La saison de la Rose

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Summary

Pour sauver sa famille, elle a vendu son avenir. Il a acheté une épouse, mais il pourrait bien y perdre son cœur. À Mondon, la façade des Valerand se fissure. Ruinée par les dettes de son défunt père, Rose, l'aînée, n'a plus le choix : elle doit se sacrifier pour sauver ses sœurs de la misère. Au bal de la saison, elle ne cherche pas l'amour, elle cherche un acheteur. Elle le trouve en la personne de Sébastien Thorne, le redoutable duc de Blackwood. Riche, puissant, et défiguré par un passé trouble, on le surnomme le "Loup du Nord". Il ne cherche pas une compagne, mais une duchesse pour gérer son domaine et lui donner un héritier. Le marché est conclu : sa fortune contre sa main. Mais dans les couloirs glacés de Blackwood Manor, le contrat d'affaires se transforme peu à peu. Rose découvre l'homme blessé sous la bête, et Sébastien est fasciné par la force de celle qu'il pensait n'être qu'une acquisition. Pourtant, un secret plane. Une clause cachée dans le testament du duc menace de briser ce fragile équilibre. Quand la vérité éclatera, l'amour naissant pourra-t-il survivre au mensonge ?

Genre
Romance
Author
NadiaAO
Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
18+

Prologue : Le thé des illusions

Londres, Quartier de Mondon. Deux semaines avant le bal. 

La pluie de Mondon avait cette particularité d’être élégante. Elle ne tombait pas, elle semblait vernir les pavés des rues huppées. Mais à l’intérieur de la maison des Valerand, l’humidité était la même que dans les quartiers pauvres : elle s’infiltrait dans les os.

Dans le salon, l’heure du thé était sacrée. C’était le seul moment de la journée où Lady Valerand exigeait que la famille soit réunie, comme au temps où son mari vivait encore.

— Une autre tasse, Dahlia ? proposa la vicomtesse en soulevant la théière en porcelaine ébréchée.

Dahlia, la benjamine de dix-sept ans, regarda le liquide ambré avec une grimace qu’elle ne prit même pas la peine de dissimuler.

— C’est de l’eau chaude colorée, Maman. Nous avons réutilisé les feuilles d’hier. Encore.

— C’est une infusion légère, corrigea Lady Valerand avec un sourire absent. C’est excellent pour le teint. N’est-ce pas, Rose ?

Rose, assise près de la fenêtre pour profiter des dernières lueurs du jour afin de repriser une taie d’oreiller, leva la tête.

— C’est très distingué, Maman.

Elle croisa le regard de Dahlia et lui fit un signe imperceptible de se taire. Ne brise pas l’illusion, disaient ses yeux. C’est tout ce qui lui reste.

Sur le tapis, entourée de piles de livres poussiéreux, Violette remonta ses lunettes sur son nez.

— J’ai lu que les Spartiates buvaient du bouillon noir pour s’endurcir, marmonna-t-elle sans lever les yeux de son ouvrage sur la Guerre du Péloponnèse. Je suppose que nous sommes à l’entraînement.

— Violette, chérie, ne parle pas de guerre, soupira Lys. C’est si... violent.

Lys, la douce Lys, était en train de brosser les franges du tapis, essayant de redonner un peu de lustre à la laine usée. Elle était la seule à croire encore sincèrement que tout irait bien. Elle vivait dans un conte de fées permanent.

— De toute façon, reprit Lady Valerand en lissant sa jupe, il faut que nous soyons en forme. La Saison commence bientôt. J’ai fait la liste des bals.

Elle sortit un carnet de sa poche et le brandit comme un trophée.

— Le bal des Cavendish. Le dîner des Sheffield. Et bien sûr, le grand bal masqué de lord Burton.

Un silence gêné tomba sur la pièce. Même Violette baissa son livre.

Maman, commença Rose doucement, posant son ouvrage. Nous n’avons pas reçu d’invitation pour les Sheffield. Et lord Burton ne nous a pas saluées au parc dimanche dernier.

