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Zaïre•héritiers

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Summary

Au XXIe siècle, alors que les nations africaines cherchent à redéfinir leur identité, la République démocratique du Congo traverse un tournant historique. Après des années d’instabilité politique, un référendum populaire massif conduit à l’adoption d’une nouvelle constitution. Le peuple choisit de renouer avec une monarchie enracinée dans les traditions ancestrales et les espoirs modernes. Ainsi naît l’Empire du Zaïre, dirigé par Sa Majesté Théophile Igwe Jule Zaïre Ier, proclamé Empereur du Zaïre. l’empereur ouvre une nouvelle ère d’unité, de dignité et de souveraineté pour son peuple. À sa mort, le trône passe à son unique héritière : Sa Majesté l’Impératrice Lydia Kétura Isabella M’Pasi Zaïre, déjà mère de 9 héritiers

Genre
Mystery
Author
Angela
Status
9mo ago
Chapters
4
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapter 1


La salle de presse du Palais impérial de Kinshasa était baignée d’une lumière douce et dorée, tamisée par d’épais rideaux ivoire. Les journalistes, alignés derrière leurs pupitres, murmuraient entre eux, impatients. L’emblème du Grand Empire du Zaïre, brodé en fil d’or sur fond bleu nuit, trônait derrière le pupitre principal. C’était le jour de la conférence annuelle sur les relations étrangères.

Puis, elle entra.

La princesse Kataleya Neema M’pasi Victoria Zaïre, 24 ans, s’avança d’un pas assuré. Élégante, belle ,habillée d’un tailleur émeraude rehaussé de broderies traditionnelles, elle dégageait un calme impressionnant. Son regard, vif et lucide, balayait la salle avec une assurance qu’on ne pouvait feindre.

Dans un coin discret de la salle, à moitié cachée , la princesse Nyala Niota M’pasi Zaïre, 21 ans, observait. Ses yeux brillaient. Sa grande sœur n’était pas qu’une figure publique ,elle était une source d’inspiration vivante.

Kataleya posa ses notes, ajusta le micro, puis prit la parole d’une voix posée, maîtrisée :

— Mesdames et messieurs, membres de la presse impériale et internationale, merci d’être présents. Aujourd’hui, nous parlerons des nouvelles alliances économiques stratégiques que l’Empire du Zaïre entend conclure avec les États de l’Est et la Confédération Pacifique. Il ne s’agit pas seulement de commerce. Il s’agit de souveraineté, de développement mutuel et de respect.

Un journaliste français leva la main.

— Alphonse Roulin, Le Monde. Votre Altesse, plusieurs voix critiquent les récents accords avec l’Est comme étant trop favorables à nos partenaires étrangers. Que répondez-vous à cela ?

Un léger sourire effleura les lèvres de Kataleya.

— Une collaboration n’est pas une soumission, Monsieur Roulin. Chaque clause signée a été examinée par le Conseil impérial. Nous exportons notre cobalt, notre savoir-faire, et en retour, nous consolidons nos infrastructures, notre autonomie technologique et nos ambitions spatiales. Le Zaïre ne se vend pas, il construit.

Quelques applaudissements discrets retentirent.

Dans l’ombre, Nyala serra les bras contre elle, fière. Elle murmura tout bas :

— Tu es une vraie lionne, grande sœur...

Un autre journaliste demanda :

— Votre Altesse, comment l’Empire réagit-il aux tensions ethniques avec la fédération karélienne ? Les mouvements de troupes sont-ils une menace ?

Kataleya devint plus grave. Sa voix, ferme, résonna :

— L’Empire du Zaïre est attaché à la paix, mais il n’est pas naïf. Notre empire est protégé , nos soldats formés. Nous privilégierons toujours le dialogue. Mais s’il faut défendre notre peuple, nous répondrons avec honneur et force.

La caméra du Palais diffusait en direct à travers tout le continent. Nyala aperçut plusieurs pages diplomatiques ouvertes sur les écrans à côté d’elle, illustrant à quel point sa sœur était devenue un pilier de l’avenir impérial.

À la fin de la conférence, Kataleya quitta la scène sous les flashs. En coulisses, elle tomba face à face avec Nyala, qui lui tendit une bouteille d’eau avec un sourire complice.

