PROLOGUE - THE SEX FUNK KID

Cette histoire est dédiée à toutes les âmes douces qui ont du feu sous la peau. Et à celui, s’il lit ces lignes, qui saura qu’il en est le témoin et l’appelé.
✵𝙷𝚘𝚕𝚕𝚢𝚠𝚘𝚘𝚍 𝙿𝚕𝚊𝚝𝚒𝚗𝚞𝚖. 𝚂𝚞𝚗𝚜𝚎𝚝 𝚋𝚟𝚍, 𝙻𝚘𝚜 𝙰𝚗𝚐𝚎𝚕𝚎𝚜.
Show bouillant. Fin de set.
— SPICY !
Ils gueulent notre nom comme un sort.
— SUGAR !
Comme une menace...
— MILK !
Une putain de prière.
La salle est chargée à craquer. Les balcons dégueulent de corps. Les arches métalliques vibrent sous les pieds qui martèlent.
Spot pleine gueule, Strat collée contre le torse, j’plisse les yeux vers cette masse qui gronde et pulse devant nous.
Elle bout, elle sue, elle nous veut.
On respire mal là-dedans. Ça sent le sucre, la chaleur électrique et la peau trop proche. Chaque bouffée d’air me gave de leur fièvre.
Humidité et vapeur rouge.
On dirait que j’me paye une séance de hammam en enfer ; Hendrix qui tend sa serviette pendant que Lucifer te frotte le dos.
Ça crépite, ça grésille comme de la graisse qui coule sur des braises.
Faut pas que je me foire : ce soir, ultime hot trip sauce californienne avant le grand plongeon.
Pour l’occasion, tout L.A. est là, à nos pieds... à moins que ce soit l’inverse.
Après-demain, on disparaît dans les airs. Ciao, America. Direction le grand monde – celui qui va nous sucer ou nous cracher à la gueule. Jardin d’Éden ou casse-pipe ? On sait pas. Mais ce qu’on a prévu pour le rappel, ça on le sait.
On vient de débarquer sur scène en moines défroqués. Peignoirs blancs en soie piqués hier soir au club de strip et crucifix autour du cou. Eux, en bas, ils savent pas encore ce qu’on a en dessous. Mais moi si. Et je le sens...
Andy se pavane sur scène, bras écartés, regard provocateur. Un maître de cérémonie défoncé, prêt à balancer ses rimes comme des grenades.
Je le revois tailladant mon boxer CK à coups de ciseaux en backstage, pour le plaisir de souiller un symbole mainstream. Ou me souiller moi.
J’ai encore la sensation fantôme de la pointe froide sur mes cuisses. Moi qui frissonne. Le précieux matos prêt à se faire la malle.
J’ai rien dit, j’ai laissé faire. Comme d’hab. Au fond, peut-être que j’aime ça... et j’aime pas aimer ça. Sauf que maintenant va falloir assumer, parce que les strip-teaseuses c’est nous. C’est moi. J’ai pas vingt piges et je vais faire la pute de scène pour le show, pour défendre notre réputation tatouée au fer rouge.
Mais à ce stade on n’est plus là pour plaire, plutôt pour marquer, pour graver nos traces dans les corps et les têtes.
Flip m’envoie un clin d’œil de l’autre côté de la scène, prêt à frapper sa basse comme si elle avait insulté sa mère.
À quinze ans, je me ruinais les doigts à me branler sur leurs riffs. Dix-neuf, je suis là avec eux dans la tribu, peau à vif et coeur qui implose. Je lui renvoie un sourire en coin
— c’est notre code : « T’inquiète, mofo, ça va bien se passer. »
Rêve éveillé ou mauvais trip, on verra ça plus tard.
Andy me fixe. Ses yeux brillent comme du verre pilé sous les spots. Il balance sa casquette à travers la foule, libérant sa crinière de californian boy cramée au soleil. Le micro grésille entre ses doigts.
L’ambiance ? Une ligne haute tension...Prête à lâcher.
— LET THE SACRED SPICIES PENETRATE YOUR SOULS, MOTHERFUCKERS !
C’est le signal. Mon ventre se contracte mais je pouffe malgré moi. Pénétrer vos âmes... du Andy tout craché. Tellement con. Tellement génial.
Ma guitare est prête et moi aussi.Je me redresse, relève les yeux vers cette foule qui attend qu’on la dévore.
Allez, Loosh. Show time.
Chaz se lève derrière sa batterie et frappe trois coups dans ses baguettes.Un claquement sec dans l’air saturé, comme des os qui se brisent.
Puis le morceau démarre ; traînant, brut, salement sexy. Un riff de funk moite et des paroles qui feraient faire un AVC à un pensionnat de bonnes sœurs. Désolé, Padre !
