Hybris

All Rights Reserved ©

Summary

Tous les trois ans, un programme d’élite permet à quelques humains triés sur le volet de franchir la frontière entre la Terre et le monde des créatures : le Programme de Relations Intermondes. Un privilège rare. Dangereux. Et terriblement convoité. Evyna-Angel Lipski, 22 ans, étudiante brillante en criminologie, est sélectionnée. Officiellement, elle part pour apprendre, observer, créer des liens entre les espèces. Officieusement… elle a une autre raison. Six ans plus tôt, son grand frère a disparu dans ce même monde. Dès son arrivée, Evyna découvre un univers aussi fascinant que trompeur : des villages festifs, des créatures aux sourires trop parfaits, une école prestigieuse — Umi — et une cohabitation fragile entre humains et espèces magiques. Mais sous la beauté du décor se cachent des règles implicites, des clans mystérieux comme les Hybris, et une vérité dérangeante : les humains sont faibles ici. Très faibles. Alors qu’Evyna tente de survivre, de s’intégrer… et de retrouver la trace de son frère, des signes inquiétants apparaissent. Une prophétie. Une magie qui réagit à elle. Et cette sensation persistante que son humanité pourrait ne pas sortir intacte de cette aventure. Car dans le monde des créatures, chaque choix a un prix. Et parfois, retrouver quelqu’un signifie se perdre soi-même.

Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
16+

Le jour j

Je regarde autour de moi.

Tout est noir — complètement noir.

Sauf un petit point lumineux, au loin.

Il s’approche. De plus en plus.

La lumière devient si forte que je cache mes yeux avec mes mains. Une chaleur douce se pose sur mon épaule.

— Regarde-moi, Evyna.

Je baisse lentement les mains.

C’est mon frère.

Mon cœur explose.

— Où étais-tu, tout ce temps ?

Il sourit et tapote mon nez, comme quand on était enfants. Les larmes me montent aux yeux.

— Tu dois faire attention, Evyna.

Il se tourne. Il s’éloigne.

— Milokya ! Milo ! Attends ! Reviens ! Ne m’abandonne pas encore !

Je cours… mais je n’arrive pas à le rattraper.

Je me réveille en sursaut. Mon corps est trempé de sueur, et mon cœur bat à toute vitesse.

— Je te retrouverai, mon frère… je te le promets.

Je me lève, encore bouleversée par ce rêve. Aujourd’hui, c’est le grand jour : les résultats du programme « Relations Intermondes ».

Si j’ai été choisie, j’aurai enfin une chance de le retrouver — mort ou vivant.

Je me prépare rapidement, puis je descends les escaliers et monte dans mon Audi A3. Quelques minutes plus tard, j’arrive devant l’université.

Je gare ma voiture, je prends une grande inspiration : le stress fait battre mon cœur à toute allure. J’attends quelques secondes, puis je sors. Le vent froid fouette mon visage et me donne l’impression d’être lourde comme une pierre.

Je marche vers l’université. Chaque pas me rend un peu plus malade. J’entre rapidement dans ma salle de cours de criminologie.

Je vais m’asseoir à ma place habituelle et j’observe les autres étudiants : presque tous ont la même tête stressée que moi.

Ce programme est énormément apprécié, mais très peu de gens réussissent à y entrer. Une seule personne par filière est choisie, la note de passage est de 70 %, et la sélection n’a lieu que tous les trois ans.

Pourquoi tout le monde le veut ?

Parce qu’il permet d’aller dans le monde magique, d’y apprendre leur culture — et grâce à ça, tu peux voyager entre les deux mondes. Sinon, c’est totalement interdit… pour nous comme pour les créatures.

On peut dire qu’on « échange » les étudiants.

Le professeur entre dans la salle.

Tous les élèves se taisent et le regardent. La tension devient palpable. Je pose ma main sur mon cœur qui n’arrête pas de battre trop vite. Je déteste cette sensation.

Le professeur se racle la gorge et sort une feuille de son sac.

— Comme vous le savez, vous avez passé l’examen vendredi… et nous avons été agréablement surpris : un élève a obtenu la note de 95 %. Une note qui dépasse largement la note de passage.

Un murmure parcourt la classe. Tout le monde se regarde, choqué.

C’est vrai que l’examen n’était pas facile. Si tu ne maîtrises pas une matière, ta note peut chuter — ou tu peux complètement échouer.

Maths. Anglais. Histoire. Sciences. Et, pour finir, des questions sur ta filière.

Je me demande sérieusement qui a réussi. J’espère que c’est moi… même si ça paraît égoïste. J’ai travaillé tellement dur pour cette journée.

— Je ne vais pas vous laisser trop longtemps dans le suspense. L’élève qui a obtenu le droit d’intégrer le programme est…

Je retiens ma respiration. Mes mains deviennent moites. L’air semble plus lourd.

S’il vous plaît… que ce soit moi…

— Evyna-Angel !

Tous les regards se tournent vers moi.

Mes yeux s’illuminent. Oui. J’ai réussi.

Un sourire s’étire sur mes lèvres : mes efforts ont enfin porté leurs fruits. Autour de moi, les autres se remettent à chuchoter.

— Silence, Evyna. Après le cours, viens me voir. Nous parlerons du programme.

Je hoche la tête. Le professeur reprend son cours, mais mon esprit est déjà ailleurs.

Une partie du stress s’est envolée… mais l’autre reste.

Comment vais-je retrouver mon frère ?

Et qu’est-ce qui m’attend dans cette nouvelle école ?


