Ce n’était qu’un prélude
Je venais tout juste d'obtenir mon bac et de fêter mes 18 ans. Peu de temps après, je quittai ma petite région d'Afrique pour commencer une nouvelle vie à l'étranger. Tout allait vite. Trop vite. J'étais encore en train de me découvrir que je devais déjà apprendre à devenir adulte, loin des miens, dans un monde inconnu.
Le changement d'année marqua un nouveau tournant.
C'est cette année-là que toi et moi nous sommes rencontrés.
Ce soir-là, ton ami Abdoul, que je considérais comme un ami, m'avait invitée à un chill. Après un moment d'échange entre lui et moi, j'ai accepté, timidement,cachant mal le mélange étrange de peur et de curiosité qui me parcourait
_Allez , vient. Tu sors jamais, insista Abdoul avec un sourire moqueur.
je ne sais pas...je ne connais presque personne, répondis je en jouant nerveusement avec mes doigts.
Justement. C'est tranquille,rien de spécial. Et puis je serai là.
Je suis fatiguée....mentis je à moitié.
Fatiguée de quoi ? Tu viens d'arriver ici,ria t'il.Fais moi plaisir, une heure seulement.
Je soupirais , partagée entre la peur et cette curiosité qui me tirait vers l'inconnu.
D'accord... mais juste cette fois.
Parfait. Tu verras, ça te fera du bien.
Depuis quelques temps déjà, Abdoul avait cette façon étrange de se rapprocher de moi.Un regard qui durait un peu trop longtemps. Une remarque sur ma façon de parler, sur mon sourire, tout simplement sur ma façon d'être.Il,me disait souvent que j'étais ‹mignonne >> que j'avais ce charme particulier, innocent et paisible qui lui plaisait tant.
Pafois, il faisait semblant de se rapprocher de moi, une main qui effleure une autre, juste un contact leger comme par inadvertance.
Souvent un message ambigu sur snap, une reponse subtile à mes stories juste pour me rappeler son existence.
Je voyais tout. Je remarquais tout .
Mais je faisais semblant de ne rien voir.
Par timidité, mais par peur aussi. Et peut-être, au fond de moi, mon regard lui cherchait celui de quelqu'un d'autre.
Je m'étais vêtue simplement, comme toujours — ou du moins comme je croyais qu'il le fallait pour ne pas trop attirer l'attention. À cette époque, j'étais timide... ou simplement une fausse timide. Je ne me trouvais pas particulièrement jolie. Je manquais de confiance, de ce feu intérieur que je voyais briller chez les autres et qui me semblait, à moi, inaccessible.
Pourtant, au fond de moi, il y avait ce petit désir d'y aller. Un mélange étrange de peur et de curiosité, ce frisson propre à l'inconnu. Et puis, nos regards se sont croisés. Juste un instant. Un instant suspendu, suffisant pour faire disparaître le reste du monde. Je n'aurais jamais imaginé que ce simple échange silencieux marquerait le début d'une histoire — ou plutôt, ce que je prenais pour une histoire.
Ce soir-là, toi, tu ne m'as regardée que comme je me voyais moi-même.
Comme on regarde n'importe quelle autre fille : sans désir, sans amour, sans passion. Et moi, j'étais là, seule à vouloir de toi. Seule à espérer.
Seule à rêver d'un quelque chose que toi, tu ne percevais même pas.
Je me tenais là, consciente de chaque battement de mon cœur, de chaque respiration, espérant un signe — un sourire, un frisson de ton attention. Mais il n'y avait rien. Rien que ce vide entre nous, un silence plus lourd que mille mots.
Comment quelqu'un peut-il être si proche, si présent physiquement, et pourtant si lointain dans l'âme ? Moi, je brûlais intérieurement. Chaque regard volé me rappelait ce que je désirais et que tu ne voyais pas. Et toi... tu continuais à marcher à mes côtés, indifférent, comme si le monde entier existait autour de nous, sauf ce feu discret que j'étais pour toi.
Une fois rentrée à la maison, je n'ai pas pu m'empêcher de parler de toi à mes copines. Je leur ai raconté à quel point je te trouvais attirant, chaque détail qui m'avait fait chavirer. Elles m'écoutaient avec enthousiasme, m'encourageant à prendre ton contact.
Mais la vérité, je la compris très vite.
Tu n'as jamais repris contact avec moi.
Tu ne t'es jamais demandé comment j'allais, ni cherché à me revoir. Les jours ont passé, puis les semaines, et ton silence est devenu une réponse claire : je ne t'avais pas réellement intéressée.
Depuis, nous ne nous sommes plus revus.
Je n'ai pas cédé. Mon ego de femme prenait le dessus, fragile mais protecteur. À ce moment-là, je n'avais pas l'audace de demander le numéro d'un garçon qui me plaisait. Je préférais brûler intérieurement plutôt que de faire le premier pas. Comme si, au fond de moi, je savais déjà que je ne pouvais intéresser personne, et que je n'avais donc pas le droit de m'attacher à quelqu'un comme toi.
Je ne laissai pas cette flamme me consumer. Au lieu de me perdre dans l'attente ou la frustration, j'acceptai la situation telle qu'elle était. Je pris une profonde inspiration et décidai de passer à autre chose, de ne plus nourrir l'espoir d'un regard qui ne viendrait pas. C'était une forme silencieuse de résignation, mais aussi une manière de me protéger.
Je croyais que tout était fini.
En réalité, rien n'avait encore commencé.