Sold to the enemy

All Rights Reserved ©

Summary

Madison Davis n’a jamais été désirée. Abandonnée à la naissance par un père milliardaire qui la hait, elle a appris à se battre seule. Une nuit d’ivresse. Un défi stupide. Une enchère caritative. Vendue pour un simple dîner, elle devient le lot surprise d’un homme prêt à payer un million de dollars. Damien Kane. L’ennemi juré de l’homme qu’elle déteste le plus. Ce qui devait être un jeu devient une guerre. Entre mensonges, faux-semblants et désir interdit, Madison découvre que certains ennemis ne veulent pas détruire… Ils veulent protéger. Et parfois, le plus grand danger n’est pas l’ennemi. Mais l’homme qui vous choisit.

Genre
Romance
Author
All
Status
Ongoing
Chapters
11
Rating
4.6 5 reviews
Age Rating
16+

CHAPITRE 1 : LE PARI DE LA CONNERIE (1/2)

Mon crâne tape déjà en rythme avec la bassline pourrie qui sort des enceintes. La bière est tiède, l’air est saturé de fumée de clope et de parfum bon marché, et je suis coincée entre Zoé qui braille une chanson qu’elle ne connaît pas et Lana qui essaie de lécher mon cou.

— Lâche-moi, détraquée ! Je ris en la repoussant, renversant au passage mon verre à moitié plein sur la table collante.

— Oh, Madison qui fait sa prude ! Zoé se penche, les yeux brillants d’alcool et de malice. T’as peur de vivre un peu, c’est ça ?

— J’vis, merci. Je sirote une gorgée de la bière échappée de mon verre. Je vis en évitant les maladies buccales de Lana.

Lana éclate de rire et m’attrape le menton. — T’es trop sérieuse, Madison. C’est vendredi soir. Lâche prise.

C’est ça. Lâcher prise. Comme si c’était un bouton. Je regarde autour de moi. Le bar est une boîte étouffante, plein d’étudiants et de jeunes acteurs crevant la faim qui essaient d’oublier leur mois en trois shots. La moquette sent le renfermé et le désinfectant. Je suis là parce que c’est mieux que d’être seule dans mon studio miteux à fixer le plafond qui fuit.

— Un autre round ! hurle Chloé depuis le comptoir, levant trois tequila sunrise qui ressemblent à de la peinture toxique.

Elle revient en se dandinant, évitant de justesse un type en marcel qui a déjà les yeux dans le vague. Elle pose les verres sur la table avec un clac victorieux.

— Allez, les gonzesses, on descend ça et on va danser sur ce truc de merde !

On trinque. Le liquide sucré et acre brûle ma gorge. Je grimace. Putain de tequila de supermarché.

La musique enfle, un truc électro avec un beat lourd. Zoé et Lana se lèvent, s’agitant déjà, se frottant l’une à l’autre de manière vaguement provocante. Chloé reste, se laisse tomber sur la banquette à côté de moi. Elle sent la vanille et la sueur.

— T’as la gueule de bois d’avance, me lance-t-elle avec un sourire torve.

— J’ai la tête de ma vie d’avance. C’est pire.

— Oh, ferme-la. Tu sais que tu l’aimes.

Je la regarde. Chloé, c’est mon amie depuis le lycée. La seule qui ait tenu quand tout est parti en couille. Elle est aussi imprévisible qu’un feu d’artifice dans une poubelle, et je lui dois probablement dix fois ma vie. Et inversement.

— J’aime être avec vous. Le reste, je m’en bats les steaks.

— C’est ça le problème. Elle pointe un doigt accusateur vers mon nez. Tu te bats trop les steaks. T’es toujours en mode survie. Lâche la bride, pour une fois. Fais un truc stupide.

— Boire cette tequila était le truc stupide.

— Non. Ça, c’est la routine. Elle se rapproche, son haleine chargée d’agrumes et d’alcool. Je parle d’un vrai défi. Un truc dont on parlera encore dans six mois.

Un frisson d’alerte me parcourt l’échine. Je connais ce regard. C’est le regard « j’ai une idée de génie qui va finir aux urgences ou au poste de police ».

— Non.

— Tu sais même pas ce que c’est !

— Justement. Non.

— Madison, sérieux. Elle pose sa main sur mon bras. Si tu réussis, je te dois un service. Un gros service. Ce que tu veux. Nettoyer tes chiottes pendant un an. Te prêter ma bagnole pour un road trip. Te présenter à ce mec super chaud de mon cours de yoga.

— Le gars qui pue le patchouli et parle à son tapis ? Non merci.

— Alors autre chose ! Ce que tu veux. Mais faut que tu réussisses le défi.

