PROLOGUE — Le berceau vide
Maison des Cèdres — 3h12 du matin
La nuit respire encore autour de la maison, lourde et immobile, quand un grésillement déchire le silence. Juste une vibration, un souffle mécanique qui s’accroche à l’air, comme si quelque chose tentait de traverser l’obscurité. Dans la chambre, la jeune mère se tourne lentement, les paupières lourdes, le cœur en alerte avant même de comprendre ce qui l’a réveillée.
Le babyphone diffuse une lueur pâle, tremblotante, et le son est à peine audible — un froissement, un murmure, un souffle qui n’appartient pas à son enfant. Elle tend la main, appuie sur le bouton, porte le petit écran devant son visage encore engourdi de sommeil. Et alors, son monde se fige.
Sur l’image sombre de la caméra, une silhouette se tient au bord du berceau. Une silhouette fine, immobile, penchée avec une douceur presque irréelle, comme un soir de berceuse. Le visage est hors champ. Les gestes sont lents, précis. Pas un bruit. Pas une hésitation.
Le souffle de la mère se coupe. Ce n’est pas possible. Ce n’importe quoi.
Elle s’arrache aux draps, son corps se jette hors du lit avant même que son esprit ne la rattrape, chaque pas résonnant dans le couloir comme si la maison entière retenait son souffle. Ses doigts tremblent sur la poignée de la porte. Elle pousse.
La lumière blanche du couloir s’effondre dans la chambre du bébé, et tout semble trop calme, trop silencieux, trop propre. Le rideau bouge légèrement, comme agité par une brise qu’elle ne sent pas. La fenêtre est entrouverte, une ligne de nuit s’invite sur le sol.
Le berceau est vide.
Le mobile au-dessus tourne encore d’un mouvement presque tendre, comme si une main venait de le frôler.
La mère s’approche, chancelle, agrippe les rebords du berceau avec une force désespérée, ses ongles rendant un son sec contre le bois. Elle appelle son enfant, une fois, deux fois, puis la panique avale tout : sa voix se brise, sa gorge se serre.
Dans la rue, quelque part sous la fenêtre, un pas résonne.
Un seul.
Puis un autre.
Régulier.
Calme.
Si elle avait eu la force de regarder, elle aurait vu une femme marcher lentement dans la nuit, les bras serrés contre son torse, tenant un petit corps endormi contre elle comme s’il s’agissait du sien.
Mais la mère ne voit rien.
Elle tombe à genoux.
Et la maison entière se remplit d’un silence plus terrifiant que n’importe quel cri.