— Tu viens de leur montrer ce que c’est qu’être fille d’une impératrice, dit Nyala avec admiration.

Kataleya lui caressa tendrement la joue.

— Merci, ma douce… répondit Kataleya en prenant la bouteille. Tu m’as regardée tout le long ?

— Oui… mais… je me demande parfois si je serai capable de faire ce que tu fais. De parler avec autant d’assurance… Moi, je doute tout le temps.

Kataleya s’arrêta. Elle posa la bouteille, s’approcha de sa sœur et la prit doucement par les épaules.

— Tu crois que je suis née avec cette voix, cette prestance ? Non, Nyala. Ce que tu as vu là, c’est le fruit du silence, des lectures nocturnes, des larmes versées quand personne ne regardait.

— Mais moi je… j’ai l’impression que j’avance lentement, murmura Nyala, la gorge un peu nouée.

Kataleya sourit tendrement, puis lui prit la main.

— On ne naît pas prête, Nyala. On choisit de le devenir. Il faut du travail, de la persévérance… et surtout, une volonté qui ne tremble pas face au vent.

Elle s’interrompit un instant, puis ajouta, presque comme une prière :

— La fleur ne force pas sa beauté. Elle pousse, même dans la terre sèche, portée par rien d’autre que sa foi en la lumière.

Nyala leva les yeux, touchée.

— Tu crois que je peux y arriver ?

— Non. Je le sais. Tu es une Zaïre. Et ton temps viendra, comme l’aube ne manque jamais le rendez-vous avec l’horizon.

— Allez viens, petite étoile. On a encore du travail…

Un homme élégant, en costume sombre brodé du sceau impérial, s’approcha avec discrétion. C’était Richard Kazadi, l’attaché de presse du palais. Âgé d’environ 45 ans, il portait sur son visage les traces d’une vie de discipline et de loyauté.

Il s’arrêta à quelques pas, posa la main sur son cœur dans un salut traditionnel, et inclina légèrement la tête.

— Vos Altesses … Princesse Kataleya, excusez mon intrusion. Je viens vous rappeler qu’une interview a été confirmée pour demain matin à 9 heures, avec la chaîne panafricaine NTA. L’équipe souhaite aborder les retombées de la conférence d’aujourd’hui.

Kataleya hocha la tête, concentrée.

— Merci, Richard. C’est noté. Vous pouvez transmettre à NTA que je serai prête.

Avant qu’il ne puisse s’éclipser, une voix s’éleva, un peu hésitante.

— Et… est-ce que je peux la faire ? demanda Nyala, les yeux brillants d’un mélange d’audace et de crainte.

Kazadi se figea, légèrement surpris. Il tourna lentement la tête vers la jeune princesse.

— Vous, Altesse ? répéta-t-il, pris entre respect et prudence. Ce genre d'intervention médiatique est… sensible. Il y aura des questions non préparées, et l’interview est en direct. Nyala baissa un instant les yeux, comme pour se protéger de ce doute. Mais elle releva vite la tête.

— Justement. Comment saurai-je si je suis capable… si je ne commence jamais ?

Un silence pesa. Richard jeta un regard vers Kataleya, cherchant une réponse.

La princesse aînée observa sa cadette un instant. Puis, un sourire fin éclaira ses lèvres.

— Elle le fera.

— Votre Altesse… êtes-vous certaine ? insista Kazadi, un peu inquiet.

— C’est dans le feu qu’on forge les âmes fortes, Richard, répondit Kataleya doucement. Elle sera prête. Je m’en assurerai personnellement ce soir.

Richard s’inclina, cette fois avec plus de respect que d’hésitation.

— Très bien, Votre Altesse. Je transmettrai les informations nécessaires à l’équipe de communication.

Puis il se retira discrètement.

Kataleya se tourna vers Nyala, mi-sérieuse, mi-souriante.

— Tu as vingt-quatre heures pour briller. Pas de place pour le doute. On commence maintenant.

Les appartements de la princesse Nyala étaient baignés d’une lumière dorée en fin de journée. De hautes fenêtres en arc laissaient passer les rayons tamisés du soleil couchant, qui jouaient sur les tissus précieux étalés un peu partout : soies chatoyantes, brocards traditionnels, velours profonds.

