un peu. On aurait dit que j’étais quelqu’un de bien. Puis la vie aurait continué.

Et me voilà maintenant, à la fin du chemin.

Je sens que mon souffle se raccourcit. Chaque inspiration demande un effort conscient. Mon corps me trahit doucement, sans violence, comme s’il s’excusait presque. Il n’y a pas de grande injustice à dénoncer, pas de colère flamboyante. Seulement une immense fatigue.

Je pense à tout ce que je n’ai pas vécu. Les mains entrelacées sans raison particulière. Les disputes inutiles mais passionnées. Quelqu’un qui connaît mes silences et les respecte. Je n’ai jamais été « la personne » de quelqu’un. Jamais le choix évident. Cette pensée me serre la gorge plus fort que la douleur physique.

Et pourtant… malgré tout, il y a eu des joies. Des petites, peut-être, mais réelles. Le sourire reconnaissant d’un patient. Le rire partagé avec une collègue à trois heures du matin. La fierté d’avoir tenu bon quand d’autres auraient abandonné. J’ai existé. J’ai compté, même brièvement, dans la vie de certains.

La fin arrive maintenant. Je le sais à la manière dont le monde devient flou sur les bords. Les sons s’éloignent. Mon cœur ralentit, comme un pas hésitant avant l’arrêt définitif.

Je n’ai pas connu l’amour comme je l’espérais. Mais j’ai aimé, à ma façon. J’ai aimé la vie assez fort pour rester, pour continuer, même quand elle ne me rendait pas grand-chose. Peut-être que ça aussi, ça compte.

Si c’est vraiment la dernière pensée que j’ai le droit de garder, alors qu’elle soit simple : j’aurais voulu être aimée. Mais je suis reconnaissante d’avoir été là.

Puis tout devient calme.

Et je lâche enfin.

Le silence.

Mais pas un silence vide ou angoissant. Un silence doux, enveloppant, comme une couverture posée trop délicatement pour réveiller quelqu’un. Je ne sens plus mon corps comme avant. Il n’y a plus de poids, plus de douleur, plus cette fatigue ancienne qui s’accrochait à mes os. Je suis… légère. Non. Je flotte.

C’est la première certitude qui s’impose à moi.

Je n’ai pas l’impression de tomber, ni de monter. Je suis simplement là, maintenue par quelque chose d’invisible et de bienveillant. Autour de moi, il n’y a pas de murs, pas de plafond, pas de sol. Seulement une étendue blanche et mouvante, comme des nuages qui respirent lentement. Ils ne sont pas aveuglants. Ils sont tièdes, presque vivants, et ils ondulent doucement, comme s’ils suivaient un rythme que je reconnais sans pouvoir le nommer.

Je me sens apaisée. D’une manière si profonde que cela me surprend.

Je pense vaguement à la mort. À ce mot que j’ai tant côtoyé sans jamais vraiment l’apprivoiser. Est-ce que c’est ça, mourir ? Cette absence totale de peur ? Cette impression d’être enfin à sa place, même sans savoir où l’on est ?

Je n’ai plus froid. Je n’ai plus mal. Mon souffle n’est plus une lutte. Je n’ai même plus besoin de respirer, et pourtant je me sens incroyablement vivante, plus que je ne l’ai jamais été.

Puis, quelque chose change.

Au milieu de ce calme parfait, une vibration traverse l’espace. Ce n’est pas un bruit au sens strict, plutôt une onde, une présence qui se rapproche. Les nuages frémissent légèrement, comme si eux aussi retenaient leur souffle.

Et alors, je l’entends.

Élise.

Mon prénom.

Il n’est ni crié, ni murmuré. Il est simplement prononcé avec une douceur infinie, comme s’il avait toujours attendu ce moment précis pour exister pleinement. J’ai un sursaut intérieur. Personne ne m’a jamais appelée ainsi avec cette intonation-là. Pas même mes parents.

Élise.

Je ne sais pas comment, mais je sais que c’est à moi qu’on parle. Je veux répondre, mais aucun son ne sort. À la place, quelque chose d’autre se produit : j’ouvre les yeux.

Ou du moins, j’ai l’impression de le faire.

Devant moi se tient une silhouette.

Elle est humaine dans ses contours, mais différente dans sa présence. Ni homme ni femme, ou peut-être les deux à la fois. Sa forme est stable, rassurante, comme un point d’ancrage au milieu de cet espace mouvant. Ses traits sont doux, impossibles à fixer précisément, comme si mon esprit n’avait pas besoin de les détailler pour comprendre.

Nous flottons tous les deux.