Je la dévisage. La musique est assourdissante, les lumières stroboscopiques balaient son visage, rendant ses traits tantôt nets, tantôt flous. Je suis fatiguée. Fatiguée de sa sollicitude, fatiguée de ses tentatives pour me « sortir de ma coquille », fatiguée de dire non. Putain, je suis juste fatiguée.

— D’accord.

Le mot sort avant que je ne puisse le rattraper.

— Quoi ?

— J’ai dit d’accord. Vas-y. Balance ton défi de merde.

Ses yeux s’écarquillent, puis un immense sourire fend son visage. — Pour de vrai ?

— Pour de vrai. Mais si c’est niquer un cactus ou voler un panneau de signalisation, je me casse.

— Non, non, rien d’illégal. Enfin, rien de trop illégal. C’est simple. Elle se redresse, prenant une pose dramatique. Tu dois battre mon record.

— Quel record ?

— Le record de verres de… « Dragon’s Breath ». Elle désigne du menton le comptoir, où trône un bocal rempli d’un liquide rouge vif et suspect, avec un piment entier qui macère dedans. Le shooter maison. Celui à cinq dollars. Mon record, c’est sept en une heure.

Je la regarde, incrédule. — T’es une alcoolique. C’est pas un record, c’un appel à la dialyse.

— J’ai tenu ! Et je t’ai battue au bras de fer après !

— Tu as vomi sur mes Converse après.

— Les détails, Madison, les détails ! Alors, tu le fais ? Tu bats les sept ? Si tu réussis, je suis ton esclave. Si tu échoues…

— Si j’échoue ?

— Tu fais mon gage. À moi. Un seul. Mais je choisis.

Je sens un mélange nauséeux d’excitation stupide et de peur se former dans mon estomac. Je regarde le bocal rouge. C’est de la pure mort en shot. Mais Chloé a l’air si sûre d’elle. Et cette idée de pouvoir lui demander n’importe quoi… C’est un pouvoir con, mais c’est un pouvoir.

— Putain. D’accord.

— YES ! hurle-t-elle en sautant de la banquette. Elle agite les bras pour attirer l’attention de Zoé et Lana. Les filles ! Madison relève le défi ! Les sept Dragons !

Zoé et Lana reviennent en hurlant de joie, se pressant autour de la table. En deux minutes, la nouvelle s’est propagée. Des inconnus se joignent au cercle, des types hilares, d’autres filles excitées. Un barman - un géant barbu avec des tattoos de serpent sur les avant-bras - pose sept petits verres pleins de ce liquide infernal devant moi, avec un hochement de tête approbateur

— Le chrono est lancé, crie Chloé en regardant son téléphone. Une heure, Madison ! Montre-leur qui est la patronne !

Le premier shot brûle. Pas une brûlure d’alcool. Une brûlure de gaz lacrymogène épicé. Je tousse, les yeux immédiatement pleins d’eau. Autour de moi, les cris d’encouragement montent.

— Allez, Madison !

— Bouffe ce feu !

Le deuxième est pire. Ma gorge se referme. Je vois Chloé qui mime de boire, un sourire fou aux lèvres.

Le troisième. Mon estomac se contracte violemment. Je m’accroche au bord de la table. Les lumières deviennent plus vives, les sons plus étouffés.

— À mi-chemin, championne ! braille Lana.


Le quatrième. Je pense que je vais mourir. Vraiment. Une douleur aiguë me transperce le crâne. Je hoquette.


— Tu peux le faire ! hurle Zoé en frappant dans ses mains. C’est dans ta tête !

Le cinquième. C’est de la torture. Mon corps entier crie. La musique n’est plus qu’un bourdonnement. Je vois les visages autour de moi, déformés, bouche ouvertes sur des hurlements que je n’entends plus. Chloé est juste en face, ses yeux grands ouverts, fixés sur moi.

Le sixième. Je ne sens plus rien. C’est un automatisme. Je prends le verre, je le porte à mes lèvres. Le liquide coule. Ça pourrait être de l’eau. Je suis ailleurs. Loin. Dans un endroit blanc et silencieux.

J’atteins le septième verre. Ma main tremble tellement que le liquide rouge ondule. Le dernier. Putain, le dernier. Je lève les yeux vers Chloé. Elle a cessé de sourire. Elle a l’air… inquiète.

— Madison, tu peux arrêter, dit-elle, mais sa voix me parvient comme de très, très loin.

Non. J’ai dit que je le ferais. Je ne plie pas. Jamais.

Je renverse le dernier shot dans ma bouche.

Une explosion. Pas dans ma bouche. Dans ma tête. Un feu d’artifice blanc et silencieux qui efface tout.

Puis le noir.