Au centre de la pièce, Nyala, debout devant un miroir à trois faces, tenait une robe bleu nuit contre elle, l’air peu convaincue. Autour d’elle, des portants entiers de tenues avaient été roulés jusqu’à sa suite privée.

— Trop… sérieux, murmura-t-elle.

— Trop « première dame », confirma une voix calme derrière elle. C’était Carin, la styliste personnelle de la famille impériale, une femme au port droit et à l’œil sûr, dans la quarantaine, vêtue d’une tunique sobre aux tons sable. Elle observait sa protégée avec attention.

— Et celle-ci ? proposa-t-elle en tendant une longue robe ivoire à fines broderies d’argent.

— Trop cérémonie officielle, répondit Kataleya, qui venait d’entrer dans la pièce avec une tasse de thé fumant entre les mains.

Nyala se tourna vers elle, le regard un peu paniqué.

— Rien ne me va… Tout me donne l’impression de jouer un rôle qui n’est pas le mien. Kataleya s’approcha, posa la tasse sur une table basse, puis prit dans ses mains un caftan vert mousse élégant, orné discrètement de motifs géométriques dorés.

— Essaie ça. Léger, frais, à ton image… Mais avec assez de prestance pour montrer que tu ne viens pas en tant que figurante.

Nyala hésita, puis l’enfila derrière un paravent. Carine arrangeait les accessoires avec une efficacité silencieuse.

Kataleya en profita pour s’asseoir au bord du grand lit.

— Tu sais, Nyala… il ne s’agit pas d’être parfaite demain. Il s’agit d’être vraie.

— Mais si je perds mes mots ? Si je réponds à côté ? Et s’ils me comparent à toi ou pire à mère ? demanda la voix tremblante de Nyala derrière le paravent.

— Alors tu rectifieras, tu souriras, et tu montreras qu’une jeune femme imparfaite peut avoir autant de force qu’une voix rodée. Ce n’est pas ton élocution qu’ils retiendront. C’est ton regard, ta sincérité.

Nyala sortit, habillée du caftan suggéré. Il épousait parfaitement sa silhouette, tout en lui donnant une noblesse discrète. Carine hocha la tête, visiblement ravie.

— Là, oui. Voilà la princesse que le peuple doit voir.

Nyala se tourna vers Kataleya, touchée.

— Tu crois que je peux vraiment… être digne de cet Empire ?

Kataleya la regarda longuement.

— Être digne, ce n’est pas ne jamais tomber. C’est se relever, et continuer à avancer, même quand personne n’applaudit. Tu n’as rien à prouver, Nyala. Tu as juste à te montrer.

Nyala sourit.

— Alors… je me montrerai.

La nuit s’était étendue doucement sur les toits du Palais Impérial. Un silence enveloppait les couloirs, brisé seulement par le bruissement du vent contre les vitraux . Dans ses appartements aux tons émeraude et ivoire, la princesse Kataleya s’installait enfin après une journée longue et dense.

Elle ôta ses boucles d’oreilles, relâcha sa coiffure, puis s’affala sur son lit , le regard perdu quelques instants dans les ombres du plafond sculpté. Son téléphone vibra. À l’écran, le nom s'afficha : mon cœur ( Karim Abadhoulaï ).

Un sourire tendre fendit son visage fatigué. Elle décrocha aussitôt.

—📞 Assalamu alaykum, mon prince, souffla-t-elle doucement.

— 📞Wa alaykum salam, habibti. Tu as l’air éreintée, murmura Karim, sa voix chaude et tendre.

— 📞C’était une journée rude, oui… Mais riche. J’ai tenu la conférence sur les relations commerciales panafricaines, puis Nyala m’a surprise en demandant à faire l’interview de demain à ma place.

— 📞Vraiment ? C’est une belle initiative.

— 📞Oui, mais elle doute… Et moi aussi, avoua-t-elle, en jouant avec une mèche de cheveux. Je veux croire en elle, mais je ne veux pas non plus qu’elle se brûle les ailes trop tôt.

