La vie ordinaire d’Elya
Elya Vaelis avait 22 ans et menait une vie relativement banale dans une ville contemporaine.
Indépendante et déterminée, elle possédait sa propre petite boutique artisanale.
Ses cheveux bouclés, souvent indisciplinés, encadraient un visage lumineux, sa peau hâlée reflétant ses journées passées dehors, et ses yeux marron clair captaient la moindre lueur de curiosité autour d’elle. Son franc-parler lui valait parfois des situations délicates, mais son humour et sa gentillesse la rendaient profondément appréciée par ceux qui la connaissaient vraiment.
Orpheline depuis l’enfance, Elya avait grandi de foyer en foyer, apprenant très tôt à ne compter que sur elle-même. Sa boutique n’était pas seulement un travail, mais une victoire arrachée à force d’économies, de nuits blanches et d’obstination. Chloé était la seule famille qu’elle s’était choisie, la seule présence constante dans une vie qu’elle avait construite pierre après pierre.
Cette nuit-là, Elya se réveilla en sursaut, le souffle court.
Elle avait été happée par un rêve d’une intensité qu’elle n’avait jamais connue.
Dans son esprit, elle se retrouvait au cœur d’une forêt digne d’un conte : des arbres majestueux aux troncs noueux recouverts d’une mousse émeraude qui semblait vibrer, des branches formant un plafond naturel laissant filtrer une lumière douce, presque irréelle, comparable à un coucher de soleil doré.
Le sol était tapissé de feuilles scintillantes et de fleurs aux couleurs irréelles, violet iridescent et bleu éclatant. L’air lui parvenait parfumé, mélange de bois ancien et de fleurs sucrées, presque trop parfait pour être réel.
Chaque pas qu’elle faisait semblait la pousser plus loin, à la découverte d’un mystère caché derrière la brume qui dansait entre les troncs.
Soudain, un craquement brisa le silence. Elya s’immobilisa. Une brindille ? Ou quelqu’un... ?
Elle se retourna brusquement.
Un homme se tenait devant elle.
Grand, brun, à la carrure imposante, ses yeux verts brillants comme des joyaux semblaient pénétrer son âme.
Il avançait lentement, chaque pas absorbant les sons autour d’eux.
Une étrange attraction, puissante et inexplicable, l’envahit. Ses yeux hypnotiques la maintenaient prisonnière dans un mélange d’intensité et de mystère.
Il s’arrêta à quelques centimètres, se penchant doucement.
Son souffle chaud effleura son oreille et un frisson parcourut tout son corps, une décharge électrique qui l’enflamma de la tête aux pieds. Alors qu’il ouvrait la bouche pour parler... tout disparut.
Elya se réveilla en sueur, le cœur battant comme si elle venait de courir un marathon.
Elle se frotta les tempes, essayant de chasser ces images encore si vivaces.
Son corps frissonna au souvenir de son souffle, de ce regard vert gravé dans sa mémoire.
Les chiffres lumineux de son téléphone lui renvoyèrent l’heure : vendredi, 3h03. Super... il restait encore plusieurs heures avant le réveil, mais elle savait déjà qu’elle ne fermerait plus l’œil.
Se levant, incapable de rester immobile, Elya enfila un jean et un vieux pull, attrapa ses clés et se dirigea vers son petit magasin, niché dans une rue paisible.
Un endroit qu’elle avait créé à force de patience, de travail acharné et d’économies.
Chaque meuble, chaque décoration racontait une histoire, glanée ici ou là, donnant à l’espace une âme vintage et chaleureuse.
À l’intérieur, elle alluma les guirlandes lumineuses et s’installa dans l’atelier à l’arrière.
L’odeur de bois ancien et de peinture la réconforta immédiatement.
Elle se perdit dans les projets de ses clients, transformant des esquisses en œuvres, harmonisant des couleurs, essayant par chaque coup de pinceau de chasser la sensation étrange qui la hantait encore.
Pourtant, impossible d’échapper à ses pensées.
Alors qu’elle mélangeait ses peintures devant la toile de Monsieur Vasseur, les souvenirs du rêve revinrent.
L’homme grand, brun, musclé, aux yeux verts qui pourraient faire fondre un iceberg... Trop parfait pour être réel ? Sans doute. Ou bien son subconscient lui envoyait un message. Elle savait qu’elle rêvait régulièrement de deux hommes : l’un hypnotique et fascinant, l’autre sombre et dangereux.
Elya lâcha un soupir, amusée par son propre esprit.
— Bravo, Elya, maintenant tu fantasmes sur des mecs qui n’existent même pas...
Après plusieurs heures de travail, elle termina le tableau de Monsieur Vasseur, reproduisant le lieu où il avait rencontré son épouse, avec soin et émotion. Les couleurs, la lumière, chaque détail... tout devait rendre hommage à ce souvenir précieux. Mais malgré ses efforts, une question restait : avait-elle vraiment capturé l’essence ou seulement une belle image ?
La réponse arriva là où elle ne l’attendait pas.
Une notification fit vaciller cette routine patiemment bâtie... Un simple mail. Quelques lignes seulement. Une galerie d’art new-yorkaise confirmait sa sélection pour une exposition à venir. Une reconnaissance qu’elle n’avait jamais osé attendre, mais pour laquelle elle s’était battue en silence.
Pour la première fois depuis longtemps, Elya s’était autorisée à croire que ses efforts pouvaient la mener plus loin que la survie.
Regardant l’heure, elle se prépara pour sortir. Elle envoya un message à sa meilleure amie, Chloé :
“Hey, ça te dit de sortir boire un verre ce soir à 20h ? Juste histoire de faire une petite pause.”
Plus tard, enfilant une robe bustier noire, ses cheveux bouclés relevés en chignon, ses bottines et sa veste en cuir, elle se prépara à retrouver Chloé pour célébrer cette étape.
Au bar, elles trinquèrent, dansèrent, riaient... et c’est alors qu’Elya aperçut, dans un coin, un homme qui semblait étranger au temps et à l’espace, se mouvant avec une grâce presque irréelle. Les yeux d’Elya se fixèrent sur lui, un frisson traversant son corps. Chloé, remarquant son regard, la taquina :
— Hé, tu ne vas pas me dire que ce gars te fait déjà de l’effet ?
Elya secoua la tête, tentant de se concentrer sur la musique. Mais une certitude étrange persistait : quelque chose, ou quelqu’un, venait d’entrer dans sa vie, et rien ne serait plus jamais pareil.