Brother

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Summary

À 18 ans, Sarah n’a jamais connu l’amour d’une famille. Orpheline depuis ses deux ans, elle a survécu de foyer en foyer, entre maltraitance, silences forcés et cicatrices invisibles. Pour tenir, elle s’est enfermée derrière une carapace, jurant de ne plus jamais espérer. Alors quand on lui annonce qu’une des familles les plus riches de la ville souhaite l’accueillir, Sarah n’y voit qu’un nouveau mensonge. Un autre enfer déguisé. Mais cette maison n’est pas comme les autres. Pour la première fois, on la protège. On l’écoute. On l’aime. Jusqu’à lui. Brandon Fisher. Son nouveau demi-frère. Arrogant, provocateur, pourri gâté. Tout ce qu’elle méprise. Entre eux, la guerre est immédiate. Des regards tranchants. Des mots blessants. Une haine brûlante. Pourtant, derrière son masque de bad boy, Sarah découvre une vérité dérangeante : Brandon est aussi brisé qu’elle. Et plus elle s’en approche, plus la frontière devient floue. Ce qui commence par de la haine se transforme en désir interdit. Un sentiment qu’elle n’a pas le droit de ressentir. Un amour capable de tout détruire. Car comment choisir entre l’amour… et la famille qu’elle a attendue toute sa vie ?

Genre
Romance
Author
Yasmine
Status
Ongoing
Chapters
2
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapter 1

Sarah avait appris très tôt à ne pas s’attacher.

Ni aux lieux.

Ni aux gens.

Encore moins aux promesses.

À dix-huit ans, elle savait faire sa valise en moins de dix minutes. Toujours la même : usée, gris foncé, une fermeture cassée qu’elle retenait avec une épingle. À l’intérieur, peu de choses. Quelques vêtements, un vieux carnet aux pages cornées, et ce sentiment familier d’être de trop.

Le foyer Saint-Mary sentait l’eau de javel et la résignation. Les murs étaient trop blancs, trop silencieux. Comme si même les cris d’enfants avaient fini par abandonner l’endroit. Sarah était assise sur son lit, droite, les épaules tendues, observant la pièce une dernière fois.

Elle n’éprouvait rien.

C’était toujours comme ça.

— Sarah, appela une voix derrière la porte.

Madame Collins. La directrice. Une femme fatiguée, au sourire forcé, qui annonçait toujours les nouvelles comme on annonce une mauvaise météo.

Sarah se leva sans répondre.

Dans le bureau, la lumière était trop forte. Sur la table, un dossier beige portait son nom, écrit en lettres capitales. Elle n’eut pas besoin de s’asseoir pour comprendre.

— Une famille a fait une demande pour toi, dit Madame Collins.

— Encore une ? répondit Sarah d’une voix plate.

Elle ne leva pas les yeux. Elle connaissait la suite. Les discours pleins d’espoir, les mots chance, nouveau départ, ils ont l’air bien. Puis quelques semaines plus tard, le retour. Toujours le retour.

— Ce n’est pas comme les autres fois, insista la femme.

— Elles disent toutes ça.

Un silence.

— Les Fisher.

Ce nom ne lui disait rien. Et ça ne lui fit rien non plus.

— Une famille influente. Très aisée. Ils savent tout de ton passé, Sarah. Ils veulent t’accueillir… définitivement.

Sarah serra les poings.

Définitivement.

Un mot trop grand pour quelqu’un comme elle.

— Je pars quand ? demanda-t-elle simplement.

Madame Collins cligna des yeux, surprise.

— Aujourd’hui.

La voiture était noire. Trop brillante. Trop luxueuse.

Sarah n’avait jamais vu l’intérieur d’un véhicule pareil.

Elle gardait les bras croisés contre elle, le regard fixé sur la vitre, observant la ville défiler sans vraiment la voir. Plus ils avançaient, plus les maisons devenaient grandes. Les rues plus calmes. Les gens… différents.

Elle avait l’impression d’entrer dans un monde qui n’était pas le sien.

La grille du domaine Fisher s’ouvrit lentement.

La maison était immense. Pas une maison, non.

Un manoir.

Sarah sentit son cœur se serrer. Ce genre d’endroit ne gardait pas les gens comme elle. Elle descendit de la voiture, sa valise à la main, se sentant soudain minuscule.

— Sarah ?

La voix était douce. Une femme élégante s’avança vers elle, les yeux brillants d’une émotion sincère.

— Je suis Eleanor Fisher.

Puis un homme apparut à ses côtés, grand, rassurant.

— Et moi, Richard.

Ils souriaient. Pas le genre de sourire poli qu’elle connaissait. Un vrai.

Sarah ne répondit pas tout de suite. Elle attendait le piège. Le regard condescendant. La gêne.

Rien ne vint.

— Bienvenue chez toi, dit Eleanor.

Chez toi.

Le mot lui donna presque la nausée.

La maison était chaleureuse. Trop. Les murs portaient des photos de famille, des rires figés dans des cadres. Sarah marchait derrière eux comme une intruse, prête à être découverte à tout moment.

— Tu dois être fatiguée, dit Eleanor. Ta chambre est prête.

Sarah hocha la tête.

Et c’est là qu’elle le vit.

Appuyé contre l’escalier, bras croisés, regard sombre.

Grand. Blond. Une mâchoire crispée. Une présence qui remplissait l’espace.

Ses yeux croisèrent ceux de Sarah.

Le choc fut immédiat.

— Brandon, dit Richard. Voici Sarah.

Le garçon ricana légèrement.