Le cours se termine sans problème, même si je remarque quelques regards pleins de colère et de jalousie. Je les comprends, honnêtement. Mais d’un autre côté… ce n’est pas ma faute.

J’ai étudié sans relâche.

Manger, dormir, aller aux toilettes, prendre une douche et étudier — c’était ma vie.

Des nuits blanches entières pour comprendre chaque matière.

Et pourtant… je suis un peu déçue de mon 95 %.

Oui, c’est une excellente note.

Mais avec tout ce que j’ai fait, j’aurais aimé atteindre 100 %.

Au moins, j’ai coché une étape :

maintenant, je dois retrouver mon frère — et réussir le programme.

Ce soir, pour me féliciter, j’irai au restaurant. Peut-être aussi m’acheter un cahier pour y écrire toutes mes découvertes sur le monde magique. Rien que d’y penser, mon corps tremble d’impatience.

Mais la voix de mon professeur me ramène à la réalité.

Je soupire et m’approche de lui.

— De quoi vouliez-vous parler avec moi, monsieur ?

Il sourit et me tapote l’épaule, sûrement pour me féliciter. J’aurais préféré qu’il évite — c’est un peu gênant. Il retire sa main.

— Je te félicite. J’ai rarement vu une note aussi élevée. Tu m’impressionnes. Bref, parlons du programme : je dois t’expliquer comment tout va se passer.

Je le fixe, sérieuse. Je dois tout retenir. Pas question de faire des bêtises.

— Comme tu le sais, ce programme a été créé pour éviter les conflits entre créatures et humains. Mais tu vas partir dans un monde inconnu, avec très peu d’humains… et on ne sait pas toujours ce qui peut arriver. Je ne vais pas mentir : nous sommes bien plus faibles qu’eux. Alors, je te conseille soit de te faire des amis fiables… soit d’éviter de provoquer les mauvaises personnes.

Ses paroles résonnent dans ma tête.

Bientôt, je quitterai la Terre pour un monde totalement étranger.

Et nous, les humains, nous ne sommes pas faits pour survivre là-bas.

C’est peut-être comme ça que mon frère a disparu.

Je n’arrive pas à l’imaginer provoquer une créature exprès… mais on ne sait jamais.

Les intentions des autres peuvent être dangereuses.

Certains vampires se nourrissent de notre sang.

D’autres créatures sont carnivores… et pourraient nous avaler tout crus.

— Ton groupe et toi partez dans deux jours. J’ai reçu des informations sur ton école. Certaines universités du monde magique refusent encore d’accepter des humains, alors nous faisons avec celles qui collaborent. Tu vas intégrer Umi : une école mixte, ouverte à toutes les créatures. Mais… elle abrite un clan, ou plutôt un gang, qu’on appelle les Hybris. Je ne dirais pas qu’ils sont dangereux, mais ils sont très mystérieux. Donc évitez de faire des choses stupides.

Les Hybris.

J’ai déjà entendu ce nom.

Un gang connu dans presque tout le monde magique. Peu nombreux, mais extrêmement puissants.

Certains disent qu’ils ont passé un pacte avec le diable.

D’autres parlent d’hybrides impossibles.

On peut les reconnaître à leur mèche colorée quand ils vont à l’école. Sinon, ils portent un bracelet fait avec une de leurs mèches et la même couleur. Et, si on n’est toujours pas sûrs… ils ont un tatouage dans le dos : une ligne avec deux points en haut, et deux points en bas.

Le monde des créatures est plutôt complexe… mais, au fond, je suis excitée.

J’ai tellement hâte de le voir de mes propres yeux.

Le professeur poursuit :

— L’argent qu’ils utilisent est différent. On l’appelle les Ordral. Vous serez payés 10 Ordral par semaine, ce qui équivaut à environ 23 dollars. Si vous faites des missions ou un petit travail, vous en gagnerez plus. Dites-vous que c’est toujours treize de plus, par exemple : 60 Ordral = 73 dollars. Vous pourrez échanger votre argent à la banque près du portail. Votre guide vous expliquera tout ça. Comme ça, vous n’aurez pas besoin de remplir vos valises inutilement. Pour finir : vous suivrez des cours normaux, mais aussi des cours sur le monde magique entre humains. Et pour vos filières universitaires, vous serez dans des classes avec les autres espèces.

J’écoute attentivement.

Intéressant.

Donc… je pourrai vivre presque normalement.

Au début, je resterai au dortoir. Puis, quand j’aurai assez d’argent, je prendrai un appartement. Ce sera plus simple pour chercher mon frère, sans les règles strictes des dortoirs.

Nous avons trois ans.

Et si je ne le retrouve pas… je resterai plus longtemps.

Je me lève et remercie le professeur pour ses explications. Honnêtement, c’était presque plus intéressant que ses cours habituels.

Mon stress disparaît complètement.

Il ne reste plus que de l’excitation qui pulse dans mes veines.

Je sors de la classe avec un grand sourire, je rejoins ma voiture et je conduis vers mon restaurant préféré.

Quand j’entre, je suis tellement heureuse que j’ai l’impression de flotter. Je m’assois, j’attends la serveuse, je mange… la soirée passe vite.

Je rentre chez moi, épuisée, mais avec le cahier que je m’étais promis d’acheter.

Je commence déjà mes valises en chantonnant.

Je sens que je ne dormirai pas de la nuit.

J’ai trop hâte d’être mercredi.

Je m’allonge sur mon lit, les yeux fixés au plafond.

Si seulement on était déjà mercredi.