Andy envoie des coups de bassin dans le pied du micro.La foule devient hystérique.
Je reconnais un gars au premier rang, juste un ado. Le même que celui que j’ai été. il portait déjà ce t-shirt Hilan Forever au dernier concert.
Hilan.
Y’a son fantôme, là, qui se planque sous chacune de mes frettes. Je les entends tout le temps, ses murmures. Ils tournent dans ma tête, coulent dans ma nuque, se plantent dans mes doigts. La plaie qui guérit jamais. Et moi, pauvre con, j’pourrais faire n’importe quoi pour tout réparer.
N’importe quoi...
Je me mets à gratter les cordes plus fort, pourvu que ça purge le poison. Mes jointures blanchissent autour du manche. La lumière m’éclate dans la tronche, j’y vois plus rien, mais j’pense plus qu’à ça : mes doigts sur elle.
Mon solo approche. Je le sens là, dans mon ventre, y’a cette montée de lave qui cherche une sortie. Et pendant que mon cœur tente de se barrer de mon thorax, je revois Andy, juste avant de monter sur scène : sa main qui pèse sur ma nuque, ses yeux qui fouillent les miens, ce sourire en coin qui te dit que c’est pas négociable :
« Ce soir, Judy-boy... tu baises la scène ou tu rentres pleurer chez maman ! »
Tu m’le diras pas deux fois, enfoiré.
Je le sais : pour faire hurler ma gratte, il faut y mettre la totale. Pas juste les mains, non : le corps entier. Comme maître Jimi le faisait. Comme Hilan l’aurait fait, lui aussi.
Je prends une grande taffe d’air tiède, et j’me laisse tomber.
Ma main glisse d’un coup sec sur ma Strat ; elle pousse un cri strident. Mes doigts savent, connaissent chaque courbe d’elle, chaque endroit où appuyer pour qu’elle crie plus fort. Ils martèlent, hésitent, puis s’accrochent. L’instinct reprend la barre, brutal, pulsionnel.
Et là, je redeviens ce truc qu’ils attendent. L’animal sauvage. Le guitariste prodige.
Le Sex Funk Kid.
Et peut-être...Peut-être que moi aussi, j’en ai besoin.
Peut-être qu’ici, maintenant, j’suis enfin... à ma place.
Et j’vais sûrement pas tarder à bander...ou plus dingue encore : gerber des mots mielleux dans ma tête. J’sais même plus si c’est du trac ou du désir. Peut-être bien les deux en même temps.
Je sue des poignets, du dos, ça goutte le long de ma colonne, ça rejoint la moiteur déjà coincée dans mon boxer. Les cris montent du sol, traversent mes pieds nus, remontent jusqu’à mes jambes, mon ventre : y’a tout qui vibre.
Paupières fermées, shoot d’extase dans les veines, j’ouvre les lèvres, prêt à embrasser le vide.
Andy débarque par derrière.
Sa main s’écrase sur mon épaule, doigts enfoncés dans ma peau comme des griffes. Je connais ce geste : c’est moitié fraternité, moitié mise en laisse.
Il se colle, son souffle chaud dans mon cou. Sa paume glisse lentement sur mon flanc, descend vers ma ceinture. Je retiens ma respiration.
Bordel de...
D’un geste sec et précis, il défait le nœud lâche de mon peignoir. Je me mets à haleter ; surpris, excité, terrifié. Tout mélangé.
Il me retient, écarte le tissu, dévoile mon torse, puis relâche. Un courant me traverse, mes cuisses se tendent. Le tissu glisse, me frôle, me quitte.Puis il tombe au sol, exposant l’intégralité de mon corps. Je suis secoué par ma respiration saccadée.
Des flashs crépitent. Les cris montent d’un cran : rire, envie, hystérie mêlés.
Nu sous les spots, avec juste ce boxer cisaillé qui cache à peine, je fixe le manche, pas le mien, celui de ma guitare. J’ose pas regarder plus bas.
Mes doigts cavalent, plus intensément. Je freine, je monte, je ralentis. Je reste. Je tiens la note jusqu’à la rupture, jusqu’à me sentir trembler, puis je la relâche à contretemps, lentement. Comme des lèvres qui se décollent.
Dieu...
J’suis au trente-sixième ciel et au septième dessous...mais plus vraiment là.
Certaines cordes, je les pince si fort qu’elles pourraient se plaindre. Et elles le font : elles gémissent.Là on y est. C’est plus un solo ; c’est une baise. Et c’est moi en dessous.
Andy revient. Son bras en étau autour de ma gorge. Je sais qu’il adore ça. Il susurre à mon oreille :
— Vas-y, Baby J., prends-là, maintenant. Imagine que c’est ta meuf...