— Donc c’est elle.

Sa voix était froide. Tranchante.

— Brandon est notre fils, précisa Eleanor, mal à l’aise. Ton… demi-frère.

Le mot résonna comme un coup de tonnerre.

Sarah soutint son regard sans ciller.

— Enchantée, lança-t-elle sèchement.

Brandon esquissa un sourire sans joie.

— Fais comme chez toi, sœur. Tant que tu ne prends pas trop de place.

La porte de la chambre se referma doucement derrière Sarah.

Trop doucement.

Comme si la maison elle-même retenait son souffle.

Elle resta immobile quelques secondes, sa valise encore à la main. La chambre était grande. Beaucoup trop grande pour elle. Un lit aux draps blancs impeccables, une fenêtre immense donnant sur le jardin, une bibliothèque déjà remplie de livres qu’elle n’avait pas choisis.

Rien n’était à elle.

Elle posa sa valise au pied du lit sans l’ouvrir. Elle ne le faisait jamais le premier jour. Comme si ouvrir sa valise signifiait accepter de rester. Et Sarah n’acceptait jamais.

Assise sur le bord du lit, elle observa ses mains. Elles tremblaient légèrement.

Ne t’attache pas.

C’est juste une nuit de plus.

Un bruit dans le couloir la fit se raidir.

Des pas. Lents. Assurés.

Puis un coup à la porte.

Pas poli. Pas doux.

Autoritaire.

Sarah se leva.

Elle ouvrit.

Brandon se tenait là, adossé au mur, les bras croisés. Il avait changé de tenue. Un t-shirt sombre, les cheveux encore humides comme s’il sortait de la douche. Son regard était plus dur que tout à l’heure.

— J’espère que t’as pas cru que cette chambre était définitive, lâcha-t-il.

Sarah serra la mâchoire.

— C’est quoi ton problème ? demanda-t-elle calmement.

Il esquissa un sourire ironique.

— Mon problème, c’est toi.

Il entra sans y être invité, inspectant la pièce comme si elle lui appartenait. Comme si elle lui appartenait.

— Tu débarques ici avec ton air de fille brisée et tout le monde te regarde comme si t’étais un miracle, continua-t-il.

— Je n’ai rien demandé, répondit Sarah.

— C’est toujours ce que vous dites.

Elle le fixa.

— Vous ?

Il s’arrêta. Un bref instant. Assez court pour qu’elle doute l’avoir vu.

— Les gens qui veulent jouer à la victime, dit-il finalement.

La colère monta en elle, brûlante.

— Tu ne sais rien de moi.

— J’en sais assez, répliqua-t-il. Les dossiers ne mentent jamais.

Sarah sentit quelque chose se fissurer.

— T’as fouillé mon dossier ?

— Toute cette maison te protège déjà. Quelqu’un devait voir la vérité.

Elle avança d’un pas.

— Sors de ma chambre.

Il rit. Un rire bas. Amer.

— Tu crois que c’est ta chambre ?

Il se pencha légèrement vers elle.

— T’es juste de passage, Sarah. Comme les autres.

Le silence tomba lourdement.

— T’as peur, murmura-t-elle soudain.

Il se redressa aussitôt.

— Quoi ?

— Que je prenne ta place.

Son regard s’assombrit dangereusement.

— Fais attention à ce que tu dis.

— Parce que toi, t’as le droit ? Tu me traites comme une erreur alors que je n’ai rien fait !

Il s’approcha. Trop près.

Sarah sentit son cœur s’emballer, mais elle ne recula pas.

— Cette famille est à moi, dit-il d’une voix basse.

— Elle ne t’appartient pas.

Un éclair passa dans ses yeux.

— Tu crois que tu sais ce que c’est d’être abandonnée ?

Il serra les poings.

— Tu ne sais rien de ce que j’ai perdu.

Puis il recula brusquement, comme s’il s’était trop approché d’un précipice.

— Dors bien, sœur.

La porte claqua.

Sarah resta seule, le souffle court.

La nuit fut longue.

Allongée dans ce lit trop confortable, Sarah fixait le plafond. Chaque bruit la faisait sursauter. Le vent contre les vitres. Les craquements du bois. Et parfois… des pas.

Toujours les mêmes.

Elle se leva, incapable de dormir, et sortit discrètement de sa chambre. Le couloir était plongé dans la pénombre. Une lumière venait du salon.

Elle descendit lentement.

Brandon était là.

Assis dans le noir, une bouteille à la main. Le regard perdu. La mâchoire crispée. Plus fragile. Plus vrai.

Il leva les yeux vers elle.

— T’arrives pas à dormir non plus ?

Elle hésita. Puis répondit :

— Non.

Un silence.

— Tu devrais rester loin de moi, dit-il doucement.

— Pourquoi ?

— Parce que je détruis tout ce que je touche.

Elle observa ses mains. Elles tremblaient.

— Tu fais semblant d’être dangereux, murmura-t-elle.

— Et toi, tu fais semblant d’être forte.

Leurs regards se croisèrent.

Quelque chose d’interdit naquit dans ce silence.

— Retourne dans ta chambre, Sarah, dit-il enfin.

— Pas tant que tu me regardes comme une ennemie.

— Tu l’es.

Il se leva brusquement.

— Et c’est pour ça que c’est dangereux.

Il passa à côté d’elle sans la toucher.

Mais son parfum resta.

Sarah comprit alors une chose :

Brandon Fisher n’était pas seulement arrogant.

Il était brisé.

Instable.

Et dangereusement attirant.

Et cette première nuit venait de tout changer.