Je baisse les yeux — ou je crois le faire — et je réalise que je n’ai pas de pieds posés sur quoi que ce soit. Mon corps est là, entier, mais libéré des lois que j’ai toujours connues. Je porte une sorte de robe claire, légère, qui ondule lentement autour de moi comme si elle faisait partie des nuages.

Je relève le regard vers l’être devant moi.

— Où… où sommes-nous ? ma pensée se forme avant même que je comprenne comment parler ici.

Il me sourit. Pas avec les lèvres seulement, mais avec toute sa présence.

— Dans un lieu de transition, répond-il. Un endroit où les âmes se reposent avant la suite.

Avant la suite.

Ces mots résonnent longtemps en moi. Une vague de souvenirs me traverse soudain. Le lit d’hôpital. La lumière blanche. La fatigue écrasante. La certitude que tout se terminait.

Je le regarde à nouveau, cette fois avec une compréhension plus nette.

— Je suis morte, dis-je.

Ce n’est pas une question.

Il hoche lentement la tête.

— Oui, Élise. Ta vie telle que tu la connaissais est terminée.

Étrangement, cela ne me brise pas. Je pensais que ce mot me ferait l’effet d’une chute brutale. Mais il glisse en moi comme une vérité enfin posée. Il n’y a ni regret brûlant, ni panique. Seulement une légère mélancolie, douce et supportable.

— Alors… c’est ça, l’après ? murmuré-je.

Il ne répond pas tout de suite. Il s’approche un peu, sans jamais envahir mon espace.

— Ce n’est pas une fin, dit-il enfin. C’est une pause. Une respiration entre deux battements.

Je laisse ces mots m’envahir. Une pause. Je pense à ma vie entière, faite d’attente, de retenue, de silences. Peut-être avais-je toujours vécu comme si j’étais en pause, justement.

— Pourquoi suis-je ici ? demandé-je. Est-ce que j’ai… fait quelque chose de mal ?

Il secoue doucement la tête.

— Il n’y a pas de faute à exister comme tu l’as fait. Tu as vécu avec sincérité, avec courage, même quand tu doutais. Tu as donné beaucoup, souvent sans recevoir en retour.

Mon cœur — ou ce qu’il en reste — se serre.

— J’ai surtout manqué, dis-je. J’ai manqué d’amour.

Cette confession m’échappe, brute, sans filtre. Je m’attends à une réponse vague, à une esquive.

Mais il me regarde avec une attention totale.

— Nous le savons, dit-il simplement.

Ces trois mots me bouleversent plus que je ne l’aurais cru. Nous le savons. Comme si ma solitude n’avait jamais été invisible. Comme si quelqu’un, quelque part, avait tout vu.

— Et maintenant ? demandé-je, presque timidement.

Il tend légèrement la main, sans me toucher.

— Maintenant, tu vas continuer.

Je fronce les sourcils.

— Continuer… comment ?

— Tu vas te réincarner dans un autre monde.

Le mot me frappe, mais il ne me paraît pas absurde. Il s’installe en moi avec une évidence troublante.

— Un autre monde ? répété-je.

— Oui. Différent du tien. Avec ses propres règles, ses propres lumières, ses propres ombres.

Je sens une tension nouvelle naître en moi. Un mélange d’appréhension et d’espoir que je n’ose pas encore nommer.

— Et… est-ce que je me souviendrai ? De tout ça ?

Son regard devient plus profond.

— Pas de cette manière. Les souvenirs conscients s’effaceront. Mais l’essentiel restera. Tes désirs, tes blessures, ta capacité à aimer.

Il marque une pause, puis ajoute :

— Et cette fois, tu auras la chance d’obtenir ce que tu as toujours désiré.

Mon souffle se coupe.

— Qu’est-ce que c’est ? demandé-je aussitôt.

Il sourit à nouveau, mais il ne répond pas.

— Tu le découvriras là-bas. Le dire maintenant enlèverait à ton chemin ce qu’il a de précieux.

Je ressens alors quelque chose d’inédit. Une chaleur douce, qui naît au creux de ma poitrine et se répand lentement. Ce n’est pas de la certitude, ni une promesse précise. C’est une possibilité. Une vraie.

Pour la première fois, je ne suis pas en train d’attendre que la vie commence.

Je la sens approcher.

Les nuages autour de moi commencent à s’éclaircir, à se mettre en mouvement, comme aspirés par un courant invisible. L’être devant moi recule légèrement.

— Il est temps, Élise.

Je voudrais dire merci. Lui poser mille questions. Mais je comprends que les mots ne sont plus nécessaires.

Alors je ferme les yeux.

Et je me laisse porter.



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Good Writing

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