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Summary

À Blackwood Ranch, les cœurs se reconstruisent… mais jamais de la même façon. Après son divorce, Elizabeth revient au ranch familial, au cœur du Montana. Entre retrouvailles, tensions et sentiments qui naissent là où on ne les attend pas, plusieurs destins s’entrelacent. Elle n’était pas venue chercher l’amour. Mais parfois, en se retrouvant soi-même, on ouvre la porte à ce qui nous manquait sans même le savoir.

Status
Complete
Chapters
19
Rating
5.0 5 reviews
Age Rating
18+

Chapitre 1

Elizabeth

Ce lundi matin, j’ai rendez-vous à l'autre bout de Denver.

Mon avocat et ami, Maître Arthur Moray, a de nouveaux éléments pour mon divorce en cours, mais il n'a rien voulu me dire au téléphone.

Quand j'arrive à son bureau, le secrétaire me fait entrer tout de suite.

Arthur discute avec un homme âgé. Ils se lèvent à mon entrée et m’invitent à m’asseoir.

― Elizabeth, je te présente Maître Gibbons. Il vient du Montana et a des nouvelles pour toi.

― Madame Jacobs, je suis enchanté de vous rencontrer enfin, annonce le vieil homme.

― Le Montana ? J'y suis née, mais je ne connais plus personne là-bas. Et appelez-moi madame Fitzpatrick, ou Elizabeth, s’il vous plaît.

― Je suis désolé de vous annoncer cela, mais vous aviez encore votre grand-mère paternelle. Suzan Blackwood est décédée il y a dix jours, le 1er septembre, et vous a désignée dans son testament, explique-t-il.

Heureusement que je suis assise. Je n'étais pas préparée à cette nouvelle.

La surprise laisse place à la colère.

― Pas de nouvelle pendant vingt-cinq ans, et je devrais pleurer une femme qui m'a ignorée depuis la mort de son fils ?

Je souffle, incrédule.

― Maître Gibbons, pardonnez-moi, mais vous pouvez repartir d'où vous venez, et dire que je ne veux rien de ces gens.

― Madame Fitzpatrick, il doit y avoir un malentendu. Feue ma cliente a correspondu avec votre mère jusqu'à la mort de celle-ci, en 2013, répond Gibbons.

― Pardon ?

― À la mort de votre père en 1997, votre mère et votre grand-mère se sont disputées. Elle a déménagé à Denver avec vous, mais elle a continué à lui donner de vos nouvelles, via mon cabinet.

Devant mon regard stupéfait, il se redresse dans son fauteuil.

― En octobre 2013, la dernière lettre de Suzan est restée sans réponse.

Je me reprends et lui confirme.

― C’est normal, ma mère est morte d’un accident de voiture en septembre 2013.

Il enchaîne :

― Effectivement. Le cabinet Fitzpatrick & Jacobs a fait parvenir un colis contenant toutes les lettres qu'elle avait envoyées, accompagnées d'une note annonçant le décès de madame Fitzpatrick... et selon laquelle vous refusiez tout contact avec votre grand-mère.

Je reste sans voix. Je n'en avais aucune idée. L'existence de mon père et l’absence de contact avec sa famille étaient un sujet tabou à la maison. Face au silence, j’ai arrêté de poser des questions.

Je réfléchis à toute allure.

À cette époque, j’étais déjà fiancée à Daniel. Étant jeune avocat dans le cabinet de son père et de mon beau-père, il s'est occupé de la succession à la mort de ma mère et de mon beau-père.

Ma tête tourne. Arthur me donne un verre d'eau que je bois lentement.

Gibbons ouvre une mallette sur le bureau et la tourne vers moi. À l’intérieur, il y a des dizaines d'enveloppes jaunies. J’aperçois des dates, des photos qui dépassent. Sa voix devient plus douce.

― Madame Fitzpatrick, ceci vous revient. Prenez le temps de les lire, dit-il en poussant la mallette dans ma direction.

Il ajoute :

― Je reste en ville quelques jours pour d'autres affaires. Nous pourrons nous revoir dans un jour ou deux pour statuer sur le reste de la succession.

Je le regarde, étonnée.

― Le reste ?

― Oui, votre grand-mère vous a légué le ranch Blackwood à Ennis, dans le Montana.


Je ne me souviens pas du trajet jusqu'à l'hôtel où je travaille ni vraiment de ma journée de boulot.

Je retourne enfin dans la suite que j’occupe depuis ma séparation, je retire mes talons aiguilles, je me sers un double whisky et je me pose au sol devant la table basse du salon.

J'ouvre la mallette d’une main hésitante. Je fouille à l’intérieur. Les enveloppes sont ouvertes et rangées par ordre chronologique, un paquet par année.

Elles représentent un passé que je croyais inaccessible.

Je les lis toutes.

Les premières années sont serrées, presque fébriles : une enveloppe par semaine, parfois deux. 1998. 1999.

Ma mère écrit court. Des phrases directes, presque télégraphiques. « Elizabeth a eu une médaille ». « Elle tousse encore ». « Elle a gagné son concours ». Et, glissées dedans, des photos. Trop de photos pour que je les aie toutes vues.

Sur l’une, je suis sur un poney, les joues rouges, le sourire immense. Sur une autre, je porte un ruban de compétition et je fais semblant d’être sérieuse.

Puis l’écriture change. Celle de ma grand-mère. Plus fine, plus lente, comme une main posée sur l’épaule.

Elle raconte le ranch, les repas, les bêtes, la saison qui tourne, et au détour d’une ligne, Blacky. Mon mustang est redevenu sauvage. Il ne laisse personne s’approcher, sauf Théo, le fils du nouveau contremaître.

Blacky... Mon cœur se serre. Comment ai-je pu oublier mon cheval ?

Je découvre sur une photo d’elle et de mon père. Et je comprends ce qu’elle veut dire quand elle parle de ressemblance : la même rousseur, la même lumière chaude dans les cheveux. Les mêmes yeux noisette.

La dernière lettre provenant de ma grand-mère date de quelques jours après la mort de ma mère. Dans cette lettre, grand-mère s'inquiète de mes fiançailles et de ce qui ressemble à un mariage d'affaires plus qu'à un mariage d'amour.

Ô grand-mère ! Tu ne croyais pas si bien dire.

En rangeant précieusement la lettre, mon souffle s’allège. Ma grand-mère m’a fait un cadeau immense : la preuve que la famille de mon père ne m'a pas reniée.

Je referme doucement la mallette.

Puis mon sourire se fige.

Cette dernière enveloppe n’a pas été ouverte proprement au coupe-papier comme les autres : elle a été éventrée, sans ménagement. Je n’ai aucune preuve, juste la certitude sale que Daniel l’a lue.

Et il a renvoyé toutes les lettres avec son mépris pour ceux qui ne sont pas de son monde.

Quelque chose monte en moi, lent et acide.

John-Thomas Fitzpatrick Jr., mon beau-père, a effacé le nom de Blackwood en m’adoptant.

Daniel Jacobs a coupé les derniers liens familiaux en renvoyant les lettres sans m’avertir.

J'ai la nausée.

On m’a tenue dans l’ignorance de mon passé. Et ça, je ne le pardonne pas.