Il y eut un petit silence. Puis Karim répondit avec calme :

— 📞Tu oublies que tu as été comme elle, un jour. Incertaine, fébrile… et pourtant, regarde-toi maintenant. Si tu lui tends la main, elle s’élèvera. Et si elle tombe, tu la relèveras. C’est ça, être sœur.

— 📞Tu dis toujours les mots qu’il faut, murmura-t-elle, touchée.

— 📞Parce que je te connais. Je t’aime. Et que j’aimerais que tu me racontes ta journée tous les soirs, jusqu’à la fin de mes jours.

Kataleya sourit, ses yeux brillants de fatigue et d’émotion.

— 📞Et toi ? Ton conseil à Damas ?

— 📞Ah, politique et patience… J’ai évité une tension diplomatique entre deux clans rivaux, assisté à un débat houleux sur la succession de l’émirat, puis j’ai mangé une soupe de lentilles affreuse. Et tout ce que je voulais, c’était entendre ta voix.

— 📞Pauvre martyr, rit-elle doucement.

— 📞Mais je me soigne… en imaginant le jour où tu seras à mes côtés, ici.

Un silence tendre s’installa.

— 📞La nuit est tombée, dit-elle doucement.

— 📞Et demain t’attend.

— 📞Oui...

— 📞Alors dors, Kataleya. Et laisse-moi veiller sur toi, même de loin.

Elle ferma les yeux, le téléphone toujours contre son oreille. La dernière chose qu’elle entendit fut sa voix.

— 📞Bonne nuit, lumière de mon empire.

Et quelque part entre deux souffles, le jour se leva. Le soleil était déjà haut dans le ciel de Kinshasa ce matin-là, baignant la capitale impériale d’une lumière vive. Le tumulte de la ville vibrait jusqu’aux grilles du Complexe National de Radiodiffusion du Zaïre, où la princesse Nyala Niota M’pasi Diana Zaïre s’apprêtait à faire ses premiers pas seule devant les médias.

Dans sa voiture officielle, elle relisait nerveusement une lettre manuscrite de Kataleya, scellée du cachet de la princesse et glissée sous sa porte à l’aube.

> « Ma chère Nyala,

> Je ne pourrai être là physiquement, mais sache que mon cœur battra au rythme du tien. Tu es prête, tu es capable, tu es née pour t’exprimer, et non pour t’effacer. Que ta voix porte ton intelligence et ton humanité. N’aie pas peur d’improviser si le moment l’exige. Sois vraie, sois Niota. Je t’aime.

> — Kat. »

Nyala referma la lettre avec un souffle long, puis tourna son regard vers la bâtisse de béton et de verre qui se dressait devant elle. L’instant était venu.

*** À l’intérieur du studio, tout était déjà prêt. Caméras, lumières, techniciens en alerte… Et au centre, *Émilie Bakira Luta*, la journaliste redoutée. Connue pour son verbe tranchant, ses interviews percutantes et sa tendance à mettre les figures publiques dans l’embarras, Émilie était une femme dans la cinquantaine, au regard acéré et à la voix posée, vêtue d’un tailleur sombre et élégant.

Elle s’était déjà frottée à la famille impériale, notamment en essayant de coincer Kataleya lors d’un débat sur la répartition des ressources minières entre les provinces autonomes. Aujourd’hui, elle flairait une nouvelle opportunité.

Lorsque Nyala entra sur le plateau, elle la salua poliment. Émilie lui sourit et s’incline avec courtoisie, mais ses yeux brillaient d’une intention plus aiguisée.

— Princesse Nyala, merci d’avoir accepté cette entrevue.

— Merci à vous de m’y avoir invitée, répondit Nyala avec calme, bien qu’un peu tendue.

L’interview débuta sur des sujets attendus : la coopération culturelle entre le Zaïre et les nations du Sahel, les bourses d’études offertes aux jeunes artistes, le programme de restauration des sites historiques…

Mais rapidement, Émilie lança un sujet glissant.

— Certains analystes reprochent à la monarchie de concentrer les fonds publics sur les projets impériaux, laissant les zones rurales à l’abandon. Qu’en dites-vous ?

Nyala sourit légèrement.