— Un oubli ! s’exclama la vicomtesse avec un petit rire nerveux. Juste un oubli administratif. Nous sommes des Valerand, après tout. Ton père était le meilleur ami du père de lord Burton.

Rose sentit une boule se former dans son estomac. Son père avait aussi emprunté de l’argent au père de lord Burton. De l’argent qu’il n’avait jamais rendu.

— Et les robes ! continua la mère, emportée par son fantasme. Il nous faut de la soie neuve. Du taffetas pour Lys, rose pâle, cela ira avec son teint. Et pour toi, Violette, peut-être du bleu pervenche ? Bien que tu doives absolument cesser de plisser les yeux quand tu regardes les gens, cela décourage les prétendants.

— Je ne veux pas de prétendants, marmonna Violette. Je veux une bibliothèque.

— Moi, je veux monter à cheval, lança Dahlia en se levant brusquement et en allant vers la fenêtre. Je veux courir loin de cette maison qui sent la naphtaline et le regret.

— Dahlia ! s’indigna Lady Valerand. Quelle ingratitude ! Ton père a travaillé dur pour nous offrir cette maison à Mondon.

Dahlia se tourna, les yeux brillants de colère contenue, mais Rose se leva avant que l’explosion n’arrive. Elle traversa la pièce et posa une main apaisante sur l’épaule de sa jeune sœur.

Maman a raison, dit Rose d’une voix calme, mais ferme. Nous sommes chanceuses d’avoir un toit.

Elle se tourna vers sa mère.

— Pour les robes, Maman, j’ai une idée. Nous pouvons transformer ta robe de bal argentée pour Lys. Et avec les rideaux de velours de la chambre d’amis, on peut faire une merveille pour Dahlia. C’est très à la mode, le recyclage créatif. C’est... patriotique.

Lady Valerand battit des cils, rassurée par la solution magique de sa fille aînée.

— Tu es si ingénieuse, Rose. Tu as le sens pratique de ton père. Bien. C’est décidé. Cette saison sera la nôtre. Je le sens. L’une de vous épousera un duc, et nous rirons de ces petits tracas de thé léger.

La vicomtesse se leva et quitta la pièce en fredonnant, laissant derrière elle ses quatre filles et la réalité crue.

Dès que la porte fut fermée, l’atmosphère changea. Les épaules de tout le monde s’affaissèrent.

— Elle est folle, chuchota Dahlia. Elle pense qu’on a encore des serviteurs et que Papa est juste en voyage d’affaires.

— Elle se protège, dit Lys doucement.

— Elle nous noie, répliqua Violette en refermant son livre avec un claquement sec. Rose, comment vas-tu payer le boucher cette semaine ? J’ai vu le livre de comptes sur ton bureau. Il y a plus de rouge que d’encre noire.

Les trois sœurs se tournèrent vers Rose. L’aînée. Le pilier. Celle qui ne pleurait jamais.

Rose retourna s’asseoir et reprit son aiguille.

— Ne vous inquiétez pas pour le boucher. Je m’en occupe.

— Comment ? insista Dahlia. Tu vas encore vendre quoi ? Il n’y a plus d’argenterie.

Rose leva les yeux vers ses sœurs. Elle vit la peur de Violette, la colère de Dahlia, l’espoir fragile de Lys. Elle vit les trois personnes qu’elle aimait le plus au monde.

— Je trouverai une solution, dit-elle.

Elle ne leur dit pas qu’elle avait déjà repéré l’usurier qui rôdait dans la rue depuis deux jours. Elle ne leur dit pas que le propriétaire menaçait de les expulser de Mondon avant la fin du mois.

Elle sourit, et c’était le sourire le plus courageux qu’elles aient jamais vu.

— Préparez vos gants et vos sourires. Maman a raison sur un point : cette Saison sera la nôtre. Parce que nous n’avons pas le choix.

Dehors, la pluie redoubla d’intensité, lavant les trottoirs de Mondon, mais à l’intérieur, Rose Valerand venait de décider qu’elle porterait le monde sur ses épaules, quitte à ce qu’elles se brisent.