PROLOGUE
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L’Heure de l’Éclipse
Le ciel de Qalat al-Nour ne s’était pas éteint. Il avait été dévoré.
Sur les remparts de la Citadelle, le Commandeur Idris ibn Rashid observait l’horizon avec une incrédulité glacée. Ce n’était pas une tempête de sable, ni même un orage. C’était une nappe d’encre absolue, une absence de lumière qui rampait sur les dunes avec une faim millénaire. Partout où cette obscurité passait, le monde cessait d’exister.
— Préparez les feux de signalisation ! hurla Idris, sa voix luttant contre un silence surnaturel qui commençait à peser sur la cité.
Mais les torches refusèrent de s’allumer. Le soufre ne crépitait pas. La magie elle-même semblait s’asphyxier.
Puis, les premières Ombres franchirent les murs.
Elles n’avaient pas de visages, seulement des silhouettes mouvantes qui distordaient l’air autour d’elles. Les soldats de la Lame d’Argent, les plus braves du Sultan, frappèrent le vide. Leurs épées traversèrent les spectres comme s’ils n’étaient que de la fumée, mais en retour, le contact des Ombres était fatal. Un cri s’éleva, court et étouffé. Un garde venait d’être effleuré ; en une seconde, sa peau vira au gris cendre, ses yeux se vidèrent de leur éclat, et son corps s’effondra, réduit à une carcasse de poussière avant même de toucher le sol.
L’âme n’était pas seulement prise ; elle était effacée.
Idris recula vers la Grande Bibliothèque, le dernier bastion encore debout. À l’intérieur, le Vizir Malik l’attendait, entouré de parchemins qui se consumaient spontanément dans une lueur verdâtre maladive.
— Les épées ne servent à rien, Malik ! cracha Idris en barricadant la porte massive. Nous combattons le néant.
Le Vizir leva des yeux injectés de sang. Il tenait un fragment de cristal émeraude qui vibrait avec une intensité désespérée.
— Le néant ne peut être combattu que par ce qui le lie, murmura le vieil homme. Les textes sont formels, Idris. La barrière est tombée parce que le sang s’est dilué. Mais le Voile... le Voile respire encore.
Une secousse ébranla la Citadelle. À l’extérieur, le silence était devenu total. Plus de cris, plus de vent. Juste le craquement de la réalité qui se fissurait.
— Où est-elle ? demanda Idris, sa main se crispant sur la garde de sa lame inutile.
— Dans la Vallée Oubliée. Cachée derrière sept siècles de silence. Elle porte l’émeraude, mais elle ignore qu’elle porte aussi notre survie.
Malik lui tendit une carte dont les contours semblaient se dissoudre sous l’effet de l’obscurité ambiante.
— Trouve la Gardienne, Idris. Ou Qalat al-Nour ne sera que le premier tombeau d’un monde sans soleil.
Idris ne répondit pas. Il fixa une dernière fois la ville sombre à travers la meurtrière. Une larme de rage coula sur sa joue alors qu’il s’engouffrait dans les passages secrets sous la bibliothèque.
Derrière lui, l’ombre s’insinua sous la porte, noire, froide et inévitable.