— Je pense que toute institution moderne doit accepter la critique. Mais nous travaillons justement à décentraliser les budgets. Le programme “Zaïre en Terre” lancé par ma sœur prévoit d’allouer 38 % des fonds culturels aux provinces rurales d’ici deux ans. Ce n’est pas un discours, c’est un plan chiffré.

Un point pour Nyala.

Plus tard, Émilie aborda la présence du Zaïre dans les affaires panafricaines, citant la récente tension diplomatique avec le Dahara Occidental.

— Certains parlent d’un ton impérialiste… L'Empire n'impose-t-il pas trop sa vision à ses partenaires ?

Nyala croisa les mains.

— L’Empire n’impose pas, il propose. Ce n’est pas en s’effaçant qu’on obtient le respect, mais en dialoguant. Et parfois, dire non avec dignité est la meilleure forme de coopération.

Un silence respectueux suivit. Même Émilie sembla brièvement surprise.

L’interview dura 47 minutes. Nyala resta posée, articulée, sincère. Elle admit ne pas tout savoir, mais promit d’apprendre. Elle parla des femmes rurales, des jeunes ingénieurs, du besoin d’un nouvel imaginaire collectif africain, des conflits ethniques.À la fin, Émilie tendit la main.

— Vous m’avez impressionnée, princesse.

Nyala sourit, un peu soulagée.

— Peut-être m’avez-vous un peu aidée, sans le vouloir.

En sortant du studio, les membres de l’équipe technique s’inclinaient discrètement. Sur le chemin du retour, elle relut la lettre de Kataleya dans son esprit.

Et pour la première fois, elle sentit qu’elle était prête à tracer son propre sillage.Le cortège officiel franchit lentement les grandes grilles du Palais impérial de Kinshasa, salué par les gardes en tenue d’apparat.

À peine sortie de la voiture, la princesse Nyala fut accueillie par un parfum familier . Elle releva les yeux et vit son frère, le prince Théo Zola M’pasi Alexander Zaïre, qui l’attendait sur le perron.

Grand, élégant dans une veste longue en lin ivoire brodée d’or, le regard doux et franc, Théo affichait un sourire à la fois fier et attendri.

— Eh bien… la petite cinquième des M’pasi a fait trembler les ondes aujourd’hui, dit-il en ouvrant les bras.

Nyala s’y précipita avec un rire mêlé d’émotion. Il l’enlaça fermement, comme pour la protéger de tout.Elle s’éloigna et s’inclina respectueusement.

— Je croyais que tu étais encore au Kivu ! s’exclama-t-elle en se détachant un peu.

— J’ai pris le vol de l’aube. J’ai vu l’interview à l’aéroport… tu m’as cloué le bec. Je t’ai laissée enfant, et je te retrouve femme, assurée, brillante.

Nyala baissa les yeux, un peu gênée.

— J’avais peur, tu sais. Jusqu’à la dernière minute.

Théo posa une main légère sur son épaule.

— La peur ne t’a pas arrêtée, et c’est ce qui fait toute la différence. Papa est sûrement fier. Et Maman… je n’ose même pas imaginer comme elle va se vanter auprès des ses ministres .

Ils rirent doucement, complices.

— Nyala. Mais souviens-toi, la voix seule ne suffit pas. C’est la manière dont tu l’utilises qui façonne ton impact.

Elle hocha la tête, attentive.

— J’essaierai de m’en montrer digne.

— Tu l’es déjà, répondit Théo en lui tendant le bras. Viens. J’ai faim. Et tu me dois tous les détails.

Alors que Théo et Nyala gravissaient les dernières marches du palais, leurs rires complices s’élevèrent brièvement . Les grandes portes sculptées s’ouvrirent lentement, dévoilant le hall impérial ,mais une silhouette familière les attendait déjà, droite, immobile, les mains croisées dans le dos.

Nyala s’arrêta net.

— Tariq ?

Le prince héritier Tariq Oren M’pasi William Zaïre, vêtu d’un manteau long en cachemire noir aux broderies dorées subtiles, les observa avec un sourire discret.

— J’étais curieux de voir si ma petite sœur était vraiment devenue une oratrice d’envergure, dit-il d’un ton calme et taquin.

Nyala se précipita vers lui, puis s’incline avec Théo devant l’héritier.

