Chapter 1
Deux jolies jumelles de 5 ans sont assises dans le seul fauteuil du salon, leur père tapant sur la télé pour l'allumer. Leur mère arrive avec le plateau-repas. La première se lève pour aller l'aider (Bety), l'autre s'en moque (Becky).
Bety n'a pas le temps de toucher le plateau que sa mère trébuche et tombe, renversant leur seule nourriture du jour. Bety s'inquiète :
— Maman, tu vas bien ?
C'est alors que Becky ajoute :
— On meurt de faim et tu gaspilles ! En plus, on s'ennuie ici, il n'y a pas de télé. Je déteste être pauvre !
Son père la gronde, elle boude. Au coucher, Becky se plaint à son papa qu'elle veut un cadeau de Noël. Elle le lui répète pendant un mois, et le 25 décembre, elle est exaucée. C'est une modeste poupée blanche, et Bety reçoit une poupée noire.
Alors qu'elles s'apprêtent à aller jouer chez les voisins, Becky lui arrache sa poupée en prétendant que, elle, elle n'a rien demandé.
Bety pleure jusqu'à chez les voisins. Becky joue avec Vicky, la fille des voisins de leur âge. Ses parents sont aisés et vivent dans une belle maison. Vicky a pitié de Bety : elle court dans sa chambre et ramène la poupée Naima qu'elle donne à Bety.
— De toute façon, j'en ai plein. Allez, viens jouer avec nous.
— Merci, dit Bety.
— Et moi ? demande Becky.
— Toi, tu as deux poupées, répond Vicky.
Ce soir-là, Becky se plaint encore plus de cette injustice, car Naima est la poupée à la mode du moment.
Soudain, la sœur aisée de leur mère arrive avec son mari. Les filles vont se coucher, les adultes parlent au salon. Bety dort, mais Becky se cache pour écouter. Les oncles parlent d'adopter une des jumelles car ils sont stériles, mais les parents refusent. Alors Becky apparaît et se plaint :
— Pourquoi êtes-vous si méchants ? C'est pour les aider !
— D'accord alors, dit la mère.
— Super, alors on prendra Bety, dit la tante.
— Non, tatie. Tu voulais dire Becky. Je suis quand même la plus mature des deux. En plus, Bety aime tellement cet endroit qu'elle en sera déchirée.
Les adultes lui donnent raison. Le matin, quand Bety se réveille, elle voit Becky tout habillée, le chauffeur qui sort sa valise. Alors elle demande des explications, et Becky lui répond avec joie :
— Je t'abandonne dans ta pauvreté. Je suis riche maintenant. On n'est plus sœurs, oublie-moi.
Bety pleure. Becky s'en va sans même dire au revoir à ses parents.
La première année, l'écart de richesse se maintient entre les deux familles. Becky est heureuse, Bety a fini par l'être aussi.
C'est la deuxième année qu'intervient le retournement : la mère de Bety trouve un travail et son mari est promu. Très vite, ils investissent et passent de pauvres à riches. Leur nouvelle villa et leur voiture le montrent bien. Ironie du sort : ils ont acheté ces deux biens aux parents adoptifs de Becky, qui avaient besoin de vendre pour remonter la pente après la faillite de l'entreprise où travaillait le couple. Finalement, ces derniers louent un petit appartement.
Dans la tête de Becky, cela résonne :
— Bety m'a encore pris ce qui était à moi.
Cette situation perdure. Des années plus tard, Becky et Bety se retrouvent, comme par hasard, dans le même lycée, dans la même classe.