CHAPITRE 1: L'ECLAT DE L'ACIER SOUS L'ORAGE.
CHAPITRE 1: L’ECLAT DE L’ACIER SOUS L’ORAGE.
Le ciel de Libreville ne pleurait pas ; il déversait une colère noire sur le Boulevard Triomphal. Kayla Nzé luttait contre des bourrasques qui menaçaient de l’arracher au bitume. Ses cheveux crépus, dont elle était si fière, n’étaient plus qu’une masse lourde et gorgée d’eau qui lui fouettait les joues. Elle serrait son sac de voyage contre sa poitrine comme si sa vie en dépendait — et c’était le cas. À l’intérieur, ses derniers souvenirs et quelques billets froissés étaient tout ce qui la séparait du néant.
Ses lèvres, autrefois charnues et éclatantes, étaient maintenant bleuies par le froid de l’averse tropicale. Elle glissa, un genou heurtant le goudron brûlant, déchirant sa robe en coton déjà transparente sous le déluge. Elle était à bout. Elle ferma les yeux, priant pour que l’obscurité l’avale enfin.
C’est alors que deux faisceaux de lumière blanche déchirèrent le rideau de pluie.
Un crissement de pneus strident fit vibrer le sol sous ses paumes. Une berline noire, massive et impériale, s’immobilisa à quelques centimètres d’elle. Le moteur ronronnait comme un fauve au repos. Kayla resta figée, le cœur battant contre ses côtes, incapable de bouger. La vitre électrique descendit avec un sifflement technologique parfait. Un souffle d’air climatisé, chargé d’une odeur de cuir neuf et d’ambre, vint frapper son visage trempé.
— Tu fais pitié à voir, Kayla Nzé. La voix était grave, calme, dépourvue de toute chaleur humaine.
Kayla leva les yeux. À l’intérieur de l’habitacle feutré, Orwan Etoua l’observait.
Il était d’une perfection insultante : ses cheveux noirs étaient impeccablement coiffés, sans une mèche rebelle, et son regard d’acier semblait lire en elle comme dans un dossier ouvert.
— Monte, ordonna-t-il sans même la regarder. Avant que l’océan ne décide que tu n’as plus ta place sur ce trottoir.
Kayla hésita. Ses lèvres tremblèrent alors qu’elle fixait la portière passagère qui venait de se déverrouiller dans un déclic sec. Elle connaissait ce nom. Elle connaissait ce visage qui hantait les gazettes mondaines du Gabon. Mais elle ne connaissait pas la noirceur qui se cachait derrière ce masque de playboy.
Poussée par un instinct de survie qu’elle regretterait bientôt, elle saisit la poignée. En montant dans la voiture, elle ne savait pas encore qu’elle quittait l’enfer de la rue pour une prison dont les barreaux étaient faits de soie et de verre.
Orwan tourna le volant avec une lenteur prédatrice.
— Bienvenue chez toi, Kayla, murmura-t-il alors que la voiture s’élançait vers les hauteurs de la Sablière.