— Je ne t’attendais pas avant la semaine prochaine, murmura Théo, qui s’approcha à son tour.

— Je suis revenu plus tôt que prévu. La Russie a été… fructueuse, mais délicate, répondit Tariq sans entrer dans les détails.

Il tendit les bras et prit ses deux cadets dans une étreinte fraternelle, brève mais empreinte de chaleur.

— J’ai vu ton interview, Nyala. Tu as été admirable. Claire, mesurée, posée… comme une Zaïre. Tu as fait honneur à notre nom.

— Merci, grand frère…

— Mais maintenant, reprends des forces. Va te reposer, souffla-t-il doucement, une main sur son épaule.

Puis, se tournant vers Théo, son expression changea légèrement, plus sérieuse.

— Frère, puis-je te parler un moment ? Seuls.

Théo hocha la tête sans poser de question. Nyala, intriguée mais obéissante, s’inclina légèrement et les laissa.

Alors que les portes se refermaient derrière elle, les deux frères s’échangèrent un regard chargé de sous-entendus. Une discussion d’homme à homme, de prince à prince, allait commencer.

Théo se tenait debout, les mains croisées dans le dos, observant son frère aîné qui venait de retirer sa veste de voyage.

— Tu as maigri, Tariq.

— Moscou n’est pas réputée pour son hospitalité ni ses festins royaux, répondit-il avec un sourire las.

— Tu m’as dit que le voyage avait été fructueux… mais je sens que ce n’est pas toute la vérité. Parle.

Tariq soupira longuement avant de reprendre, d’un ton plus bas.

— Le président russe m’a convoqué en personne. Pas ses émissaires, pas ses généraux. Lui. Il voulait discuter d’une alliance... technologique et stratégique.

— Une alliance ? s’étonna Théo, les yeux plissés.

— En clair, il s’intéresse aux nouvelles avancées de notre programme en armement autonome. Nos drones, nos systèmes de défense satellitaire. Il veut un accès. En échange, il offre protection, ressources et... influence dans certaines zones instables d’Afrique de l’Est. Théo serra les mâchoires.

— Et les Américains vont adorer ça, ironisa-t-il. On joue avec deux loups affamés.

— Exactement. Et je pense que Moscou veut se servir du Zaïre comme d’un pion. Officiellement, c’est une alliance. Officieusement, une dépendance déguisée.

Un silence tendu tomba.

— Je vais lancer une enquête discrète, dit Théo. Nos services ont déjà relevé des anomalies dans les communications militaires russes. Et on sait que leur attaché à Kinshasa a rencontré des industriels zaïrois dans des dîners "non officiels". Je vais creuser ça.

Tariq hocha la tête, soulagé.

— Je savais que je pouvais compter sur toi.

Théo s’adoucit légèrement, s’adossant au mur près de la fenêtre.

— Et toi ? Comment ça se passe avec Laetitia ? Vous êtes censés annoncer vos fiançailles d’ici la fin de l’année.

Tariq eut un rire bref, sans joie.

— Elle est merveilleuse. Mais... notre relation est prise dans le poids de ce que nous représentons. Elle veut m’aimer en tant qu’héritier, mais je suis d’abord Tariq . Il y a des jours où je me dis qu’elle l’a oublié et que je l’épuise. Et des jours où elle me fait peur, parce que je vois en elle... trop d’ambition .

Théo resta silencieux, puis répondit :

— L’amour demande un équilibre. Et beaucoup d’humilité.

Tu parles comme quelqu’un qui a trouvé le sien, sourit Tariq.

Théo baissa légèrement les yeux.

— Vanessa tient bon. Huit ans à supporter mes absences , mes silences, mes missions à l’étranger... Elle est forte, fière, comme son père. Mais parfois je me demande si je mérite cette fidélité.

— Elle croit en toi, répliqua calmement Tariq. Et elle sait ce que tu représentes. Tu n’es pas qu’un homme, Théo. Tu es un pilier de cette dynastie. Et elle l’accepte.

Un silence complice s’installa entre les deux frères.

— Nous avons tant à protéger, souffla Théo.

— Oui. Et tant à surveiller, conclut Tariq


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