Je suis trop loin pour réfléchir. Je m’exécute ; langoureux, obéissant. Je plaque mon bassin contre ma guitare et je commence à bouger. Avec les reins.
Il ricane.
— C’est ça ! T’arrêtes pas...
Puis il disparaît.
Alors j’y vais plus fort. Plus bestial. Plus brutal. Comme si elle pouvait jouir.
Je sens tout : le vernis glissant et chaud contre mon ventre, son câble qui fouette ma cuisse nue.
Le public rugit. Je pince mes lèvres, ferme les yeux.
«Ti sei visto, Jude ?»
Non...
«Tu crois que t’es assez propre? »
Pas maintenant...
«Tu crois qu’elle voudrait de toi comme ça? »
Zitta.
Solo... Zitta.
Pense à rien. À tout.
Allez...
Autre chose...
Un truc... bon.
«Imagine que c’est ta meuf.»
Ça veut dire quoi, ça ?
Une fille ? Non. Plus qu’une fille.
Pas d’ici, pas possible.
L’imaginer ? Même pas en rêve.
Mais elle, j’pourrais vraiment lui faire tout ça. Toute la nuit. Et elle voudrait tout de moi. Absolument tout. Tripes et âme mélangées. Même ce que j’sais pas aimer.
Je lui jouerai n’importe quel morceau, je la jouerai même elle, et ce serait... même pas dégueulasse.
Et ça part.
Ça dérive.
Ça m’emporte.
Bordel, je te sens, ça y’est...
Je la redresse, m’ajuste contre elle, je la serre contre moi, m’agrippe à elle, doigts qui tremblent sur son corps.
J’t’en supplie, si t’existes...
Et je pousse.
...J’veux que ce soit toi qui...
Pousse encore.
Que tu...
Plus fort.
...me prennes.
Ça y’est. Oui...
La tension arrive, là, dans le bas ventre. Familière et inévitable.
Bébé...
Non. Quoi? Ce mot sort d’où, putain ?
Je rouvre les yeux. Erreur.
J’vois tout le premier rang étalé droit devant moi. Le bruit se brouille, comme si je plongeais sous l’eau.
Y’a ce visage...
Ma respiration s’arrête.
...et ce regard...
Mon bassin frappe encore, automatique.
Flip me l’avait dit : Jamais dans les yeux, Loosh, quand tu fais ça, sinon t’es ni-qué !
Trop tard. J’encaisse l’uppercut.
T’es qui ?
Jamais vue. Blonde ? J’crois. Elle bouge pas. Tout le monde gueule, s’agite, se tord et elle, rien. Elle me fixe. Un truc coincé entre j’ai mal pour toi et c’est quoi cette merde?
Putain elle me fait quoi, celle là?
J’ai pas le temps de comprendre. Ni ce que j’vois en elle, ni ce que ça peut me faire.
Je m’arrache à ses yeux comme on lâche un bend trop tendu.
Et je rate une note. Puis une autre.
Je souffle et redémarre aussitôt ; mes doigts retrouvent leur chemin comme un réflexe de survie.
Ok, c’est rien.
Personne n’a capté. Andy continue son show, Chaz explose un break et Flip lévite sur sa basse. Personne sauf elle.
C’est le moment que choisit Andy pour envoyer la sauce, au sens propre comme au figuré. Timing parfait, comme toujours. La “Holy Milk Mass”, le clou du spectacle.
Une messe blanche, laiteuse et trash. Qui gicle et qui mouille, qui tache et qui profane. Un symbole punk, simple et collant. Et le pire, c’est que cette fois... c’était notre idée, pas juste la sienne. Fais chier, c’est pas le moment de regretter.
Il attrape le bidon en métal et secoue le contenu. Le mélange de lait et rhum déborde et dégouline déjà le long de ses bras.
— ALLEZ, BANDE DE PÉCHEURS, C’EST L’HEURE DE LA COMMUNION !
Il hurle, hilare, le micro en main, son sourire de prêcheur fou.Et il commence à balancer le liquide blanc sur la foule, sur Chaz, sur Flip, sur les premiers rangs. Une vague de cris, de bras qui se tendent.
Puis il se tourne vers moi.Je ferme les yeux, une seconde, avant que ça n’arrive.
Le liquide froid éclate contre ma peau brûlante.J’aspire ma lèvre. Mon ventre se serre.Une goutte roule le long de ma croix, s’écrase sur ma poitrine. Une autre, mêlée à ma sueur, trace une ligne jusqu’au creux de mon nombril. Un filet coule entre mes cuisses – glacé, pur, indécent.
Mon boxer troué et trempé devient transparent. Un frisson descend de mon dos, jusqu’à mes reins.
J’veux pas ouvrir les yeux. Non. Faut pas que je la regarde encore. Mais je craque.
Elle est encore là, même place, bouche entrouverte et sourcils froncés. Son regard descend sur moi, puis remonte. On dirait qu’elle...bordel, elle a l’air furax. J’ai l’impression d’être un film d’horreur qu’elle peut pas arrêter.
Et non, merde, j’peux pas m’arrêter.
J’dois continuer – lascif, féroce – j’ai pas le choix.
Je contrôle plus mes mouvements.Mes hanches trempées claquent d’un coup contre ma Strat. Trop fort. Le choc envoie une gerbe de gouttes blanches droit sur elle.
Sur ses lèvres...
Putain...
Elle sursaute, porte la main à sa bouche.
Je...
Elle essuie, regarde ses doigts, tremble. Relève les yeux vers moi...
J’voudrais lui essuyer ça, mais j’bouge pas.
Je la regarde, moi aussi. J’suis sûr que j’ai l'air d'un ahuri.
Et puis – regard croisé.
Andy.
Il m’épingle d’un coup d’œil.
Cette fois, il a tout vu : Moi, elle, la micro-faille dans le système. Il voit que j’déraille.
Je me sens à la fois soutenu et déshabillé.
J’voudrais regarder ailleurs, mais tout ce que je vois, c’est son visage à elle, gravé sur ma rétine.
Elle m’a envahi, pénétré, décapé à l’eau bouillante.
Et tout va trop vite. J’sais plus rien.S i je déteste ça ou si j’en veux encore. Si je dois me planquer aux chiottes ou me jeter en elle.
L’adrénaline, la chaleur, le frottement du bois contre ma peau...La tension revient.
Putain, non...
Pas devant eux.
Pas devant elle.
Pitié.
J’vais partir en vrille. Faut que j’me barre. Faut vraiment que j’me barre avant de...
Des fans en délire, défoncés à l’adrénaline et aux hormones, s’élancent depuis la fosse. Ils grimpent sur scène, complètement hors de contrôle.
Alle-fucking-luia !
L’un d’eux fonce vers Andy ; un vigile le plaque au sol puis l’envoie valser en backstage. Andy hurle dans le micro :
— Yo, chill the fuck out, man !
Le prochain, je sens qu’il est pour moi.Je l’esquive d’un pas vif puis il s’étale contre la ligne d’amplis.
L’équipe de sécu au complet débarque, ça court partout, l’éclairage vacille. Tout le monde s’arrête de jouer. Orgasme coupé net. C’est le foutoir complet.
Et là je le revois : l’ado au t-shirt.Il est coincé, écrasé contre les barrières par la vague humaine qui déferle. Son visage blême. Ses bras qui battent dans le vide. Les vigiles qui chargent sans faire de détail.
— Hey ! Attention au gamin !
Ma voix se dissout dans le vacarme. Je fais un pas vers lui, main tendue, instinctive. Un vigile me repousse brutalement.
— Reste pas là, toi !
Fils de...Je résiste, j’essaie de voir par-dessus son épaule. Le garçon s’est évaporé dans la mêlée.
Elle, non.
Elle est encore là.
Ses yeux disent un truc que j’arrive pas à piger.
Puis y’a ce gars sorti d’un film de Gus Van Sant qui l’attrape par la main – cheveux longs, chemise à carreaux, appareil photo en bandoulière.Il la tire vers l’arrière, calme, presque trop calme, en pleine maîtrise alors que moi je subis. Elle disparaît d’un coup.
J’voudrais traverser cette fosse, la rattraper, lui dire que c’est pas moi, c’est pas ce qu’elle croit. Lui expliquer que...
Flip me secoue.
— Jude, WAKE UP ! On se taille !
Tel un abruti qui se noie, je m’accroche à ma fidèle Strat comme si elle pouvait me sauver.
Elle voulait vraiment se barrer ? Ou elle s’est juste laissée faire ?
Nom de Dieu, Jude. Débranche.
Le torse de Chaz s’écrase contre mon dos.
— Allez, bouge !
Il me pousse vers la sortie. On dégage.
Tout ça va me hanter, j’le sais.
Encore. Et encore.
━━━━━ ◦ ❖ ◦ ━━━━━
RDV sur le site officiel (expérience immersive et SANS PUB)
—>spicysugarmilk.com
à bientôt
PHX 🔥
𓁹‿𓁹
📷Tu veux découvrir l’univers transmédia de SSM ?instagram -->phx.valentine
© Phoenix 2026 - All rights reserved.
This work is protected under copyright law. No part of this text may be copied, reproduced, or distributed without permission.